Gaz de schiste: les citoyens sont plus réceptifs, dit André Caillé

Quelques dizaines d’opposants au gaz de schiste ont manifesté hier devant le lieu où se réunissaient les représentants de l’industrie.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Quelques dizaines d’opposants au gaz de schiste ont manifesté hier devant le lieu où se réunissaient les représentants de l’industrie.

L'Association pétrolière et gazière du Québec, qui tient ces jours-ci sa rencontre annuelle, aimerait bien que l'évaluation environnementale stratégique financée par le gouvernement Charest aide à calmer le jeu, en apportant des réponses aux vives préoccupations exprimées par les citoyens depuis plus d'un an. Mais pour ceux qui réclament toujours un moratoire sur l'industrie du gaz de schiste, le mandat confié au comité qui mène l'étude ne permet pas d'étudier la «pertinence» de donner le feu vert à l'industrie de l'énergie fossile.

Cible de nombreuses critiques à pareille date l'an dernier, André Caillé estime que le débat est maintenant plus serein au Québec. «Le climat social s'est calmé. Les gens sont beaucoup plus attentifs aux réponses qu'ils ne l'étaient. Mais il faut prendre le temps d'apporter toutes les réponses à toutes les questions», a-t-il fait valoir hier en marge de l'assemblée de l'Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ).

Selon lui, l'évaluation environnementale stratégique (EES) en cours devrait contribuer à fournir plusieurs réponses, notamment en ce qui a trait aux questions environnementales. «Les Québécois ont besoin d'être rassurés», a soutenu celui qui est toujours président du conseil d'administration de l'APGQ. Plusieurs des conférences inscrites au programme visent d'ailleurs à expliquer les impacts économiques positifs du gaz de schiste, mais aussi à déboulonner les «mythes» véhiculés sur les conséquences environnementales.

M. Caillé a également insisté pour dire que la couverture médiatique a évolué pour le mieux. «Dans les médias, quand on pose une question, on donne la réponse de l'industrie et les préoccupations des groupes. Avant, il n'y avait rien de tout ça. On disait juste "on a peur". Là, il y a des questions et des réponses, et les gens vont se forger une opinion.»

Certains n'ont d'ailleurs pas manqué de critiquer vertement le travail des journalistes depuis que le dossier des gaz de schiste a été mis au jour, soit depuis juin 2010. C'est le cas de Raymond Savoie, administrateur de l'APGQ et président de l'entreprise Gastem. «Il y a eu énormément de désinformation, de mauvaise information transmise au grand public. Donc, les croyances de la population sont très négatives par rapport au gaz de schiste», a-t-il expliqué au Devoir.

«Il y a eu énormément d'exagération, énormément de mauvaise information de la part de pseudo-spécialistes qui disaient n'importe quoi et qui étaient rapportés en première page comme des spécialistes», a ajouté M. Savoie. Il a d'ailleurs critiqué au passage la couverture médiatique effectuée par Le Devoir, La Presse et l'émission Découverte, à Radio-Canada. Selon lui, certains médias avaient un préjugé défavorable et «dans certains cas, de la mauvaise foi. Il n'y a pas de doute».

Il a toutefois admis que l'industrie devait également assumer une partie de la responsabilité. «C'est un peu de notre faute si les choses ont dérapé. On n'a pas su intervenir correctement auprès de la presse.» Chose certaine, a en outre affirmé M. Savoie, les investisseurs ont désormais une très mauvaise perception du Québec. «Pour les gens de l'extérieur de la province, on voit toute cette situation comme un énorme dérapage. Il y a beaucoup moins d'intérêt. C'est clair que personne ne veut venir au Québec pour venir entreprendre un projet.»

Le président de Questerre, Michael Binnion, soulignait d'ailleurs récemment que la valeur des investissements de l'entreprise au Québec avait chuté de manière «drastique», à tel point que ceux-ci vaudraient maintenant «zéro sur le marché, et cela, malgré plus de dix ans d'investissement de la part de Questerre». Selon les informations inscrites dans le dernier budget provincial, entre 4000 et 18 000 puits pourraient être forés au cours des prochaines décennies au Québec. Le potentiel de gaz récupérable se situerait entre 8000 et 40 000 milliards de pieds cubes de gaz.

