La crise de la dette européenne fait une première victime à Wall Street

Jon Corzine<br />
Photo: Agence Reuters Lucas Jackson Jon Corzine

New York — MF Global, l'un des plus grands noms du courtage aux États-Unis, a déposé le bilan hier, devenant ainsi le premier gros groupe de Wall Street victime de la crise de la dette européenne, sur laquelle il avait massivement parié.

Le conseil d'administration du groupe l'a placé sous la protection de la loi des faillites afin de «protéger ses actifs», indique un communiqué. Selon le dossier du dépôt de bilan déposé devant un tribunal new-yorkais, il possédait au 30 septembre un actif de 41 milliards et un passif de 39,7 milliards, ce qui en fait la huitième plus grosse faillite aux États-Unis depuis 1980.

MF Global, l'un des premiers courtiers en matières premières et produits dérivés dans le monde, était dans une position très difficile en raison des pertes plus lourdes que prévu annoncées la semaine dernière. Déjà malmené sur le marché depuis l'été, le groupe new-yorkais avait reconnu à cette occasion être exposé à hauteur de 6,3 milliards de dollars à la dette publique européenne, dont plus de la moitié à l'Italie et plus d'un milliard à l'Espagne, deux pays dans la ligne de mire des investisseurs.

Les agences de notation ont par la suite menacé de faire tomber sa dette dans la catégorie «spéculative», ce qui aurait signé la fin de ses activités. Logiquement Standard & Poor's a attribuée hier à MF Global la note D, réservée aux émetteurs en défaut de paiement.

D'après le Wall Street Journal, les dirigeants de MF Global ont lancé pendant le week-end une dernière tentative de sauvetage en négociant avec Interactive Brokers Group, qui a envisagé un moment de racheter des actifs du courtier pour environ un milliard de dollars. Mais ces discussions n'ont finalement pas abouti.

Le dépôt de bilan du groupe pourrait envoyer une onde de choc sur les marchés, mais ses conséquences ne devraient pas être aussi importantes que l'impact de la faillite de Lehman Brothers en 2008. Il s'agit toutefois de «la plus importante victime américaine jusqu'à présent de la crise de la dette européenne», a souligné l'analyste Chris Low de FTN Financial avant l'annonce.

«Mais heureusement la situation de l'entreprise est unique. Le pari de Corzine sur la dette souveraine est la raison de la situation de la banque. Selon les autorités, les autres grandes entités américaines ne sont pas exposées», a-t-il noté.

Le dépôt de bilan représente un échec pour le p.-d.g. de l'établissement, Jon Corzine. Ancien coprésident de Goldman Sachs et gouverneur démocrate de l'État du New Jersey de 2006 à 2010, il a pris en mars 2010 les rênes de la société, ancienne filiale du Britannique Man Group. Sous son égide, MF Global avait fortement développé ses activités en compte propre, plus risquées que celles de simple intermédiaire plaçant des ordres pour le compte de ses clients, dans le but de devenir une véritable banque d'investissement. Une stratégie qui s'est révélée très coûteuse en raison de la faiblesse des taux d'intérêt et des positions prises sur le marché de la dette souveraine européenne.

Pour Bill Brandt, directeur général du cabinet de conseil en restructuration Development Specialists, des cessions partielles d'actifs pourraient être facilitées par la procédure de sauvegarde ouverte hier. Le dépôt de bilan aura en effet pour conséquence de geler la valeur des obligations émises par le groupe, ce qui permettra aux repreneurs potentiels d'estimer plus facilement les pertes qu'ils auraient à assumer, explique-t-il. Le portefeuille du groupe pourrait intéresser une banque européenne ou un État souverain, poursuit Bill Brandt.

Pour Niamh Alexander, analyste de Keefe, Bruyette & Woods, la vraie question, c'est de savoir combien il restera d'actifs à reprendre. «Les clients pourraient partir trs vite et chaque heure qui passe pourrait réduire le portefeuille d'actifs susceptible d'être transféré» à un repreneur, explique-t-il.