Crise économique - Une occasion de réduire les inégalités

Pier Carlo Padoan<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Éric Piermont Pier Carlo Padoan

La relance de l'activité économique et la lutte contre les inégalités peuvent et doivent aller de pair, dit l'OCDE.

L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a dévoilé hier un extrait de rapport dressant la liste de politiques et des mesures fiscales ayant l'avantage, selon elle, de servir les deux objectifs.

«Alors que la crise économique force des gouvernements coincés financièrement à repenser leur fiscalité et leurs programmes sociaux, l'occasion devrait être vue comme une chance de s'attaquer aux questions des inégalités et de la croissance simultanément», dit le think tank des pays développés en introduction de ce chapitre de la prochaine version de son grand rapport annuel: Objectif croissance.

«L'aggravation des inégalités est l'un des principaux risques qui pèsent sur notre prospérité et notre sécurité futures», a renchéri l'économiste en chef de l'OCDE, Pier Carlo Padoan. «Le principal défi auquel sont confrontés les gouvernements aujourd'hui est d'implanter des réformes qui ramèneront la croissance, donneront des emplois aux gens et réduiront l'écart croissant des revenus.»

Le rapport suggère une série de mesures qualifiées de «gagnant gagnant» à cet égard. La première est d'augmenter la qualité et l'accessibilité de l'éducation. Il propose aussi d'aider l'intégration des travailleurs immigrants, de lutter contre la discrimination ainsi que de favoriser la participation des femmes au marché du travail en donnant, notamment, accès à des services de garde et d'aide aux personnes âgées.

Il est également question d'améliorer les cadres du marché du travail. On plaide, par exemple, pour une réduction de l'écart entre la protection dont bénéficient les emplois permanents et les emplois temporaires, ainsi que pour la mise en place de politiques actives d'information et de requalification des chômeurs. Une plus grande présence des syndicats et un relèvement du salaire minimum peuvent aussi avoir un impact positif sur la réduction des inégalités sans nécessairement nuire à la croissance. La libéralisation des marchés de produits réglementés et la réduction des prestations d'assurance chômage, jugées trop généreuses, pourraient avoir, d'un autre côté, un impact positif sur la croissance sans trop nuire à l'emploi à long terme.

Le rôle des impôts

Le rapport se penche aussi sur la fiscalité et les transferts. Ils peuvent jouer un «rôle clé dans la réduction des inégalités de revenu», mais varient énormément d'un pays à l'autre, dit-on. Ils contribuent à diminuer les inégalités de revenu de marché de 25 % en moyenne, dans les pays de l'OCDE, mais de seulement 21 % au Canada et de 18 % aux États-Unis, a noté en conférence téléphonique hier l'auteure du rapport, Isabell Koske.

On recommande, dans ce domaine, de commencer par s'attaquer en priorité aux crédits d'impôt pour les frais d'hypothèque (États-Unis), gains en capital, options d'achat d'action, ainsi que pour l'épargne-retraite, qui profitent principalement aux plus riches. En plus d'aider à réduire le problème d'évasion fiscale, cette nouvelle source de revenus donnerait la marge de manoeuvre fiscale nécessaire pour baisser le taux de chacun des échelons de l'impôt sur le revenu des particuliers, qui a le grand avantage de répartir la richesse, mais qui est aussi l'une des formes d'impôt qui nuisent le plus à la croissance économique, dit l'OCDE. Les taxes à la consommation et taxes foncières sont réputées, au contraire, pour être les plus favorables à la croissance économique, mais ont le grand désavantage d'être très régressives à moins d'être compensées par des transferts aux ménages les plus pauvres.

Tous les transferts sociaux n'ont pas le même impact sur les inégalités non plus, note le rapport. Les régimes publics de retraite, par exemple, agissent beaucoup moins comme un moyen de répartir la richesse entre les riches et les pauvres que comme un moyen, pour un travailleur, qu'il soit riche ou pauvre, de répartir ses propres revenus entre les différents temps de sa vie. Les allocations familiales ou de logement, par contre, peuvent réellement aider à réduire les inégalités de marché lorsqu'elles sont liées aux ressources des ménages.

Dernier de classe

Ces différentes variables permettent de diviser les pays de l'OCDE en cinq groupes. L'un d'eux est constitué des pays d'Europe du Nord plus la Suisse, où les revenus de marché sont déjà moins inégaux qu'ailleurs et dont la fiscalité et les transferts sociaux généreux ont aussi un bon impact. À l'autre extrémité du spectre se trouve un groupe de cinq pays du Sud, plus les États-Unis, affligés d'écart de revenus de marché importants et disposant de mécanismes de répartition de la richesse trop timides pour faire une différence.

Le Canada se retrouve aux côtés de quatre autres pays anglophones, dont le Royaume-Uni et l'Australie, où les inégalités de revenus de marché sont élevées et dont la fiscalité «plus agressive» et les transferts «plus ciblés» ne suffisent pas pour ramener leurs niveaux d'inégalité sous la moyenne de l'OCDE.

Le club des 34 pays les plus développés a publié, le mois dernier, un rapport de presque 400 pages où il sonnait l'alarme quant aux inégalités de revenus grandissantes entre riches et pauvres, sous l'effet, entre autres, des nouvelles technologies, de l'ascension du secteur financier, de l'adoption de règles du travail plus flexibles, de la concurrence entre multinationales et de la montée du travail autonome et à temps partiel. Le constat était d'autant plus sombre qu'on observait que les mécanismes publics de répartition de la richesse sont aussi de moins en moins efficaces, notamment au Canada.
4 commentaires
  • miguelito - Inscrit 24 janvier 2012 07 h 28

    Économie et partage de la richesse

    Anne-Marie, même en Patagonie, le lutte à la pauvreté m'intéresse. Est-ce que nos filles à Ottawa pourraint nous obtenir l'article complet de l'OCDE pour que nous l'utilisions dans nos interventions?

  • Kris13104 - Inscrit 24 janvier 2012 09 h 35

    Évidence

    Il est clair que l'amélioration de la situation des plus pauvres est un acte de justice, d'amélioration sociale, mais aussi d'intelligence économique. L'augmentation de revenus des plus pauvres permet à ces derniers de dépenser davantage, de participer au financement de la collectivité par les taxes payées. C'est beaucoup plus immédiatement payant qu'un accroissement des revenus des plus riches qui auront tendance à thésauriser leurs surplus financiers.

  • Roland Berger - Inscrit 24 janvier 2012 11 h 44

    Autre son de cloche

    La plupart des candidats républicains à la présidence prêchent plutôt que plus il y a de riches, et que plus les riches s'enrichissent, moins il y a de pauvres. « In God We Trust » !
    Roland Berger

  • Nelson - Inscrit 24 janvier 2012 12 h 44

    En Amérique du Sud et Europe ils font des reformes fiscaux pour faire face à la crise.


    En temps difficiles il est aux mieux nantis de contribuer davantage...à moins que nous voulons des révolution social.

    En Europe ils vont taxer les opérations bancaires, et ils le demandent d'avoir des fonds de réserve pour faire face aux crises DU PRIVÉ...POUR ÉVITER QUE LEURS DETTES NOUS TOMBENT DESSUS À NOUS, LE PUBLIQUE.