Plan Nord - Pourquoi exporter le sous-sol québécois, demandent les Métallos?

«On ne veut pas d’un modèle colonialiste pour développer le Nord» – Daniel Roy<br />
Photo: «On ne veut pas d’un modèle colonialiste pour développer le Nord» – Daniel Roy

Les principaux projets miniers en développement dans le Nord québécois serviront essentiellement à extraire des ressources non renouvelables de grande valeur pour ensuite les exporter. Une situation que dénonce le directeur québécois du Syndicat des Métallos, Daniel Roy. Ce dernier juge que le gouvernement Charest devrait obliger les minières à transformer les ressources minérales au Québec, de façon à bonifier substantiellement les retombées économiques pour la province.

«Ça saute aux yeux: sans contrainte, les compagnies mettent les coûts de transformation ainsi que les coûts de transport dans la balance et vont au moins cher. Elles n'ont aucune obligation morale envers le Québec et sa population. Cessons donc d'y voir une réalité immuable et contraignons-les à transformer la ressource ici», soutient d'ailleurs l'organisation syndicale dans son Rapport du directeur 2011, un document rendu public hier.

«On laisse les entreprises soutirer la richesse de notre sous-sol et la faire traiter ailleurs. C'est catastrophique, laisse tomber Daniel Roy. On ne veut pas d'un modèle colonialiste pour développer le nord du Québec. Si le seul incitatif valable est l'argent, dans ce cas, adaptons la fiscalité de sorte qu'il en coûte plus cher aux entreprises qui ne font pas de deuxième et de troisième transformation ici.»

Et le temps presse pour changer les façons de faire. Le Syndicat des Métallos — qui représente la majorité des travailleurs du secteur minier, en particulier sur le territoire visé par le Plan Nord — estime en effet que le Québec laissera filer d'énormes quantités de ressources minérales au cours des prochaines années. Le Plan Nord du gouvernement Charest, destiné à faciliter le boom minier et l'accès aux ressources, devrait d'ailleurs accélérer les choses. Avec des prix élevés sur les marchés et une très forte demande des pays émergents, la course aux ressources ne risque pas de ralentir.

Extraire et exporter

Les exemples de projets miniers tournés vers l'exportation sont déjà nombreux. La multinationale indienne Tata Steel et la minière canadienne New Millenium comptent par exemple exploiter un immense gisement de fer dans la région de Schefferville. Si les évaluations se révèlent justes, on pourrait en tirer pour plus de 4 milliards de dollars de minerai chaque année. La ressource devrait être transportée par pipeline ou par voie ferrée vers Sept-Îles, pour y être exportée par bateau. Qui plus est, Québec pourrait bien payer une partie de la facture de ces infrastructures destinées à faciliter l'exportation.

Un peu plus au nord, le géant chinois Wisco espère soutirer 50 millions de tonnes de fer par année du sol québécois. Le minerai serait acheminé ensuite par un nouveau chemin de fer jusqu'au port de Sept-Îles, où des aménagements permettraient aux géants de la mer que sont les navires Chinamax de prendre leur cargaison allant jusqu'à 400 000 tonnes. «Depuis un peu plus d'un an, rappelle aussi le syndicat dans son Rapport du directeur 2011, la nouvelle mine de Cliffs Natural Resources au lac Bloom, près de Fermont, a commencé ses activités et une phase 2 est en construction. Là encore, la production d'une dizaine de millions de tonnes [de fer] part sous forme de concentré, pour être transformée principalement en Chine.»

Pourtant, le Québec pourrait très bien transformer une plus grande part de ses immenses réserves de fer en produits à valeur ajoutée, essentiellement dans le secteur de l'acier. Mais la volonté des entreprises n'est pas là, selon ce qui ressort du document produit par le Syndicat des Métallos et intitulé «Développons avec vision». «Le constat est particulièrement désolant, quand on sait que les dernières aciéries du Québec à Contrecoeur ne sont plus que l'ombre de ce qu'elles ont été. Pourtant, la compagnie qui les possède, ArcelorMittal, n'a jamais extrait autant de fer de notre sous-sol. Et les promesses d'investissement dans un laminoir à poutrelles pour fournir le marché nord-américain ne se concrétisent pas.»

Par ailleurs, des projets d'extraction de zinc, d'or, de nickel et de diamant sont eux aussi développés dans une perspective d'exportation rapide. Dans le cas de la mine de diamants de Stornoway Diamond Corporation, l'État québécois s'est engagé à payer la plus grande part de la facture de 330 millions pour la route qui permettra de rejoindre le projet.

