SDK et associés - Conception de structure d'immeubles - Une croissance à échelle humaine

Dès le départ, «je savais dans ma tête que j’allais devenir associée ou avoir ma propre firme», avoue Hélène Brisebois, présidente de SDK et associés.<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Dès le départ, «je savais dans ma tête que j’allais devenir associée ou avoir ma propre firme», avoue Hélène Brisebois, présidente de SDK et associés.

Petite fille, elle faisait des maisons pour ses poupées. Elle aimait aussi les casse-tête et les mathématiques. Son père, qui était ingénieur en électricité, lui montrait à faire des dessins à l'échelle. Et sa mère? «Si vous voulez gagner votre vie comme il faut, faites des métiers d'homme», conseillait-elle à ses filles. Dans un tel contexte familial, comment s'étonner qu'Hélène Brisebois ait choisi la carrière d'ingénieur civil pour satisfaire sa passion de construire et voir de façon très concrète ce qu'elle avait déjà conçu dans sa tête. Non seulement elle a fait sa place dans un monde d'hommes, mais elle est aussi devenue au Québec, et peut-être même au Canada, la seule femme présidente d'une firme de génie-conseil.

Cette firme, SDK et associés, fondée en 1958 par Claude Lanthier, a cette particularité d'être demeurée une petite entreprise, contrairement aux SNC-Lavalin, Tecsult, Dessau, etc. Elle ne compte qu'une cinquantaine d'employés, parmi lesquels 25 ingénieurs, dont 10 sont associés et actionnaires. À l'unanimité, ce sont les associés qui ont choisi en 2007 Mme Brisebois comme présidente de SDK, société au sein de laquelle elle oeuvre depuis 24 ans. Il ne lui avait fallu toutefois que deux ans pour être acceptée comme associée. Sa carrière est d'ailleurs loin d'être terminée, puisque Mme Brisebois n'a que 47 ans.

«Nous sommes une petite entreprise, mais nous sommes gros dans notre domaine», rectifie la présidente quand on s'étonne qu'après plus d'un demi-siècle d'existence, SDK n'ait pas connu la croissance d'autres firmes d'ingénierie. «Nous ne sommes pas une chaîne, mais une boutique», ajoute-t-elle en empruntant l'exemple du commerce de détail. En fait, SDK s'est spécialisée dans la conception de la structure d'immeubles, c'est-à-dire la colonne vertébrale, ou squelette, d'un édifice, ce qui comprend ses fondations. Elle s'intéresse à toute la gamme des immeubles et à toutes sortes de structures, que celles-ci soient en bois, en acier, en béton ou en verre, ce dernier matériau étant d'ailleurs la spécialité de sa filiale, CPA Verre structurel, qui s'est jointe à elle en 2004 et dont on conserve le nom à cause de sa notoriété, particulièrement aux États-Unis. CPA a notamment offert une solution clé en main pour la conception et la construction d'une façade en verre extérieure de 7600 pieds carrés qui est un élément architectural spectaculaire de l'atrium de neuf étages du centre de la Caisse de dépôt et placement du Québec à Montréal.

Les réalisations de SDK (acronyme inspiré du nom de trois associés, à savoir Saia, Deslauriers et Kadanoff) sont nombreuses. On compte au moins une dizaine de pavillons universitaires, dont ceux de Jean et Marcelle-Coutu à l'Université de Montréal, de Bellini, de Cancer, ainsi que celui de la Faculté de musique à McGill. On peut mentionner l'ajout de huit étages à l'Hôpital général juif où, pour résoudre des problèmes d'efforts sismiques plus élevés, les concepteurs ont utilisé des amortisseurs sismiques qui ont été installés dans diverses cliniques sans interrompre les services réguliers aux patients.

