Le patrimoine entrepreneurial en mutation

Les entrepreneurs qui s'apprêtent à vendre leur PME ne rêvent pas tous de bords de mer et de rondes de golf en Floride. Ils seraient nombreux à craindre que leur entreprise soit fragilisée au terme de la transaction. «Il est important de mieux encadrer les chefs d'entreprise avant qu'ils n'amorcent le processus menant à une transaction», suggère Liliane Laverdière, vice-présidente, Services aux entreprises au Mouvement Desjardins.

Liliane Laverdière n'est pas sans savoir que les transferts de petites et moyennes entreprises vont constituer un enjeu économique majeur pour au moins les 10 prochaines années avec un nombre de transactions sans précédent qui viendront modifier en profondeur le patrimoine entrepreneurial québécois. Selon une récente étude du ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation (MDEIE), 55 000 entrepreneurs vont vendre leur business d'ici à 2020. Il y a là une manne à saisir.

Desjardins ne fait pas exception: le mouvement coopératif veut davantage accompagner les entrepreneurs et apporter son soutien financier pour favoriser les nombreux projets de transferts. «Nous nous sommes positionnés», annonce la vice-présidente. Ce positionnement s'inscrit dans le cadre d'une stratégie qui permettra à Desjardins de participer activement à l'acquisition de petites et moyennes entreprises pour préserver les emplois et maintenir la propriété québécoise. «C'est un secret bien gardé que nous avons bien l'intention de publiciser, considérant le nombre de plus en plus élevé de dossiers de transfer que nous allons traiter au cours des prochaines années», dit Liliane Laverdière.

Plusieurs dossiers réglés

Desjardins veut intensifier ses efforts afin de se rallier l'appui financier du personnel de management et des coopératives de travailleurs actionnaires. Gérald St-Aubin, vice-président au Fonds d'investissement Desjardins Capital de risque, constate que les employés (cadres et syndiqués) sont souvent disposés à se constituer en coopérative pour participer au rachat de leur entreprise «pour pouvoir continuer à y travailler, tout en devenant investisseurs», fait-il valoir. «Il existe des solutions et il est important que les entrepreneurs, qui envisagent d'en céder le contrôle ou la propriété, prennent le temps de regarder dans leur propre cour», précise-t-il.

Le vice-président évoque un dossier d'acquisition qui a été mené rondement, et qui a été «très bien accueilli par des employés d'une PME». La compagnie A. D. Prévost, près de Richelieu, était à vendre. Cela risquait de toucher ses 187 employés. L'acheteur était une firme américaine. On craignait des pertes d'emplois.

Fin février 2011, après avoir été approché par un «intermédiaire financier», souligne Gérard St-Aubin, Desjardins a fait une proposition au propriétaire de la PME (un fabricant de revêtement de fenêtres en aluminium). L'investissement a totalisé 30 millions. «Nous avons conservé 80 %, et le personnel [les employés] 20 %», dit-il.

Il raconte que les employés ont poussé un soupir de soulagement quand ils ont appris que Desjardins devenait le nouveau propriétaire. «On a même été applaudis, se souvient-il. Et le propriétaire vendeur s'est senti en confiance avec notre approche. Notre objectif, après tout, c'était de maintenir les emplois et d'enraciner la compagnie au Québec.» Cinq autres dossiers du même genre ont été réglés en suivant le même mode d'emploi. Et il promet qu'il y en aura «de plus en plus».

Toutefois, pour dissiper tout doute sur le mandat de Desjardins, il ajoute: «Nous ne sommes pas des opérateurs. Nous intervenons plutôt pour favoriser les transferts. Nous sommes là pour préserver une stabilité financière, le temps que les nouveaux actionnaires solidifient leurs bases. Et quand tout se replace, nous nous retirons progressivement, jusqu'à ce que notre participation devienne très minoritaire.» Ça peut prendre de 7 à 10 ans.

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Collaboration spéciale