Mais si les libéraux font beaucoup d'efforts pour attirer les minières, ils ne semblent pas sur le point de forcer la main aux multinationales qui viennent tirer une partie de leurs bénéfices en sol québécois. Le premier ministre Jean Charest a toutefois déjà dit qu'il était favorable à l'idée que les minières transforment ici une partie des minerais extraits. «Nous voulons davantage de transformation au Québec. Évidemment, là où il y aura des projets de transformation, il y aura un appui plus important du gouvernement du Québec», avait-il soutenu en mai dernier.

Il ne s'était toutefois pas engagé à mettre en avant un plan concret pour inciter les minières à transformer la ressource au Québec. «Chaque projet reçoit un traitement individuel, chaque cas est un cas d'espèce, avait-il mentionné. On encourage ceux qui font des investissements en matière de transformation ici. Chaque projet sera jugé au cas par cas.» Il avait aussi fait valoir que, dans le secteur minier, «il y a une dimension d'exportation qui est incontournable. Les marchés sont à l'extérieur, comme en Chine, en Inde ou en Europe».

Daniel Roy estime en outre que l'État québécois devrait prendre des participations beaucoup plus importantes dans les minières. La chose est d'autant plus souhaitable, dit-il, que Québec compte investir des milliards de dollars de deniers publics pour bâtir des infrastructures pour les minières, mais aussi leur fournir de l'électricité. «Les pays émergents ont besoin de nos ressources, donc ils vont respecter les conditions que le gouvernement va fixer. Mais si on leur donne absolument tout, les minières vont très bien fonctionner avec ça. Une entreprise veut d'abord faire de l'argent. Le gouvernement, lui, doit s'assurer que l'État trouve sa juste part.» Ce qui, dans le cas du Plan Nord, reste selon lui à démontrer.
4 commentaires
  • Fredodido - Inscrit 19 novembre 2011 06 h 07

    Très bonne question.

    .

  • Emmanuel Martel - Inscrit 19 novembre 2011 09 h 01

    Une grosse conspiration

    M. Roy vous avez absolument raison. Nous avons les ressources et ce sont des ressources non-renouvelables. Une fois qu'ils nous auront siffonné ces ressources, ces compagnies partirons les poches pleines et nous le sol vide de nos ressources. Nous avons le pouvoir de dicter nos règles et nos gouvernements sont encore à genoux devant la Chine pour qu'ils viennent nous vider de nos ressources. Nos gouvernements gèrent encore nos ressources naturelles comme il y a 20 ans lorsque les prix des métaux étaient dans leurs plus bas. Dans ce temps, je peux comprendre qu'ils devaient exporter nos ressources vers des pays avec une main d'oeuvre moins cher, mais depuis 10 ans la situation est tout à fait différente. Je crois que lorsqu'on est géré par des politiciens corrompus à l'intérieur de notre province ou pays, il est bien évident de penser qu'ils sont aussi corrompus à l'extérieur du pays. Je ne peux pas concevoir que le peuple comprend tout cela et non pas nos super politiciens qui se pensent plus intelligents que le peuple. Quand allons nous arrêter de chialer et qu'un gouvernement élira un premier ministre qui a déjà été dans le mileu des affaires et qui gèrera la province ou le pays comme une entreprise ? Est-ce que le nouveau parti politique de la Coalition pourrait nous dire leurs intentions de ce qui ferront avec nos ressources naturelles ?

  • eric turenne - Inscrit 19 novembre 2011 13 h 17

    Pertinence

    Merci m.Shields pour cet article.
    Des hommes comme monsieur Roy et leur messages gagnent à êtres diffusés.
    C'est le genre d'initiatives dont le Québec à besoin.
    Au lieux des actions mineurs de ce pleutre qui nous gouverne.
    Et qui n'enrichiront qu'une minorité

  • Phenix - Inscrit 24 novembre 2011 10 h 41

    Pourquoi se presser?

    Sachant que le sous-sol québécois est riche en minéraux, pourquoi se presser de dilpider ces ressources? pourquoi donner aux moins offrants? et surtout pourquoi ne pas tout faire ici? Si le gouvernement Charest aurait le souci premier les intérêts des Québécois, il agirait tout autrement. Exploitons nos ressources, transformons nos ressources et vendons nos ressources. Ça, ça crée des jobs à long terme ici et pas ailleurs. On ne doit pas seulement exporter nos ressources. Valeur ajoutée semble un concept que Charest ne maîtrise point.
    Je vois très bien dans un avenir rapproché la construction d'une route par un consortium étranger pour qu'une firme étrangère exploite nos ressources en les sortant du Québec sans transformation pour fabriquer des produits que l'on va retrouver sur les tablettes du magasin à 1$. Aberrant!
    Je dis : Patientons, les ressources sont là et ne bougeront pas. Attendons que nous ayons de meilleures conditions pour nous Québécois.