40 milliards de barils de pétrole à Anticosti

Le potentiel pétrolier de l’île d’Anticosti pourrait dépasser les 40 milliards de barils de pétrole, selon ce qui ressort des plus récentes évaluations indépendantes réalisées pour deux entreprises privées qui contrôlent la majorité des permis d’exploration sur l’île. Une ressource dont l’ampleur, si elle est confirmée, pourrait valoir des centaines de milliards de dollars.

L’entreprise Junex a ainsi fait savoir hier que le sous-sol de ses cinq permis pourrait contenir pas moins de 12,2 milliards de barils, selon la «meilleure estimation» inscrite dans un rapport produit par Netherland, Sewell and Associates Inc. (NSAI), une firme d’ingénierie basée au Texas. Ces données encourageantes, quoique très préliminaires, s’ajoutent à celles publiées en juin dernier par Pétrolia. Cette entreprise — qui a mis la main en 2008 sur des permis détenus par Hydro-Québec — estime que le potentiel pétrolier situé sur ses permis pourrait dépasser les 30 milliards de barils. D’ailleurs, selon ce qu’a déjà affirmé au Devoir le président de Pétrolia, André Proulx, le sous-sol d’Anticosti pourrait bien contenir «le potentiel pétrolier terrestre le plus élevé au Québec».

Au total, la meilleure estimation disponible fait donc état d’un potentiel de plus de 40 milliards de barils. Les investissements nécessaires pour en connaître plus sur le sous-sol d’Anticosti se chiffreront toutefois en dizaines de millions de dollars. Mais la ressource contrôlée entièrement par le secteur privé pourrait valoir des dizaines, voire des centaines de milliards de dollars.

Dans ce contexte, le président et chef de la direction de Junex, Jean-Yves Lavoie, a réitéré hier que l’entreprise priorisera l’île d’Anticosti au cours des années à venir. «Nous sommes très encouragés par l’évaluation de NSAI qui établit à 12,2 milliards de barils le pétrole original en place sur nos permis d’Anticosti, illustrant ainsi le fort potentiel de nos projets», a-t-il ajouté par voie de communiqué. La pétrolière devrait donc mener davantage de travaux d’exploration en 2012. M. Lavoie a notamment évoqué la possibilité de procéder à des opérations de fracturation hydraulique sur un puits déjà foré. L’entreprise devrait également réaliser de nouveaux forages afin de préciser davantage le potentiel en or noir de la plus grande île de la province. Junex contrôle 94 403 hectares de permis sur Anticosti. Il lui en coûte 9440 $ par année — 10 ¢ l’hectare — pour conserver ses droits d’exploration, acquis en octobre 2007.

Des décennies d’exploration

Junex et Pétrolia ne se retrouvent pas en terrain totalement méconnu sur l’île d’Anticosti. Plusieurs travaux y ont été menés au fil des années, notamment par Shell, mais aussi par la Société québécoise d’initiatives pétrolières (SOQUIP). Cette société d’État fondée en 1969 avait pour mandat de rechercher des hydrocarbures dont l’État québécois pourrait tirer des revenus.

Sans oublier les travaux menés par la division Pétrole et gaz d’Hydro-Québec. En février dernier, Le Devoir a révélé que la société d’État y a investi 9,8 millions de dollars en exploration pétrolière entre 2002 et 2007. Aucun montant n’a été investi par la suite. Mais au début de 2008, elle a cédé ses droits sur les 35 permis (6300 km2) qu’elle détenait à l’entreprise Pétrolia en échange d’une «redevance prioritaire» jamais rendue publique. Trois ans plus tard, le potentiel pétrolier de l’île semble très intéressant, au point d’attirer des millions de dollars en investissements.

Chez Hydro-Québec, on a toutefois affirmé hier que les travaux menés entre 2002 et 2007 n’ont pas été concluants. «Les travaux d’exploration gazière et pétrolière traditionnels auxquels Hydro-Québec a participé il y a plusieurs années à l’île d’Anticosti n’indiquaient pas de potentiel commercialement exploitable. En 2005, l’entreprise a choisi de réorienter ses actions sur les énergies renouvelables en laissant le risque à des entreprises dont c’est la mission», a-t-on fait valoir par courriel.

Fait à noter, avant de céder au secteur privé l’ensemble des permis d’exploration gazière et pétrolière qu’elle possédait, Hydro-Québec prévoyait investir plus de 330 millions de dollars entre 2002 et 2010 afin d’évaluer le potentiel en énergies fossiles du sous-sol québécois. Les libéraux ont toutefois mis fin aux activités de la division Pétrole et gaz de la société d’État.

