Une école pour former des p.-d.g.

Jeran Gattuso, Robert Dutton, Charles Sirois Alain Lemaire et Jean Coutu partagent leur savoir avec les aspirants p.-d.g.<br />
Photo: - Archives Le Devoir Jeran Gattuso, Robert Dutton, Charles Sirois Alain Lemaire et Jean Coutu partagent leur savoir avec les aspirants p.-d.g.

Depuis le 7 septembre, Le Devoir présente tous les mercredis, pour une période de huit semaines, une page dédiée aux PME et à la réflexion sur la question de la relève au sein de ces entreprises. La prochaine décennie verra nombre de ces propriétaires d'entreprise atteindre l'âge de la retraite. Cette réalité pose le défi de la continuité pour ce qui a longtemps constitué le cœur de l'économie québécoise. Relève, succession, taux de survie de l'entreprise familiale, financement et transfert harmonieux deviennent autant d'enjeux critiques en cette période charnière, où le modèle même de l'entrepreneuriat doit faire face au test des générations.

Ceux qui s'inquiètent du déclin potentiel de l'entrepreneuriat au Québec ont de bonnes raisons de croire que l'avenir de la PME sera en péril si des actions ne sont pas posées rapidement pour former une relève de qualité. Mais il ne faut pas croire que personne ne lève le petit doigt pour créer un mouvement favorable aux transferts d'entreprises. À Saint-Georges-de-Beauce, on se félicite d'avoir créé une école d'entrepreneuriat où on forme les p.-d.g. qui vont bientôt prendre le relais de l'entreprise familiale.

Créée le 14 septembre 2010, l'École d'entrepreneurship de Beauce est déjà considérée comme un modèle de réussite. Une cinquantaine d'étudiants-entrepreneurs se sont inscrits à des formations qui s'échelonnent sur une période de deux ans. Tous les deux mois, ils passent une semaine entière à Saint-Georges, dans la Beauce. On peut quasiment parler d'un pensionnat pour entrepreneurs déterminés à apprendre les rudiments du métier! C'est cet esprit de communauté et d'échanges d'informations et de contacts d'affaires qu'a voulu instaurer Marc Dutil, l'un des initiateurs du projet. Le président du Groupe Canam s'est mis dans la tête de faire de la Beauce un laboratoire où on enseigne aux jeunes entrepreneurs à brasser des affaires.

La formation n'est pas donnée, cependant: les entrepreneurs de la relève doivent débourser jusqu'à 55 000 $ dans l'espoir d'obtenir leur diplôme. Nous n'avons pas ici affaire à des finissants d'université. Les étudiants sont âgés dans la quarantaine; 60 % d'entre eux sont sur le point de prendre la direction de l'entreprise familiale et souhaitent ainsi franchir avec succès le cap crucial de la deuxième génération. Et ce ne sont pas forcément des hommes. «Au cours de la session du printemps 2011, 9 des 25 entrepreneurs étaient des femmes. C'est une tendance et ça donne le ton sur les défis de gestion dans la PME de demain. Il faut en tenir compte», souligne Nathalie Riverin, directrice générale de l'école. Avant cela, elle était vice-présidente de la Fondation de l'entrepreneurship du Québec.

C'est donc la crème de la crème qui fait le trajet jusqu'à Saint-Georges-de-Beauce pour se perfectionner, en ayant accès aux meilleurs spécialistes, et pour entendre des entrepreneurs leur raconter leur cheminement. Sur les bancs de cette école, les «professeurs», qui sont bien davantage des conférenciers, ont contribué à leur manière à bâtir le Québec inc. d'aujourd'hui. Nous sommes au royaume du success-story québécois, et les vedettes de l'enseignement ont pour nom Jean Coutu, le célèbre pharmacien, Jean Gattuso (Lassonde), Robert Dutton (Rona), l'entrepreneur Hervé Pomerleau, Jacques Lamarre (SNC-Lavalin), Charles Sirois (Téléglobe), Placide Poulin (Maax), Alain Lemaire (Cascades).

Nathalie Riverin constate que ces étudiants-entrepreneurs souhaitent créer des réseaux et briser la solitude dans laquelle ils sont souvent enfermés. «Ils veulent échanger, et plus ils échangent, plus ils prennent conscience de leur potentiel, et plus ils se sentent confiants. Un jeune entrepreneur inscrit à nos formations nous a dit récemment que son chiffre d'affaires avait augmenté de 25 % parce qu'on lui avait appris à voir plus loin, à élargir son horizon. C'est un peu ça, la clé de la réussite en affaires: il ne faut pas avoir peur de demander conseil et s'inspirer, s'il le faut, des expériences positives d'entrepreneurs. Ils ont accès à des entrepreneurs qui sont aussi des donneurs d'ordre, ce n'est pas rien!» dit encore la directrice générale.

L'objectif poursuivi est manifeste: on veut voir émerger des leaders dans ce Québec économique qui tente par tous les moyens, pas toujours efficaces, toutefois, de se rebâtir autour de la relève. «Il est important que nous prenions le temps de bien former ces hommes et ces femmes qui vont bientôt prendre la relève de nos entreprises familiales. Il ne suffit pas d'en parler; il faut agir», insiste Nathalie Riverin. Elle parle de transmission des connaissances, d'échanges d'informations.

Malgré cela, elle dit observer «un certain déclin» de l'entrepreneuriat. «Les jeunes ont le choix entre un emploi stable et bien rémunéré, dans une entreprise établie, et une carrière d'entrepreneur, où il faut innover. Il y a beaucoup d'emplois disponibles en entreprise, avec les départs à la retraite des baby-boomers, et cela oblige les jeunes à choisir. Voilà pourquoi il faut leur montrer la voie à suivre pour diriger des PME. Il faut leur dire que c'est un parcours rempli d'aventures, de passion, et qu'on peut se réaliser pleinement au sein de sa propre entreprise», dit-elle.

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Collaboration spéciale