Par ailleurs, aucun représentant du gouvernement Charest ne s'est présenté à la tribune de cette troisième assemblée de l'APGQ. Lors de la première assemblée, en 2009, la ministre des Ressources naturelles de l'époque, Nathalie Normandeau, avait assuré que l'industrie pouvait compter sur l'appui du gouvernement. «On va vous permettre de déployer vos ailes et, dans ce sens, on souhaite une loi qui nous permette d'être plus efficaces», disait-elle alors. Preuve que le gouvernement voulait à tout prix «faciliter» la vie aux entreprises gazières, le budget 2009-2010 prévoyait un congé de redevances de cinq ans pour les puits entrés en production avant la fin de 2010.

Depuis, la pression de l'opinion publique a forcé le gouvernement à repousser l'adoption d'une loi pour encadrer l'exploitation des énergies fossiles, prévue initialement pour l'automne 2010. Désormais, l'évaluation environnementale stratégique, financée à même les deniers publics, pourrait bien durer deux ans. Pendant ce temps, l'industrie pétrolière et gazière peut continuer d'opérer, mais toute opération de fracturation hydraulique devra être approuvée par le comité qui dirige l'EES.

Une situation dénoncée hier par des représentants de différents groupes environnementaux, mais aussi par le Parti québécois, venus faire entendre leur message en marge de l'assemblée de l'APGQ. Pour Dominic Champagne, impliqué dans le dossier depuis plus d'un an, il importe d'imposer un moratoire sur les activités d'exploration en cours au Québec et de revoir le mandat de l'EES. «Il faudrait que le mandat de l'EES soit vraiment ce qu'il doit être, c'est-à-dire d'établir la pertinence de ce développement en regard du développement énergétique du Québec, et non pas d'établir sa pertinence socio-économique», a-t-il fait valoir. Selon lui, «l'industrie et le gouvernement travaillent sur l'acceptabilité sociale, sur le message. Ils sont moins actifs sur le terrain. Ils ne veulent pas faire de vague, de façon à rendre acceptable ce qui est inacceptable».

«Le déséquilibre dans la composition du comité et l'absence de consultation dans le processus de l'évaluation environnementale stratégique minent la crédibilité de l'exercice. Le ministre Pierre Arcand s'entête dans sa complaisance avec l'industrie, a soutenu pour sa part le député péquiste Scott McKay. Nous réitérons notre demande en faveur d'un processus crédible et transparent. Le comité formé par le ministre Arcand, dans lequel siègent des gazières, ne peut être juge et partie à la fois. Il faut recommencer le travail et revenir aux recommandations du BAPE», a-t-il ajouté.
7 commentaires
  • green e-motion - Inscrit 25 octobre 2011 10 h 07

    la culture de l'énergie

    soit grosso modo entre 3500 et 18000 TWh d'énergie non renouvelable. Combien en faudra t-il pour extraire ce gaz? Combien pour remettre en état les sites après exploitation? Combien pour dépolluer l'eau souillée à jamais?
    En investissant dès maintenant les sommes dont il est ici question dans l'isolation des bâtiments, les appareils éco-énergétiques, la production de quadricycles électriques légers, le stockage de l'énergie et bien sûr, l'énergie solaire, énergie d'avenir par excellence même au Québec (!), on peut créer des dizaines de milliers d'emplois, réduire nos consommations d'énergie et s'engager dans le cercle vertueux de la sobriété énergétique.
    A l'opposé de cela, y a la solution qui consiste à exploiter les gaz de schistes, pour entretenir notre dépendance aux énergies fossiles. Une dépendance sans avenir que seuls les "cheveux gris" de la génération de M. Bouchard continuent de défendre parce qu'il arrive un âge ou la remise en cause culturel est malheureusement impossible.
    Continuons à nous approprier la culture de l'énergie durable, pour notre bien être et celui de nos enfants.

  • Dominique Châteauvert - Inscrite 25 octobre 2011 10 h 37

    Le sol sous nos pieds

    M. Caillé, M. Bouchard et l'Association pétrolière et gazière du Québec

    Savez-vous que les changements climatiques, c'est pour vous aussi, pour votre famille et vos descendants? Vous croyez avoir trouvé un bon filon pour vous enrichir, ce n'est pas le cas, il va falloir vous orienter vers le durable et le viable.

