La France perd sa note AAA

Paris — Le triple A est tombé: le ministre de l’Économie François Baroin a confirmé aujourd'hui que l’agence Standard and Poor’s avait décidé d’abaisser d’un cran la note de la dette souveraine de la France.

«Je vous confirme que la France a reçu, comme la plupart des pays de la zone euro, une modification de sa notation. C’est un abaissement, un changement de note d’un cran», a déclaré le ministre sur France-2. La France passe ainsi de la note AAA, la meilleure note possible, à la note AA+.

«Ce n’est pas une bonne nouvelle», a commenté M. Baroin, admettant que «c’est une demi-surprise». «Ca n’est naturellement pas une catastrophe», a-t-il toutefois relativisé.
«Il faut garder beaucoup de sang-froid», a souhaité M. Baroin. «Il ne faut surtout pas affoler les Français».

Le ministre de l’Économie a précisé qu’il n’y aurait «pas de nouveau plan de rigueur», jugeant que «ce qui devait être fait a été fait».

Le premier ministre François Fillon doit tenir une conférence de presse samedi à 10h30 à Matignon. Ce soir, l’Élysée se refusait à tout commentaire.

Une heure avant l’intervention de François Baroin, le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, avait refusé de confirmer l’information donnée par les médias, tout en admettant qu’il s’agirait d’une «mauvaise nouvelle». «Nous verrons, si elle est confirmée, dans quelles conditions, quels seront les effets», a-t-il concédé sur Canal +. «La zone euro est particulièrement en crise donc toute mauvaise nouvelle dans cette crise est forcément angoissante pour l’avenir», a-t-il souligné. «Mais jusqu’à quel point, personne n’en sait rien».

Le jugement de l’agence de notation Standard & Poor’s est «un jugement sur l’ensemble de la zone euro», a-t-il insisté. «Si cette nouvelle devait être confirmée, elle mettrait en face de leur responsabilités tous les acteurs de la zone euro», a-t-il assuré.

L’Autriche devrait elle aussi perdre son triple A et être dégradée d’un cran, alors que l’Italie, l’Espagne et le Portugal, qui n’avaient pas la meilleure note, «seraient dégradés de deux crans», selon les informations du journal Les Échos. Le quotidien économique croyait savoir que l’annonce serait officialisée après la cltture des marchés américains, à 22h30 à Paris. Les Pays-Bas, l’Allemagne, la Finlande et le Luxembourg, détenteurs du triple A, seraient épargnés, toujours selon les Échos.

Les marchés financiers ont cltturé en légère baisse, dans l’attente de l’officialisation de sa décision par S&P. A Paris, le CAC-40 cédait 0,1 % à la cltture à 3196 points, tandis qu’à Francfort le DAX a terminé en baisse de 0,6% à 6143 points.

Au même moment, l’euro perdait 1,1% à 1,2672 $, après avoir chuté jusqu’à 1,2623 $, son niveau le plus bas depuis août 2010.

Aubry attaque Sarkozy

Nicolas Sarkozy «restera le président de la dégradation de la France», a commenté vendredi soir la première secrétaire du Parti socialiste Martine Aubry, quelques minutes après la confirmation par le gouvernement de la dégradation française.

«Cette perte du triple A sanctionne la politique suivie depuis 2007», tance la dirigeante du principal parti d’opposition.

«C’est une mauvaise nouvelle, et ce d’autant plus que ce sont les Français qui vont en payer le prix», a ajouté Martine Aubry, prédisant dans un communiqué «un crédit plus cher, des déficits encore creusés, une consommation et des investissements encore en baisse».

«La perte du triple A a un seul responsable: M. Sarkozy», accuse encore la maire de Lille. «Il est temps que la France emprunte un autre chemin: le chemin du redressement dans la justice avec François Hollande». Le candidat socialiste à la présidentielle s’exprimera samedi matin depuis son QG de campagne à Paris.

Décote globale

Le 5 décembre dernier, Standard & Poor’s avait annoncé le placement sous surveillance négative de 15 des 17 de la zone euro, dont l’Allemagne et la France, en vue d’une possible dégradation de leur note. «On fait tout pour conserver notre triple A», avait assuré le lendemain le premier ministre François Fillon lors du journal de 20h.

Le 24 novembre dernier, lors d’une conférence de presse à Strasbourg, Nicolas Sarkozy s’était refusé a envisagé la perte de la note AAA, évoquant la plaisanterie de «l’hypocondriaque»: «l’épitaphe sur sa tombe: "je vous l’avais bien dit". Ne raisonnez pas comme cela», avait-il dit aux journalistes. «Annoncer les catastrophes, dire "j’avais raison, je vous l’avais annoncé", quand on est en charge du gouvernement, on ne raisonne pas comme cela».

Mais le 12 décembre, dans un entretien accordé au quotidien Le Monde, le chef de l’État avait envisagé l’hypothèse. Si les agences de notation devaient retirer la note AAA à la France, «nous affronterions cette situation avec sang-froid et calme», avait-il dit. «Ce serait une difficulté de plus, mais pas insurmontable. Ce qui compte avant tout, c’est la crédibilité de notre politique économique et notre stratégie déterminée de réduction de nos dépenses», avait-il assuré.

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