Dure année pour l'emploi au Québec

Il s'agit pour le Québec d'une année décevante au chapitre de l'emploi, avec un dernier trimestre «préoccupant», a commenté Joëlle Noreau, économiste principale au Mouvement Desjardins. «Nous ne sommes pas isolés. L'économie québécoise subit les contrecoups d'un recul de l'activité dans l'habitation et de l'inertie manufacturière aux États-Unis.»
Photo: Agence Reuters Mario Anzuoni Il s'agit pour le Québec d'une année décevante au chapitre de l'emploi, avec un dernier trimestre «préoccupant», a commenté Joëlle Noreau, économiste principale au Mouvement Desjardins. «Nous ne sommes pas isolés. L'économie québécoise subit les contrecoups d'un recul de l'activité dans l'habitation et de l'inertie manufacturière aux États-Unis.»
Dans les plus récentes données de Statistique Canada, dévoilées hier, le Québec est seul à afficher un recul de l'emploi en décembre. L'inscription d'une perte nette de 25 700 emplois le mois dernier a fait bondir le taux de chômage québécois à 8,7 %, contre 8 % en novembre. L'emploi au Québec a diminué pour un troisième mois consécutif, la perte pour l'ensemble du dernier trimestre atteignant les 69 500 postes, soit une chute de 6,8 % en rythme annualisé.

Parlant de ce trimestre, «il s'agit du pire bilan en près de 30 ans», s'est exclamé Matthieu Arseneau, économiste et stratège à la Banque Nationale. Qualifiant la performance québécoise d'«intrigante», l'économiste a rappelé que le Québec a été l'une des premières provinces au Canada à récupérer les emplois perdus lors de la crise de 2008-2009. «Il ne faut pas conclure que l'économie de la province est en récession. D'abord, le fossé actuel entre la situation de l'emploi au Québec et dans le reste du Canada est exceptionnellement large. Ensuite, les plus récentes données sur les ventes au détail, les mises en chantier résidentielles et les ventes manufacturières dépeignent une économie en croissance et non en contraction», s'est-il empressé d'ajouter.

La contre-performance québécoise a ramené la création d'emplois à l'échelle canadienne à 17 500 le mois dernier. Il s'agit toutefois d'un premier gain en trois mois, concentré dans le segment à temps partiel et essentiellement chez les travailleurs plus âgés. Une hausse du nombre de personnes participant au marché du travail vient cependant expliquer la légère progression, de 7,4 à 7,5 %, du taux de chômage canadien entre novembre et décembre.

Selon Statistique Canada, sur l'ensemble de l'année l'économie canadienne a créé 199 200 emplois, soit une progression de 1,2 % comparativement à 1,8 % en 2010. Le travail autonome a augmenté de 2 % et le nombre d'employés du secteur privé, de 1,3 %, l'emploi dans le secteur public demeurant en définitive inchangé.

En moyenne sur l'année, le taux de chômage se situe à 7,5 % en baisse de 0,5 point de pourcentage par rapport à 2010. L'on retient également que sur 12 mois, «le nombre de travailleurs à temps partiel a peu varié, tandis que l'emploi à temps plein a progressé de 1,5 % (+208 000)», a ajouté l'agence. Et le nombre total d'heures travaillées a augmenté de 1,4 %.

À l'opposé, l'emploi au Québec est en baisse de 51 000, ou de 1,3 % comparativement à décembre 2010. Dans la province ontarienne voisine, l'emploi a pris le chemin inverse, augmentant de 15 700 en décembre et poussant l'augmentation annuelle à 91 000 emplois, en hausse de 1,4 %. Le taux de chômage ontarien a terminé l'année à 7,7 %, soit un point de pourcentage sous le taux québécois.

Moyenne annuelle

Ces dernières observations, faites d'un mois de décembre à l'autre, ne traduisent toutefois pas la même réalité lorsque la moyenne annuelle est utilisée. Cette dernière approche, retenue par les économistes parce que moins tributaire de la performance d'un seul mois, fait ressortir une création nette de 38 500 emplois au Québec en 2011, en net repli par rapport au gain net de 68 700 mesuré en 2010. En Ontario, la moyenne annuelle indique une création nette de 121 300 emplois l'an dernier, après celle de 108 000 en 2010. «Depuis 2008, le Québec affiche un gain net de 73 000 emplois, contre 65 000 pour l'Ontario», a renchéri Joëlle Noreau, économiste principale au Mouvement Desjardins.

N'empêche, il s'agit pour le Québec d'une année décevante au chapitre de l'emploi, avec un dernier trimestre «préoccupant», a commenté Mme Noreau. «Nous ne sommes pas isolés. L'économie québécoise subit les contrecoups d'un recul de l'activité dans l'habitation et de l'inertie manufacturière aux États-Unis», résume-t-elle.

La contraction du marché du travail québécois, particulièrement prononcée au dernier trimestre, fait écho à la détérioration des conditions économiques depuis septembre, alimentée par le débordement de la crise de la dette souveraine sur les marchés financiers et par une conjoncture économique plus difficile en Europe. Benoit P. Durocher, économiste principal au Mouvement Desjardins, n'a également pas été sans rappeler que la croissance du marché du travail au Canada et au Québec a été particulièrement vigoureuse en 2010 et en première moitié de 2011. «Contrairement à plusieurs autres régions dans le monde, notamment aux États-Unis [voir autre texte, page C 1], le rattrapage est terminé depuis un certain temps. Dans les circonstances, la progression de l'emploi devrait davantage refléter l'évolution de la production au cours des prochains mois», a-t-il souligné. Ainsi, avec la croissance économique plutôt modeste attendue au premier semestre de 2012, «il faut s'attendre à ce que la création d'emplois demeure assez limitée dans les mois à venir».

Une autre donnée ressort du bilan de Statistique Canada, qui vient cette fois témoigner de l'impact du vieillissement de la population. En décembre, l'emploi a progressé de 24 000 chez les personnes âgées de 55 ans et plus, expliquant l'essentiel des gains observés sur le marché du travail le mois dernier. «L'emploi pour ce groupe d'âge était en hausse de 3,4 % (+102 000) par rapport à 12 mois plus tôt. Cette hausse est presque entièrement attribuable au vieillissement de la population, le nombre de personnes dans ce groupe d'âge ayant augmenté de 3,2 % au cours de la période.» À l'autre extrémité du spectre, l'emploi chez les jeunes de 15 à 24 ans a diminué de 17 000 en décembre, encaissant un troisième mois consécutif de recul. «À la suite de cette baisse, l'emploi chez les jeunes était de 12 000 (-0,5 %) en deçà du niveau observé 12 mois plus tôt», a ajouté Statistique Canada.   

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