Libre-échange avec l'Europe - Des députés indépendants inquiets

Québec — Des députés indépendants s'inquiètent du secret entourant la négociation de l'accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne.

Ces élus veulent entendre en commission parlementaire le négociateur de l'entente pour le Québec, Pierre Marc Johnson, et plaident pour que l'Assemblée nationale ait son mot à dire sur le contenu des échanges.

Les députés Jean-Martin Aussant, Lisette Lapointe et Pierre Curzi, tous des dissidents du Parti québécois, de même qu'Amir Khadir, de Québec solidaire, ont fait part hier de leur vive préoccupation en regard des négociations en cours entre le Canada et l'Union européenne. «On ne sait pas quel sera le contenu de l'entente et on a des inquiétudes», a lancé d'emblée le député de Borduas, Pierre Curzi, en conférence de presse à l'Assemblée nationale. À son avis, l'accord «pourrait menacer» de nombreuses politiques québécoises, notamment à l'égard du soutien culturel, de la protection de l'eau et des ressources naturelles.

Compte tenu de l'importance des enjeux en présence, il est inacceptable que les pourparlers se déroulent derrière des portes closes, à l'abri de l'examen des élus, a pour sa part estimé Jean-Martin Aussant, de la circonscription de Nicolet-Yamaska. «Cet accord va lier le Québec avec la contrepartie, bien que le Québec n'ait pas un mot à dire dans la négociation. Ce qu'on demande, c'est de voir le contenu de l'accord pour que la population et les parlementaires que nous sommes puissent intervenir s'il y a lieu pour défendre les intérêts supérieurs du Québec», a dit le fondateur du parti indépendantiste Option nationale.

De son côté, la députée de Crémazie, Lisette Lapointe, redoute un affaiblissement des pouvoirs du Québec si l'accord est ratifié. L'Union européenne, a-t-elle dit, a l'oeil sur les contrats publics venant du gouvernement et d'Hydro-Québec. Les parlementaires, a poursuivi Mme Lapointe, ont le droit de connaître le contenu de l'entente avant qu'elle ne soit finalisée.

Quant à lui, le cochef de Québec solidaire n'a pas caché sa méfiance envers le négociateur Pierre Marc Johnson, qu'il perçoit comme faisant partie du «lobby des patrons». À ce titre, l'ancien premier ministre du Québec cherche à obtenir un accord donnant «plein de pouvoirs aux entreprises», selon M. Khadir.

«À l'heure où les agriculteurs viennent en commission parlementaire nous dire qu'on a besoin de politiques gouvernementales qui encouragent l'achat local et qui encouragent une économie de proximité, cet accord-là pourrait nous empêcher complètement de réaliser ces projets-là», a soutenu le leader de gauche.
1 commentaire
  • Daniel Clapin-Pépin - Abonné 6 octobre 2011 09 h 12

    Commerce ou démocratie ?

    Le commerce est bien mais la démocratie est mieux !

    Nos députés "indépendants" ont grandement raison de s'inquiéter !

    Car très/trop souvent, les règles des ententes de libre-échange (tel l'ALENA) vont - et continueront d'aller - à l'encontre des droits des citoyens concernés (en termes de culture, de ressources naturelles, de santé publique, de normes environnementales, etc.), uniquement dans une logique capitaliste de protection des profits des investisseurs.

    Vivement l'indépendance du Québec pour négocier "nos" traités !