Plus endettés que jamais

La valeur nette des ménages canadiens s’est repliée de 2,5 %, de 184 700 $ à 180 100 $.<br />
Photo: Agence Reuters La valeur nette des ménages canadiens s’est repliée de 2,5 %, de 184 700 $ à 180 100 $.

La situation financière des ménages canadiens a continué à se détériorer au troisième trimestre. Un endettement record et un recul de l'actif ont provoqué une érosion de la valeur nette des ménages pour un deuxième trimestre consécutif, à son rythme le plus élevé depuis la crise de 2008. Cette dégradation s'inscrit dans un contexte de détérioration du marché du travail, les intentions d'embauche «légèrement améliorées» des employeurs faisant contraste avec l'accumulation des pertes d'emploi ces derniers mois.

Selon Statistique Canada, l'endettement des ménages canadiens a poursuivi son ascension au troisième trimestre, alors que le revenu personnel disponible est demeuré inchangé. Ce faisant, le rapport entre les deux a atteint un niveau historique de 152,98 %, contre 150,57 % au deuxième trimestre et 148,3 il y a un an.

D'autres paramètres de l'agence fédérale vont également dans le sens d'une détérioration de la valeur nette des ménages. Ainsi, la dette atteignait 20,4 % de l'actif à la fin du troisième trimestre, contre 19,8 % au deuxième et 19,7 % un an plus tôt. En proportion de la valeur nette, elle touchait les 25,59 %, contre 24,31 % au deuxième trimestre et 24,49 % au troisième trimestre de 2010.

Ce faisant, la valeur nette des ménages s'est repliée de 2,5 %, de 184 700 $ à 180 100 $ entre les deuxième et troisième trimestres, alignant un deuxième recul trimestriel. «Bien que la valeur des biens immobiliers résidentiels ait augmenté, cette hausse a été plus que contrebalancée par la baisse de la valeur des portefeuilles d'actions et des actifs de retraite des ménages», a précisé Statistique Canada, qui pointe en direction du plongeon de 12 % de l'indice baromètre de la Bourse de Toronto au cours du trimestre. «Il s'agit de la plus forte baisse trimestrielle des cours boursiers et de la valeur nette des ménages par habitant depuis le quatrième trimestre de 2008», temps fort de la crise financière.

Ces données font écho à l'avertissement répété du gouverneur de la Banque du Canada. Encore lundi dernier, lors d'une présentation à Toronto, Mark Carney a rappelé que la dépendance de notre économie aux «dépenses des ménages alimentées par l'endettement doit être réduite», et invité les entreprises canadiennes à profiter de l'environnement monétaire présentement accommodant pour «investir afin d'améliorer leur productivité et d'avoir accès aux marchés émergents en expansion rapide».

Et ces données ont, pour toile de fond, des entreprises plutôt réservées en matière d'embauche. Du moins, l'enquête du cabinet Manpower sur les perspectives d'emploi d'ici au printemps 2012 fait ressortir un léger progrès par rapport aux intentions relevées le trimestre précédent et une progression de deux points de pourcentage, à 15 %, de la prévision nette d'emploi par rapport à il y a un an.

«L'enquête menée auprès de plus de 1900 employeurs partout au pays révèle que 16 % comptent embaucher du personnel au cours du premier trimestre 2012, alors que 10 % estiment devoir réduire leurs effectifs. Parmi les employeurs interrogés, 71 % n'envisagent aucun changement», a souligné le spécialiste en ressources humaines.

Si Manpower Canada parle d'un plus grand optimisme, elle observe que «les employeurs dans l'ensemble des régions et des secteurs d'industrie nous communiquent cependant des plans de recrutement plus prudents qu'au trimestre dernier. Malgré un léger progrès à l'échelle nationale, il semblerait qu'un bon nombre d'employeurs évaluent le marché actuel et la demande pour leurs produits et services avant de prendre des décisions d'embauche».

