L'économie mondiale s'en va-t-elle vers une récession? - Les économistes renvoient la balle dans le camp des politiciens

Archives Reuters et Agence France-Presse
Photo: Archives Reuters et Agence France-Presse

L'économie mondiale devrait réussir à échapper au pire dans les prochains mois à condition toutefois que les gouvernements soient à la hauteur de la tâche, qui sera délicate, estiment des économistes influents du Québec.

«Le principal risque est de nature politique. S'il y a une récession mondiale en 2012, ce sera parce qu'une erreur politique a été commise, comme des politiques d'austérité fiscale trop fortes alors que l'économie est encore en transition ou le recours au protectionnisme», a observé hier Carlos Leitao, économiste en chef et stratège à la Banque Laurentienne, lors d'un déjeuner-causerie organisé par le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM).

Cette opinion était partagée par les trois autres économistes invités à participer à l'événement. «Tout va dépendre des décisions politiques dans les années à venir, a par exemple renchéri Denis Durand, associé principal au gestionnaire de portefeuille Jarislowsky Fraser. S'il y a de l'incertitude actuellement, c'est parce que, lorsque l'on regarde les trois dernières années en Europe ou aux États-Unis, on voit qu'il n'y en a pas eu, de décision politique de prise.»

Casse-tête

Admettons, quand même, que les gouvernements font face à des problèmes d'une profondeur et d'une complexité rares, a noté François Dupuis, vice-président et économiste en chef au Mouvement Desjardins. Outre les déficits publics, plusieurs sont notamment confrontés à un marché immobilier en déconfiture et un chômage endémique. La nouvelle directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Legarde, a évoqué le spectre d'une décennie perdue, mais l'on devrait plutôt parler d'une décennie de rééquilibrage qui pourrait se poursuivre encore quatre ou cinq ans, voire plus. Entre-temps, la croissance économique mondiale restera molle. Elle pourrait même passer sous la barre des 3 %, ce qui en ferait techniquement une récession aux yeux du FMI.

Pour s'extraire de cette glu, il faudra que les puissances émergentes, comme la Chine, accélèrent leur conversion d'économies d'exportation vers des économies basées sur la consommation intérieure, a-t-il poursuivi. Dans les économies développées, il faudra peut-être aussi l'avènement d'innovations technologiques. Celles-ci pourraient bien venir bientôt en matière d'énergie ou d'environnement.

L'économiste et stratège en chef à la Banque Nationale, Stéfane Marion, ne cache pas son agacement lorsqu'il entend dire que l'Europe est présentement victime de la fragilité de ses banques. Si ces banques sont en difficulté aujourd'hui, dit-il, c'est parce qu'elles ont acheté les titres de dette de gouvernements européens qui ont eu la mauvaise idée de former une union monétaire sans se doter des institutions et des règles communes nécessaire à son bon fonctionnement. La crise financière de 2008 n'aura été en Europe qu'un déclencheur d'une crise de la dette souveraine qui devait fatalement se produire un jour ou l'autre.

Réformes financières

Les quatre économistes conviennent tous qu'un resserrement des règles s'imposait dans le marché financier. Carlos Leitao fait remarquer cependant que ce resserrement aura un coût que les banques refileront inévitablement à leurs clients. Ce recentrage sur des activités bancaires plus traditionnelles aidera peut-être les banques à prendre un peu de distance par rapport aux produits dérivés des fonds de couverture et à se réamarrer à l'économie réelle faite d'entreprises et de particuliers, espère Denis Durand.

Le Canada devrait, dans ce contexte, continuer à s'en tirer pas si mal grâce notamment à la forte demande de ressources naturelles des économies émergentes. Les choses pourraient se corser rapidement si la situation se dégrade, surtout au sud de la frontière. Les gouvernements ne pourraient pas compter alors sur les mêmes mesures de relance économique déployées en 2009 et en 2010 à cause du degré d'endettement beaucoup plus grand des ménages canadiens.

«Je reste étrangement assez optimiste, a confié hier Carlos Leitao. Je crois que les gouvernements mettront en place les politiques requises parce que le contraire aurait des conséquences trop graves.»        

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