Plan Nord - Une première promesse reniée?

Le ministre Pierre Arcand, responsable du Plan Nord, au moment de rendre public le document de consultation qui fait état de la protection de 
50 % du territoire visé. Cependant, il semble que la cible serait aujourd’hui beaucoup moins ambitieuse, et une membre de la Table des partenaires demande au premier ministre, Jean Charest, de clarifier les choses.
Photo: François Pesant - Le Devoir Le ministre Pierre Arcand, responsable du Plan Nord, au moment de rendre public le document de consultation qui fait état de la protection de
50 % du territoire visé. Cependant, il semble que la cible serait aujourd’hui beaucoup moins ambitieuse, et une membre de la Table des partenaires demande au premier ministre, Jean Charest, de clarifier les choses.

«On demande au premier ministre Charest de clarifier ses intentions à l'endroit du Plan Nord, compte tenu des dérives de plus en plus importantes qu'on constate dans ce dossier au sein du gouvernement. C'était clair au début. Ça l'est de moins en moins», affirme Suzann Méthot, porte-parole de l'Initiative boréale canadienne (IBC) dans une entrevue téléphonique accordée hier au Devoir.

L'importance de cette critique apparaît quand on comprend que Mme Méthot a été choisie par Québec pour coprésider le groupe de travail sur la conservation du Plan Nord. À ce titre, elle siège aussi à la Table des partenaires, soit l'instance centrale qui conseille Québec dans le dossier.

«Depuis plus de deux ans, expliquait hier Suzann Méthot, le premier ministre Charest a constamment et clairement répété, de façon cohérente et concise, son engagement de protéger 50 % du Plan Nord contre toute activité industrielle. Il a fait de cet engagement l'élément central du Plan Nord, qui se réclame d'être un modèle de développement durable, dit-il aux investisseurs internationaux. Pour y arriver, il a demandé au ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) d'enchâsser cette politique dans une législation».

«Mais quelque chose d'étrange semble être arrivé au Plan dans sa descente au sein de la machine bureaucratique», explique la coprésidente du groupe de travail sur la conservation.

En effet, alors que le premier ministre promettait de protéger contre toute incursion des industriels la moitié du territoire nordique couvert par son plan, voilà qu'il ne s'agit plus que de 12 %, ont indiqué les documents gouvernementaux et les représentants du MDDEP au cours des séances de consultations menées au Québec au cours des dernières semaines.

Dans les 38 % que Québec dit toujours vouer à la conservation, il entend maintenant y autoriser la coupe forestière, une activité industrielle, ainsi que l'exploration minière, une autre activité industrielle lourde avec son cortège de percées routières, de forages, d'écoulements de résidus, etc., explique Suzann Méthot. Et en disant qu'on va se limiter à explorer à des fins minières, Québec sous-entend que, si on trouve des sites miniers de valeur, ajoute-t-elle, il va évidemment autoriser «la phase d'exploitation» dans un territoire pourtant voué à la conservation.

Quand on lui oppose, dit-elle, qu'il envisage une protection factice sur les 38 % qu'il qualifie de «réserves», les porte-parole du MDDEP répondent que, si une mine voit le jour dans un territoire sous réserve, on protégera un territoire équivalent ailleurs.

«C'est sous-estimer les impacts cumulatifs d'une activité minière, ses rejets aux cours d'eau et ses impacts sur les sols et les eaux souterraines, lesquels débordent et, de loin, le territoire proprement dit de la mine, ajoute Mme Méthot. Qu'est-ce qu'on dirait d'un projet minier dans un parc en le justifiant par un ajout de territoire en périphérie?»

«On ne sait pas, dit-elle, d'où ce revirement provient, et jusqu'où il va nous mener. Jusqu'ici, le premier ministre a seulement dit que la situation est vague et doit encore être qualifiée. Pourtant, il a été clair dans le passé, et il doit s'expliquer sur le glissement en cours qui contredit ses promesses initiales.»

Très explicitement, ajoute Suzann Méthot, le premier ministre Charest s'engageait en novembre 2008 à exclure toute activité industrielle de 50 % du territoire nordique, exploitation forestière et exploration minière comprises.

«Il me fait plaisir, déclarait-il textuellement, de vous annoncer aujourd'hui que d'ici 2015, 12 % du territoire couvert par le Plan Nord aura le statut d'aires protégées telles qu'elles sont définies par les standards internationaux. C'est soustraire de toute forme de développement 70 000 km2, l'équivalent de 140 fois la superficie de Montréal. J'annonce par ailleurs que sur 38 % du territoire couvert par le Plan Nord, seul le développement récréotouristique et de mise en valeur de notre patrimoine naturel sera donc permis. C'est donc dire que 50 % du territoire du Plan Nord sera à l'abri du développement industriel, minier ou énergétique. C'est donc une superficie égale à la France qui sera vouée à des fins de protection de l'environnement et de développement touristique.»

D'autre part, le ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Clément Gignac, a soulevé l'ire de la coalition Meilleure mine en déclarant samedi sur les ondes de Radio-Canada: «Oui, il y aura de la main-d'oeuvre étrangère qui viendra travailler dans le Nord québécois», des «travailleurs migrants» qui feront du «fly in, fly out», notamment des Français, mais sans doute aussi des Mexicains et autres».

Certes, ajoutait-il, «il y aura de la 2e et 3e transformation des métaux extraits dans le cadre du Plan Nord, mais il ne faut pas trop rêver non plus».

Pour Ugo Lapointe de Québec Meilleure Mine, le ministre en prend large avec la vérité, car il n'y a aucune initiative de 2e et 3e transformation connue dans le Plan Nord. Il a aussi accusé le ministre de prétendre à tort que 40 % des profits des minières vont entrer dans les coffres de l'État, soit 700 millions, dès cette année.

«Ce chiffre ne tient pas compte, explique Ugo Lapointe, de toutes les aides fiscales et des subventions que Québec accorde aux minières», sans compter que ce chiffre inclut ce que ces sociétés industrielles vont verser au fédéral.

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