Moment de répit en zone euro

Le siège de la BCE à Francfort
Photo: Agence France-Presse (photo) Daniel Roland Le siège de la BCE à Francfort

Francfort — La zone euro savourait un répit hier, les banques s'étant généreusement approvisionnées auprès de la BCE lors d'une opération de prêt sur trois ans inédite, qui ne suffira probablement pas à guérir les pays en proie à la crise de la dette, selon les économistes.

Pour la BCE, qui conduisait pour la première fois une telle opération, c'est un succès. Quelque 523 banques de la zone euro se sont pressées pour obtenir un montant historique de 489 milliards d'euros de prêts. Les économistes tablaient sur une demande entre 100 et 500 milliards d'euros, pour cette opération au montant illimité — les banques pouvaient demander et obtenir autant d'argent qu'elles avaient de garanties à fournir en échange à la BCE.

L'injection nette dans le système bancaire européen après cette opération est de moins de 200 milliards d'euros, le reste correspondant à des prêts sur une semaine, trois mois ou un an, que les banques n'ont pas renouvelés ces derniers jours en vue de cette opération spéciale.

Ces liquidités sont bienvenues pour les banques de la zone euro, qui ont de gros besoins de refinancement l'année prochaine, et peinent à trouver des fonds par ailleurs alors que les investisseurs ne leur font plus confiance. Plus de 600 milliards de dette bancaire arrivent à maturité en 2012 dont 230 milliards rien qu'au premier trimestre.

«Avec une aide aussi généreuse, le spectre de faillites d'institutions financières à cause de problèmes de liquidités devrait s'éloigner, faisant disparaître l'un des risques qui pourraient entraîner une détérioration de la crise de la dette», notait Christian Schulz, de la banque Berenberg. La Banque centrale espère surtout que les banques utiliseront cet argent pour prêter aux ménages et entreprises de la zone euro et éviter un effondrement du crédit, dévastateur.

Les Bourses européennes et l'euro ont salué ce résultat, avant d'inverser la tendance, les incertitudes sur la suite de la crise reprenant le pas.

En effet, il semble improbable que la cagnotte distribuée serve à soulager les États fragiles de la zone euro, comme l'espéraient certains dans la zone euro, le président français Nicolas Sarkozy notamment.

Sur le papier, les liquidités amassées par les banques à faible coût peuvent être lucrativement réinvesties dans des obligations d'État, certaines très rémunératrices. «L'allocation d'aujourd'hui équivaut à une fois et demie les émissions de dette combinées de l'Espagne et de l'Italie pour l'an prochain. Cependant, nous doutons que l'argent soit utilisé principalement pour racheter de la dette périphérique», estimait Martin van Vlie, d'ING.

La plupart des grandes banques ont d'autres priorités, avant tout honorer leurs propres échéances financières, et rechignent à acquérir ces actifs risqués, qui pourraient leur valoir une dégradation de leur note financière, selon Christian Schulz.

Premier signe encourageant toutefois, l'Espagne a profité dès mardi de la détente sur les marchés pour emprunter davantage que prévu (5,64 milliards d'euros en bons à trois et six mois), à un taux en forte baisse. Les banques italiennes et espagnoles ont acheté ces derniers jours des obligations souveraines, pour les placer comme garanties lors de l'opération d'hier, selon les économistes.

Au final, l'opération à trois ans «ne va pas sauver la zone euro», tranchait Jonathan Loynes, de Capital Economics. «Les montants en jeu ne se substituent pas aux achats bien plus importants, ou aux garanties, que les marchés attendent de la BCE elle-même», ajoutait-il. Depuis plusieurs mois, l'institution de Mario Draghi est sous pression pour résoudre la crise en rachetant massivement des titres de dette. Mais elle refuse de s'engager sur cette voie qu'elle juge contreproductive, invoquant son indépendance et l'interdiction qui lui est faite par le Traité européen de financer les États.

Les marchés commençaient par ailleurs à y voir plus clair sur le front des émissions de dette pour l'an prochain. France et Allemagne devraient emprunter en 2012 moins que cette année, respectivement 178 milliards et 250 milliards d'euros.

Enfin, dernier motif de satisfaction, la Norvège a proposé de prêter 7 milliards d'euros au FMI, une goutte d'eau toutefois par rapport à ce qu'espèrent obtenir les pays de la zone euro, en plus des 150 milliards qu'ils ont eux-mêmes promis.

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