Plusieurs anciens employés d’Hydro-Québec et de la SOQUIP travaillent maintenant pour les entreprises privées qui contrôlent les permis d’exploration pétrolière sur Anticosti et en Gaspésie. L’ancien p.-d.g. d’Hydro-Québec, André Caillé, siège au conseil d’administration de Junex depuis juin 2008. Jean-Yves Lavoie, cofondateur de Junex, a travaillé à la SOQUIP de 1974 à 1980 à titre d’ingénieur pétrolier. Un autre membre du conseil d’administration, Jacques Aubert, a été membre de la haute direction puis président de la SOQUIP à la fin des années 1990. Le chef des opérations de Junex, Peter Dorrins, a occupé le poste de chef (exploration) de la division Pétrole et gaz d’Hydro-Québec de 2003 à 2006.

Junex a inscrit trois lobbyistes au registre québécois le 16 septembre dernier. Quant à Pétrolia, elle a actuellement neuf lobbyistes qui sont inscrits. Un de ceux-ci a agi comme géophysicien pour Hydro-Québec Pétrole et gaz de septembre 2003 à février 2006. Un autre y a été chef géologue avant de se joindre à Pétrolia.

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Note: La version Web de ce texte a été modifiée après publication afin de rectifier certains faits.
- Le Devoir


35 commentaires
  • Duplessis Bernard - Inscrit 29 septembre 2011 05 h 38

    L'avenir...

    C'est du grand Caillé. Une autre démonstration de détournement de fonds.
    Ceci-dit, l'avenir ne sera pas rose pour les prochaines générations. Tout est clair pour qu'on trace à nos enfants un avenir énergétique propre mais on prend le chemin contraire, le chemin de l'égoïsme et on "pile", comme dirait Richard Desjardins. Sans réfléchir, on "pile". On pille et on "pile".

    J'ai honte et j'ai hâte que tous ces vieux "baby boomers" qui ne pense qu'à "piler" prennent le chemin éternel laissant la place aux jeunes qui pourront construire un avenir meilleur et plus vert.

    En attendant, c'est le far west.

  • glanglais - Inscrit 29 septembre 2011 06 h 17

    Virtuel or noir...

    Bonjour,

    L'exploitation des sables bitumineux de l'Alberta produit aujourd'hui un million (1 000 000) de barils de pétrole par jour. En supposant que le sous-sol anticostien renfermerait 40 milliards de barils de pétrole et que son exploitation se ferait en raison d'un million de barils par jour, comme c'est le cas présentement pour les sables bitumineux, il y aurait de l'extraction à faire pour une période s'étendant sur 40 000 jours, c'est à dire pendant cent dix (110) ans sans interruption. Mais voilà, ici s'arrête le rêve... CAR IL N'Y A PAS DE PÉTROLE À ANTICOSTI.

    Gaston Langlais - Gaspé.

  • Luc Normandin - Abonné 29 septembre 2011 06 h 39

    Désolé

    @Bernard Duplessis je suis désolé de vous décevoir, mais l'égoïsme et la cupidité n'ont pas d'âge!

  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 29 septembre 2011 06 h 57

    Les permis accordés doivent être révoqués

    Le pétrole, comme toutes les autres richesses naturelles, appartiennent à toute la population et leur exploitation doit être faite pour son mieux-être et non pour l'enrichissement de quelques sangsues,
    Il est aussi grand temps que l'on jette un coup d'oeil critique sur le fonctionnement d'Hydro-Québec.
    Hydro-Québec qui, à l'instigation du gouvernement Charest, se départit de sa participation dans l'exploitation pétrolière pour obtenir quoi en retour? Impossible de le savoir.
    Grâce à André Caillé et à son partenaire Thierry Vandal, les citoyens québécois devront payer cher leur ignorance et les stratégies perfides de ces messieurs qui ont choisi de passer outre la transformation de la centrale publique TAG de Bécancour au coût de 120 millions $, et favoriser la construction juste à côté d’une centrale privée au gaz naturel, une propriété de Trans-Canada Energy, une compagnie albertaine.La centrale TAG, construite en 1993 avec des fonds publics, n’opère que de 30 à 40 heures par an. La centrale privée de Bécancour est fermée jusqu’en 2013 à cause des surplus d’électricité, qu’à cela ne tienne, nous, les citoyens, devrons payer au moins $1 milliard en compensation à Trans-Canada Energy pour qu’elle N’EN PRODUISE PAS !C'est une commission d'enquête sur le gouvernement Charest au complet qu'il nous faudrait

  • gerarddi - Inscrit 29 septembre 2011 06 h 57

    Dommage

    Malheureusement plus on découvrira de sites pétroliers exploitables moins la recherche sur l'énergie non polluantes avancera.... Les moteurs à explosion, les chaudières à mazout,etc,ne sont pas près de disparaître, dommage...