Plan Nord - Charest tente de parer les coups de butoir

Jean Charest: «La route, entre autres, qui va de Chibougamau à Stornoway, il y a d’autres projets sur cette route-là. Alors, il y a un bien commun. Alors, c’est à partir de ça [que le gouvernement décide d’investir] et on est bien capables d’utiliser notre jugement.»
Photo: - Le Devoir Jean Charest: «La route, entre autres, qui va de Chibougamau à Stornoway, il y a d’autres projets sur cette route-là. Alors, il y a un bien commun. Alors, c’est à partir de ça [que le gouvernement décide d’investir] et on est bien capables d’utiliser notre jugement.»

Québec — Le premier ministre Jean Charest a affirmé hier que le gouvernement n'investira dans des infrastructures, dans le nord du Québec, que si elles servent le «bien commun».

Exposé aux critiques récemment, M. Charest a défendu le financement de 87 % des coûts de 330 millions d'une route entre Chibougamau et les monts Otish, à proximité d'une mine de diamants, annoncé précédemment par son gouvernement.

Lors d'une conférence de presse où la stratégie touristique du Plan Nord a été dévoilée, le premier ministre a tenu à préciser que la société minière Stornoway n'en sera pas la seule bénéficiaire.

«La route, entre autres, qui va de Chibougamau à Stornoway, il y a d'autres projets sur cette route-là, a-t-il dit. Alors, il y a un bien commun. Alors, c'est à partir de ça [que le gouvernement décide d'investir] et on est bien capables d'utiliser notre jugement.»

L'ex-premier ministre péquiste Jacques Parizeau a porté un coup au Plan Nord, le projet phare de M. Charest, en affirmant cette semaine que les Québécois sont «sur le point de se faire avoir».

Selon M. Parizeau, les principes pratiqués jusqu'ici stipulaient que les minières payaient la totalité des coûts liés à leur installation dans le Nord.

L'ancien premier ministre a aussi critiqué «l'inflation verbale» entourant le Plan Nord, rappelant que l'industrie minière ne compte que pour 1,5 % du produit intérieur brut du Québec.

M. Charest a assuré hier que le gouvernement ne fera dans le nord du Québec, où vivent 120 000 personnes, rien de plus que ce qu'il fait dans le sud.

«Une route, ça sert au bien commun, a-t-il dit. Quand on finance une route ici dans le sud, c'est drôle il n'y a pas personne qui dit que c'est le privé qui doit financer les routes.»

Le ministre des Ressources naturelles et responsable du Plan Nord, Clément Gignac, a quant à lui expliqué que le prolongement de la route 167 vers la mine Stornoway, dont le gouvernement est actionnaire, répond à des critères d'usage multifonctionnel.

«Là on a une communauté qu'on désenclave, en plus on donne accès à un territoire de chasse et de pêche, il y a un potentiel touristique, et, qui plus est, il y a des conditions: ça adonne bien, on est actionnaires à 37,5 % dans cette compagnie de diamants», a-t-il dit.

Autrement, a soutenu M. Gignac, les entreprises minières devront elles-mêmes payer les coûts de leurs infrastructures, qu'il s'agisse de ports, d'aéroports, de routes ou autres.

«Ça prend un usage multifonctionnel, a-t-il martelé. Y a-t-il un potentiel touristique, y a-t-il un désenclavement de communautés? Vous voyez le genre.»

M. Charest a déclaré qu'en investissant 32 millions en 10 ans pour développer le tourisme dans le nord du Québec, son gouvernement accomplit la même chose qu'ailleurs au Québec.

«Le gouvernement du Québec joue un rôle dans l'industrie touristique partout sur le territoire, a-t-il dit. On vient en appui pour une industrie qui a besoin d'être aussi soutenue et d'avoir une structure dans chacune des régions et on va faire ça dans le Nord.»

Aux côtés du premier ministre, la ministre du Tourisme, Nicole Ménard, a affirmé que ces sommes serviront à développer des infrastructures touristiques.

«Avec les communautés et selon les priorités régionales, nous allons développer des hôtels, des auberges, des maisons touristiques, la rénovation de pourvoiries, par exemple, ou bâtir de nouvelles pourvoiries, a-t-elle dit. L'argent va servir à améliorer l'offre qui existe déjà et créer une nouvelle offre.»

D'ici 2021, le gouvernement espère ajouter 200 000 touristes aux 300 000 visiteurs qui franchissent actuellement le 49e parallèle.

M. Gignac a répété que le Plan Nord vise à favoriser un développement économique ordonné, notamment grâce à la Société du Plan Nord, une société d'État qui doit être créée afin de mettre «de l'huile dans l'engrenage» pour soutenir cette région en forte croissance.

«Ils ont un rythme de croissance qui ressemble à un TGV, c'est le Brésil, c'est la Chine dans le nord du Québec, une forte croissance», a-t-il dit.

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