L'économie canadienne continuera de reposer sur les ménages endettés

Un cycliste passe devant l’édifice de la Banque du Canada, à Ottawa. Selon les analystes, la banque centrale laisserait son taux directeur au niveau plancher pendant au moins un an.
Photo: Agence Reuters Chris Wattie Un cycliste passe devant l’édifice de la Banque du Canada, à Ottawa. Selon les analystes, la banque centrale laisserait son taux directeur au niveau plancher pendant au moins un an.
Cela fait des mois, presque des années, que la banque centrale met les Canadiens en garde contre le rythme et le niveau de leur endettement. Elle n'a, malgré tout, pas eu le choix, hier, de laisser ses taux d'intérêt proches de leur plancher record, et elle les y laissera encore au moins un an, estiment les analystes.

Le maintien du taux directeur de la Banque du Canada à 1 % n'a surpris personne hier. Le principal outil d'intervention de sa politique monétaire est à ce niveau depuis septembre 2010, mais avait été longtemps maintenu, avant cela, à 0,25 % pour donner tout l'oxygène possible à une économie mise à mal par la crise.

«On s'attend à ce que les conditions financières très avantageuses soutiennent les dépenses de consommation et l'activité dans le secteur du logement, a admis hier l'institution dirigée par le gouverneur, Mark Carney, dans un bref communiqué. Les dépenses des ménages devraient rester élevées par rapport au [produit intérieur brut], et le ratio de la dette au revenu des ménages, augmenter davantage.»

Nuage sur l'économie mondiale

Cette situation tient principalement à un contexte économique mondial fort peu favorable à la croissance au pays. La Banque du Canada avait déjà constaté, le mois dernier, que la crise de la dette souveraine en Europe s'était «intensifiée» depuis la publication de ses dernières perspectives économiques en octobre, et dit qu'elle s'attendait à ce que la récession y soit aussi «plus profonde et dure plus longtemps». «La Banque suppose encore que les autorités européennes mettront en oeuvre les mesures suffisantes pour contenir la crise, a-t-elle expliqué hier, bien que cette hypothèse soit nettement entachée de risques à la baisse.»

La banque centrale convient que le redressement économique s'est révélé «plus prononcé qu'escompté» aux États-Unis durant la seconde moitié de 2011, mais prévient du même souffle que la reprise s'y poursuivra «à un rythme plus modeste», en raison du désendettement des ménages, de l'assainissement des finances publiques et des répercussions de la situation en Europe. La Chine, de son côté, semble en voie de réduire le rythme de sa croissance «à un niveau plus soutenable».

Endettement et croissance au Canada


Ce contexte mondial et l'incertitude qui l'entoure inciteront sans doute les entreprises canadiennes à remettre à plus tard certains projets d'investissement, dit la Banque du Canada. Ne restera plus que la consommation des ménages canadiens.

Mark Carney a multiplié les mises garde aux Canadiens contre les dangers de l'accroissement de leurs dettes. Il a reçu un coup de main des gouvernements qui ont notamment resserré les règles hypothécaires au Canada, sans succès toutefois. Selon Statistique Canada, le poids de l'endettement des ménages par rapport à leur revenu disponible a continué d'augmenter l'année dernière, atteignant au troisième trimestre le niveau historique de 152,98 %, contre 150,57 % trois mois auparavant et 148,3 un an plus tôt. Plus des deux tiers de cette dette seraient liés au logement.

Bien que l'économie canadienne «ait fait montre au second semestre de 2011 d'un plus grand dynamisme que prévu, le taux de croissance projeté pour la période à venir est plus modeste qu'envisagé précédemment, en raison surtout de la conjoncture extérieure», a indiqué hier la Banque du Canada.

Le taux de croissance au pays devrait s'être élevé à 2,4 % en 2011, plutôt que 2,1 %, comme on le croyait encore en octobre. L'expansion économique devrait aussi être un poil moins chétive que prévu cette année (2 % plutôt que 1,9 %), mais un peu plus faible qu'on le pensait pour 2013 (2,8 % plutôt que 2,9 %). L'économie du pays ne tournera pas à plein régime à nouveau avant le troisième trimestre de 2013, soit trois mois plus tôt qu'on le pensait en octobre, a prédit l'institution qui donnera plus de détails sur ses perspectives aujourd'hui.

Rendez-vous en 2013 ou 2014

Plusieurs analystes en ont déduit hier que l'ambition de la Banque du Canada n'est pas de toucher au loyer de l'argent.

«Compte tenu de l'inquiétude grandissante devant l'endettement des Canadiens, il faudra que les vents de l'économie mondiale soufflent beaucoup plus fort pour la convaincre d'abaisser à nouveau ses taux», a noté Michael Gregory de la Banque de Montréal.

«D'autre part, les conditions économiques mondiales difficiles et leur impact sur la production canadienne militent en défaveur d'éventuelles hausses de taux», a estimé pour sa part Benoit P. Durocher du Mouvement Desjardins.

Ce dernier ne prévoit donc pas de hausse avant le milieu de 2013. Les banques Laurentiennes, TD et de Montréal parient sur le début de 2013, alors que la CIBC n'attend aucun mouvement avant le début de l'année suivante.

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