Cette retenue n'est pas étrangère aux récentes statistiques sur l'emploi indiquant que le Québec a vu disparaître 43 800 emplois sur trois mois, entre septembre et novembre. Au Canada, novembre a été le cinquième mois consécutif pendant lequel aucun emploi n'a été créé. En fait, de juin à novembre, le marché canadien du travail a subi une perte nette de 10 000 emplois, selon les données de Statistique Canada.
6 commentaires
  • Duplessis Bernard - Inscrit 14 décembre 2011 07 h 36

    Ouais...

    Pauvre Royal Bank of Canada...

  • Roland Berger - Inscrit 14 décembre 2011 08 h 01

    Maudits ménages

    Les ménages canadiens s'endettent de plus en plus. Que leur prend-il d'imiter leurs gouvernements fédéral et provinciaux ?
    Roland Berger

  • André Michaud - Inscrit 14 décembre 2011 10 h 38

    grave maladie

    L'endettement est une grave maladie économique. Les citoyens ne cessent de se gâter (autos, voyages, restaurants, espadrilles à 100$, gadjets électroniques..etc etc..) au lieu d'économiser. On donne des cartes de crédit à des ados mineurs!!! Et à 25 ans ,ils ont souvent des dettes de plusieurs milliers de dollars!!! Irresponsabilité économique totale!!

    Mon père avec un petit salaire a su amasser près de $75,000 dans sa vie. mais il n,a jamais eu d'auto (la marche l'a tenu en santé) et a fait des voyages quand il en a eu les moyens. Il me disait souvent qu'un homme sans dette et avec un emploi, est un homme riche! Hélas ces notions de base de L'économie personnelle semblent avoir disparues..plus aucune auto-discipline économique !!

    Si les libéraux fédéraux n'avaient pas fait des compression dans les années 90, notre situation économique serait plus catastrophique que celle des USA, car les citoyens sont plus endettés,.

  • Pascal Laflamme - Inscrit 14 décembre 2011 13 h 07

    L'endettement maladif ou l'absence de responsabilisation

    Consommer toujours consommer est la devise actuelle mais on voit bien où mène cette vision irresponsable, déconnectée de la réalité devrais-je dire.
    Il ne s'agit pas d'un problème de confiance car en fait, l'endettement n'est qu'un symptôme plus grave d'un problème de société profond. L'absence de responsabilisation face à l'argent, qui de plus en plus non tangible est considéré par la majorité comme étant élastique. En effet, les valeurs ont changé et le crédit est maintenant valorisé par la société de consommation. À la fin de mon université, une poignée de mes collègues m'ont dit qu'ils allaient faire un grand voyage en Europe et en Asie, et ils m'ont dit que c'était facile à financer sur une carte de crédit: Je n'avais qu'à déclarer faillite en revenant, pas de problème. Et ils l'ont fait ! Aujourd'hui, ils gagnent tous deux à trois fois mon salaire, mais sont tous pris à la gorge à chaque mois. Où est la logique ? Il y a fort à dénoncer la permissivité des banques et des compagnies de crédit à ce sujet. IL y a un temps où la faillite était un événement honteux à tous points. Maintenant, pas de problème..après six mois..hop on est en selle.

    Avoir le plus beau véhicule, le plus gros, la plus grosse cabane avec deux, trois, quoi non, 6 garages (il faut de la place pour le bateau !), sans parler des téléviseurs qui ne devraient plus se calculer en pouces mais en pieds maintenant tant ils sont larges et gros. Et cela mène à quoi ? À ce que nous vivons aujourd'hui. Des cycles rapprochés de récession, ou de croissance lente, voire presque nulle et la quasi inutilité d'investir dans des REER pour une retraitre. Ridicule tout cela.

  • Duplessis Bernard - Inscrit 14 décembre 2011 15 h 17

    La queue...

    Tout le système se court après la queue. Ce n'est pas compliqué, le crédit c'est payant. La consommation, c'est payant. L'économie, c'est payant. La publicité, c'est payant. La collusion, c'est payant (oups!), les sables bétum...

    Reste dix jours avant Noël... allez vite au centre d'achats.

    Joyeux Noël et Bonne Année à la Royal Bank of Canada, à National Bank of Canada, à Wall Street, Wallmart, à Costco, à Fiouture Shop et Best Buy, à Toysrus et à tous ceux qui gonflent l'économie et nous donnent confiance.

    Amen...