Alcoa modernisera des usines au coût de 2 milliards

Québec octroiera un bloc d'électricité à tarif préférentiel au géant américain Alcoa dans le cadre d'investissements de 2,1 milliards qui se traduiront toutefois par la perte d'emplois.

Après des mois d'études, de discussions et de travaux préliminaires, Alcoa a donné un deuxième feu vert à la modernisation de son aluminerie de Baie-Comeau, au coût de 1,2 milliard. Cette usine pourra ainsi se débarrasser de ses vieilles cuves Svderberg, qui remontent aux années 1950 et 1970, et augmenter l'ampérage des cuves datant de 1984 et 1990.

Le projet, d'abord annoncé en 2008, a dû être revu de fond en comble parce que sa première mouture s'est finalement révélée non rentable, a expliqué hier le président d'Alcoa Canada, Pierre Morin, en conférence de presse à Montréal.

À cela s'ajouteront des investissements de 600 millions pour la mise à niveau d'équipements et de 300 millions pour accroître la production à l'aluminerie de Deschambault et dans une autre usine (possiblement celle de Bécancour, dans laquelle Rio Tinto Alcan détient une participation de 25 %). Tous ces travaux feront en sorte que la production annuelle d'Alcoa au Québec augmentera de 120 000 tonnes (60 000 tonnes à Baie-Comeau, 30 000 tonnes à Deschambault et 30 000 tonnes à Bécancour ou ailleurs).

Il n'est toujours pas question, cependant, de réactiver avant 2016 le projet visant à doubler la capacité de production à l'aluminerie de Deschambault. Ce dernier était estimé à 1,5 milliard avant qu'il ne soit mis sur la glace, en 2009.

Le Québec au troisième rang

Avec ces investissements et ceux confirmés la semaine dernière par l'Aluminerie Alouette de Sept-Îles, le Québec devancera les États-Unis et se hissera au troisième rang mondial des producteurs d'aluminium, après la Chine et la Russie. À moins bien sûr que la production augmente de façon notable au sud de la frontière.

Québec a consenti à Alcoa un bloc de 325 mégawatts d'électricité à tarif préférentiel pour 25 ans, soit 50 MW de moins que ce que prévoyait l'entente initiale conclue en 2008. En modifiant son projet, Alcoa a réussi à «tirer le maximum de chaque mégawatt», d'où la baisse, a expliqué M. Morin.

Mais contrairement au projet d'expansion d'Alouette, qui doit créer 300 emplois directs, celui d'Alcoa aura pour conséquence de réduire légèrement la main-d'oeuvre de la multinationale au Québec. «Notre objectif était d'améliorer la position de nos usines sur la courbe des coûts au niveau international», a indiqué M. Morin, en précisant que la productivité des alumineries québécoises d'Alcoa allait bondir de 13 % au terme des travaux.

Moins d'employés, mais aucun licenciement prévu


Aucun licenciement n'est toutefois prévu. Pas moins de 40 % des 3400 employés d'Alcoa au Québec atteindront l'âge de la retraite d'ici 2015, de sorte que les réductions de postes pourront se faire par attrition. En fait, le nombre de départs s'annonce si grand qu'Alcoa s'attend à devoir procéder à des embauches.

Présent à la conférence de presse, le ministre du Développement économique, Sam Hamad, a reconnu que les retombées étaient plus importantes dans le cadre d'un projet d'expansion que de modernisation. Il a cependant assuré que l'entente conclue avec Alcoa allait être bénéfique pour le Québec, notamment pour les milliers de sous-traitants de l'entreprise.

Alcoa s'est en outre engagé à verser 50 millions, au cours des 25 prochaines années, à un fonds de développement économique, de même que 25 millions au Fonds pour le développement durable, au bénéfice des régions de Baie-Comeau, de Bécancour et de Deschambault-Grondines.

Interrogé sur les calculs effectués la semaine dernière par le professeur Jean-Thomas Bernard, de l'Université d'Ottawa, M. Hamad a reconnu hier que l'attribution de blocs d'énergie à bas prix aux alumineries pourrait entraîner une hausse des tarifs d'électricité pour l'ensemble des consommateurs québécois. Selon M. Bernard, le tarif préférentiel accordé aux alumineries s'établit à environ 4,2 ¢ le kilowattheure alors que le coût moyen de production d'Hydro-Québec est aujourd'hui de 8,6 ¢.
2 commentaires
  • Raymond F. Boily - Inscrit 8 novembre 2011 09 h 59

    Compagnie quêteuse

    Pour produire de l'aluminium il faut beaucoup d'électricité. Alcoa n'a pas de centrale électrique. Pas de problème, le Gouvernement du Québec par le bais de l'Hydro-Québec, a de belles centrales qui produisent de la belle électricité. Alors, on va leur en fournir, en bas du prix coûtant, à cette pauvre compagnie qu'est l'Alcoa. Et cette compagnie, pour nous remercier investira pour produire plus avec moins d'employés.
    Et, ce n'est pas tout, les citoyens du Québec paieront leur électricité plus cher pour couvrir les pertes de l'Hydro-Québec.
    Belle logique d'un bon Gouvernement...

  • BernardP - Inscrit 8 novembre 2011 10 h 12

    Détruire de la richesse pour les nuls

    1 : Contruire inutilement des barrages et éoliennes dont le coût marginal de revient de l'électricité est de 9,0 ¢, 10,0 ¢ ou plus le KW/h

    2 : Vendre les "surplus" d'électricité ainsi générés pour 4,2 ¢ le KW/h à de grands brûleurs d'électricité à rabais, en échange de peu ou pas de nouveaux emplois.

    (on doit bien se bidonner chez Alcoa, Alcan et autrea alumineurs)

    Le professeur Jean-Thomas Bernard a entièrement raison, mais son discours ne reçoit pas d'écho de la part des partis d'opposition. Le PQ de Bernard Landry a fait de semblables cadeaux quand il était au pouvoir.