«Au fait, on entend souvent parler des dégâts causés par les tremblements de terre au Japon ou en Californie, mais il ne faut pas oublier que le Québec n'est pas à l'abri des séismes, y compris Montréal qui est complètement dans la zone sismique de la vallée du Saint-Laurent. Les ingénieurs qui ont à concevoir les fondations et la structure des immeubles doivent respecter des codes de plus en plus sévères, mais sans doute moins que ceux qui sont imposés dans des zones à très haut risque. Les ingénieurs ont à leur disposition des outils de plus en plus performants pour simuler les tremblements de terre sur les structures qui seront construites», souligne Mme Brisebois.

Les premiers arrivés sur un chantier

Bon an mal an, SDK participe à 600 projets de structure, des projets de toutes les tailles, le plus petit pouvant générer des honoraires de 5000 $, par exemple dans le cas de la construction d'un restaurant à consommation rapide, alors qu'un gros projet peut entraîner des honoraires d'un million. Mme Brisebois mentionne que l'entreprise participe à une centaine de projets majeurs par année. De 30 à 40 % du chiffre d'affaires provient de contrats publics, tels que des hôpitaux, des écoles, mais SDK n'a absolument rien à voir avec le ministère des Transports du Québec, ni avec les municipalités, puisqu'elle ne fait aucun projet routier et ne s'intéresse pas davantage aux ponts et viaducs. Mme Brisebois ne craint donc aucunement de recevoir un appel pour témoigner à la commission d'enquête sur l'industrie de la construction.

Environ 80 % des revenus de SDK sont générés au Québec; le reste provient de l'Ontario, des Maritimes et de sites industriels en Alberta.

Tous les ingénieurs qui oeuvrent dans cette firme ont une formation en génie civil. Toutefois, la conception et la construction de la structure d'un édifice imposent une grande responsabilité: «Les ingénieurs en structure sont toujours les premiers sur le chantier et leur intervention est cruciale.» Cela explique l'importance que SDK accorde au recrutement des candidats. Il faut de bons ingénieurs et bien les former. «Nous voulons demeurer spécialisés en structure et élargir notre marché dans ce domaine. Notre limite est celle de former des gens, c'est très long. Ça prend au moins cinq ans. On en embauche deux ou trois par année. On n'a pas les moyens d'en prendre plus, parce que ça draine beaucoup d'énergie», explique la présidente. Ce n'est pas tout de pouvoir travailler avec des outils très puissants que sont les ordinateurs d'aujourd'hui, car «ce ne sont pas eux qui signent les contrats et qui sont responsables». En conséquence, il est important d'avoir de «vieux routiers» pour encadrer les jeunes ingénieurs dans leur période d'intégration dans toutes les facettes de la pratique de cette profession.

Des avantages humains, un bel avenir

Dans une conjoncture où la demande d'ingénieurs devient plus forte, Mme Brisebois considère qu'elle n'a pas tellement de difficulté à en recruter. «Notre secteur attire les jeunes et ils restent avec nous. Ils ont l'avantage de pouvoir rentrer chez eux tous les soirs et d'avoir une vie de famille. C'est un facteur qui les influence à venir ici. En plus, il y a des ingénieurs qui n'ont pas nécessairement envie de devenir des gestionnaires», explique-t-elle. On sait que, dans de nombreux cas, les ingénieurs doivent voyager et même s'installer dans des régions éloignées, voire à l'étranger, tout en devant régulièrement déménager près de nouveaux chantiers.

Quel est l'avenir de SDK? «Nous allons grandir de façon continue», dit-elle. Cette firme connaît une croissance de 10 à 15 % par année. Quand elle est arrivée en 1987, il y avait 10 ingénieurs dans cette entreprise. Et dès le départ, avoue-t-elle, «je savais que j'allais devenir associée ou avoir ma propre firme». Il faut dire qu'en plus de son diplôme d'ingénieur obtenu à l'École polytechnique de Montréal en 1987, elle a obtenu un diplôme d'études supérieures en sciences administratives à HEC Montréal.

***

Collaborateur du Devoir