    Nous ne vous permettrons pas de fragmenter le sol sous nos pieds, en dessous de nos champs, à proximité de nos villages et de nos maisons.

    Nous n'accepterons pas de vivre au milieu des émanations d'un gaz qui saura à coup sûr se frayer un chemin, pendant des années et des années, à travers les milliers de fissures que vous aurez créées.

    Nous refusons de respirer votre gaz. L'air est déjà suffisamment vicié comme çà. En ce moment, la pollution cause la mort de trop de personnes, ici et ailleurs dans le monde. Voyez les statistiques.

    L'avenir est à l'éolien, au solaire, à l'habitation conçue pour être pratiquement autosuffisante en énergie, à des développements domiciliaires qui respectent les meilleurs pratiques de l'urbanisme moderne, à des transports en commun confortables et efficaces.

    Le pétrole et le gaz seront de plus en plus réservés aux équipements lourds. Ils serviront à assurer la transition entre les énergies sales et les énergies propres. L'arrivée des autos mues à l'électricité fera progressivement fondre la demande des hydrocarbures. C'est la seule façon de pouvoir espérer un avenir viable pour nous et nos descendants. La science est en plein développement. Elle s'active à trouver les façons de faire qui permettront l'harmonie entre la Maison qu'est notre planète et tous ses habitants.

    Arrêtez pas de nous insulter avec vos publicités ignobles et vos désirs d'un monde révolu. Vous faites ainsi la preuve que ceux qui sont trop riches ont le coeur dur, sec, et qu'ils ont perdu le contact avec la réalité.
    Plus ils boivent, plus ils ont soif.
    Une grave maladie qui sape notre bien-

  • France Marcotte - Inscrite 25 octobre 2011 14 h 43

    J'vais vous dire ce que vous ressentez moi...

    «Les Québécois ont besoin d'être rassurés», dit M.Caillé.
    «Le climat social s'est calmé. Les gens sont beaucoup plus attentifs aux réponses qu'ils ne l'étaient. Mais il faut prendre le temps d'apporter toutes les réponses à toutes les questions».

    Le temps arrange bien les choses, s'agit de le laisser passer et de voir l'attention attirée ailleurs...
    Au moins ne nous prenez pas pour des imbéciles, monsieur le représentant.

    Toutes les réponses à toutes les questions?
    Quel genre de réponses? Indépendantes ou intéressées?
    Et quelles questions? Celle de la pertinence en regard du développement énergétique du Québec aussi?

    Vous et vos amis ressemblez plutôt à des vendeurs d'assurance qui s'incrustent après qu'on leur ait dit non. Vous croyez nous avoir à l'usure et de guerre à armes égales lasse.
    Cela porte un nom: harcèlement.
    Mais aucune loi n'en protège la population, enfin je crois.

    L'Halloween approche. On ne peut malheureusement pas vous empêcher de cogner à nos portes mais au moins, peaufinez un peu mieux vos déguisements, on jouera à qui vous démasquera le premier...

  • France Marcotte - Inscrite 25 octobre 2011 16 h 08

    Je persiste sauf pour les armes...

    ...elles sont inégales, bien sûr.
    Mais lasse, la guerre ne l'est pas.

  • Louise Lefebvre - Inscrite 25 octobre 2011 16 h 29

    André Caillé s'illusionne!

    C'est fou comme ce progaz transforme les faits et la réalité à son avantage. Dans mon entourage, personne ne veut de cette industrie destructrice et sur les différents blogues, 99% des gens s'opposent aux gaz de schiste...
    Les gazières prennent leurs rêves pour des réalités et s'imaginent qu'en laissant miroiter que la population accepte de plus en plus la fracturation que les opposant vont changer d'idée...
    Et non! je ne change pas d'idée! avec tous les témoignages de ces gens dont la vie est gâchée par les puits près de chez eux, je m'inquiète de plus en plus...
    Mais en effet les médias semblent devenir progaz et c'est ce qui m'inquiète...probablement les médias n'ont pas le choix de les épargner car l'industrie leur donne beaucoup d'argent avec la publicité qu'ils font à la tv...