Les inégalités de revenu progressent plus vite au Canada qu'aux États-Unis

Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir

Le Canada rattrape son voisin américain, logé au sommet des inégalités de revenu. L'écart entre riches et pauvres s'accroît plus rapidement ici qu'aux États-Unis, qui ont affiché une forte progression de sa pauvreté l'an dernier, dans la foulée de la crise.

Le Conference Board du Canada présentait hier les conclusions du deuxième volet d'une étude dévoilée en juillet dernier. L'organisme souligne à larges traits que depuis le milieu des années 1990, les inégalités de revenus se sont accrues plus rapidement au Canada qu'aux États-Unis. Dans l'intervalle, les inégalités ont progressé dans 10 des 17 pays comparables (dont le Canada). Elles sont demeurées inchangées au Japon et en Norvège, alors qu'elles ont diminué dans cinq pays.

Dans ce jeu des comparaisons, le Conference Board s'en remet au coefficient de Gini. Cet indice est passé de 0,293 à 0,32 pour le Canada entre la mi-1990 et la fin de 2009, en hausse de 9,2 %. Aux États-Unis, il est passé de 0,361 à 0,378 dans l'intervalle, en progression de 4,7 %. Pour le Canada, «cela veut dire que 32 % du revenu national devrait être redistribué afin d'atteindre une parfaite égalité dans les revenus». Un indice à zéro signifierait que tous les Canadiens auraient le même revenu, alors qu'un indice à 1 indiquerait qu'une seule personne s'approprierait tous les revenus. Un pays à faible inégalité aurait un coefficient inférieur à 0,3. À l'opposé, un pays à forte inégalité afficherait un indice supérieur à 0,4, un niveau qu'approchent les États-Unis.

À cet effet, le Bureau de recensement américain confirme un accroissement des inégalités en 2010 aux États-Unis. Le segment composé des 10 % des ménages disposant de revenus supérieurs était 11,7 fois plus élevé que celui abritant les 10 % des ménages aux revenus les plus bas. C'est le plus gros écart de revenus enregistré depuis que le Bureau a commencé à fournir cet élément de comparaison en 1967.

Toujours selon les données du Bureau du recensement, la pauvreté s'est fortement répandue au sud de la frontière, dans la foulée de la crise de 2008. Le taux de personnes vivant sous le seuil de pauvreté a grimpé de 0,8 point de pourcentage par rapport à 2009, pour s'établir à 15,1 % et revenir à son plus haut niveau depuis 1993. Le rapport indique que 46,2 millions d'Américains vivaient sous le seuil de pauvreté l'an dernier, soit le niveau le plus élevé en 52 ansµ en termes absolus. Le Bureau du recensement situe le seuil de pauvreté à un revenu annuel de 22 314 $US pour un ménage de quatre personnes.

Au-delà de ces données, un nombre croissant d'enfants dépendent de l'aide alimentaire de l'État. Le taux de pauvreté atteint 22 % dans la tranche d'âge de 15 à 18 ans, contre 13,7 % pour celle des 18 à 64 ans et 9 % pour les 65 ans et plus.

Bien que l'économie américaine soit sortie de la récession à l'été 2009, le nombre de personnes vulnérables continue de progresser en l'absence de progrès véritables sur le front du chômage. Ce taux demeure supérieur ou égal à 9 % depuis mai 2009, à l'exception de deux mois. En y greffant les chômeurs dits découragés, un certain nombre d'autres exclus du décompte officiel et les personnes travaillant à temps partiel à défaut de pouvoir dénicher un emploi à plein temps, ce taux ajusté de chômage atteindrait les 16,2 %.

Toujours selon les données du Bureau du recensement, le revenu médian réel par ménage a reculé de 2,3 % par rapport à 2009, pour s'établir à 49 455 $US. Il est en recul de 6,4 % depuis 2007, et inférieur de 7,1 % à son sommet historique de 1999, où il avait atteint un pic.

Revenant au Conference Board, dans le volet de l'étude présenté en juillet, l'organisme indépendant d'études économiques notait que la classe moyenne canadienne perdait encore du terrain en se rapprochant du groupe des plus pauvres. Les riches avaient augmenté leur part du revenu national total, au détriment des plus pauvres et de la classe moyenne. «Même si le niveau de revenu du groupe le plus pauvre s'est accru, ne serait-ce que minimalement, l'écart entre les riches et les pauvres s'est élargi au Canada», avait souligné Anne Golden, présidente et chef de la direction du Conference Board.

Le revenu moyen dans le groupe des Canadiens les plus pauvres (après impôts et transferts, et ajusté pour l'inflation) est passé de 12 400 $ à 14 500 $ entre 1976 et 2009. Mais l'écart avec le groupe des Canadiens les plus riches est passé de 92 300 $ à 117 500 $.

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Avec l'Agence France-Presse
4 commentaires
  • Raynald Blais - Abonné 14 septembre 2011 06 h 26

    Sortie de crise

    Un article qui nous renseigne sur ce que l'on ne vit plus.
    rblais

  • alen - Inscrit 14 septembre 2011 07 h 41

    La <vraie> lucidité

    Je me demande bien à quoi on devait s'attendre, hein..? Depuis le milieu des années 1990, en effet, la rémunération des dirigeants d'entreprise augmente de façon directement proportionnelle aux coupes qu'ils effectuent dans le nombre et la rémunération de leur effectif. Leurs impôts (sur les corporations et individuels) diminuent sans-cesse. Et le rendement sur leurs placements (pour les plus riches) augmente. Ti-coun lui... eh ben, lui, il s'empêtre dans les mythes de Lucien Bouchard, Raymond Bachan et de leurs conseillers, achète des billets de loto, conduit son fils tous les matins à la patinoire, et rêve au jour où il pourra jouer dans la cour des grands.

  • Galarneau2 - Abonné 14 septembre 2011 17 h 54

    Où sont les droitistes ?

    Quand on a droit à un article qui dénonce les effets du néolibéralisme c'est bizarre les droitistes ne sont pas là !! Par manque d'intérêt et/ou manque d'argument ?

  • Nicky - Inscrit 30 septembre 2011 14 h 54

    des taxes pour les riches

    L'inégalité grandit et grandit... Il est grand temps de taxer les plus riches...

    Il est faux de prétendre, comme la droite le fait depuis Reagan, que de taxer les riches réduit la création d'emplois. Ca fait belle lurette que les entreprises du Québec (incluant Hydro-Québec, Caisse Desjardins, Gildan, etc..) crée plus de jobs outre-mer qu'ici.

    Cet argument a eu comme conséquence que les impôts des riches a diminué depuis 1980...