Scandale hypothécaire à Wall Street - Washington poursuit les banques

Merrill Lynch et Bank of America auraient provoqué des pertes de 30,85 milliards.<br />
Photo: Agence Reuters Merrill Lynch et Bank of America auraient provoqué des pertes de 30,85 milliards.

Trois ans après la pire crise financière depuis 1929, Washington a commencé hier à déposer des poursuites contre les grandes banques pour le gâchis colossal des hypothèques défaillantes qui ont été mises en paquets et revendues à des investisseurs un peu partout dans le monde.

Les poursuites que la Federal Housing Finance Agency (FHFA) a transmises à 17 établissements financiers accusent celles-ci d'avoir mis en marché des produits de placement en camouflant la faiblesse des prêts hypothécaires qui en constituaient le coeur.

La FHFA est une agence fédérale dont le mandat consiste notamment à superviser les sociétés Fannie Mae et Freddie Mac, deux géants du refinancement hypothécaire que le gouvernement américain a dû sauver en 2008 lorsque la valeur des placements hypothécaires s'est mise à plonger. Celles-ci ont essuyé des pertes d'environ 30 milliards.

«La FHFA allègue que les prêts avaient des caractéristiques différentes et plus risquées que les descriptions inscrites dans les documents de vente et de marketing», a écrit l'agence hier dans un bref communiqué faisant la liste des 17 établissements visés. «Des discussions concernant ces questions ont eu lieu avec plusieurs des firmes qui ont reçu les poursuites et, lorsqu'elles seront constructives, elles se poursuivront.»

Longue liste

Les poursuites visent notamment Merrill Lynch et Bank of America, à qui la FHFA reproche d'avoir entraîné des pertes de 30,85 milliards. Y figurent aussi la banque japonaise Nomura, l'établissement britannique Barclays, Morgan Stanley, Goldman Sachs, Société Générale, General Electric Company, Citigroup, Countrywide, JPMorgan Chase, Deutsche Bank, Crédit Suisse et la Royal Bank of Scotland.

Ce dernier chapitre survient alors que les 50 États américains — indépendamment des procédures de la FHFA — négocient avec les grandes banques du pays afin d'en arriver à une entente amiable au sujet de certains abus qui auraient marqué la reprise de maisons. Les procureurs accusent notamment les banques d'avoir très mal rempli la documentation requise pour procéder aux reprises, par une méthode mécanique et aveugle définie comme du «robosigning».

Les poursuites surviennent aussi après que la FHFA eut transmis l'an dernier plus d'une soixantaine de citations à comparaître aux émetteurs de produits d'investissement hypothécaires.

Ces produits, souvent, avaient reçu d'excellentes cotes par les agences de notation comme Standard & Poor's, un constat qui a incité les critiques du système à s'interroger sur les méthodes d'analyse de ces firmes de notation et les conflits d'intérêts qui les rongent de l'intérieur. En d'autres termes, une des réalités conflictuelles depuis longtemps dénoncées est celle d'une agence de notation qui reçoit sa rémunération de la part de la même société émettrice qui lui demande de noter ses produits financiers.

Subprimes

Concrètement, les hypothèques au coeur du problème sont celles que l'on appelle «subprimes», donc plus risquées. Le plus souvent, ces hypothèques exotiques étaient offertes à de premiers acheteurs dont le dossier de crédit était peu reluisant ou à des propriétaires lourdement endettés qui souhaitaient un refinancement. Les taux d'intérêt étaient plus élevés.

De nombreux cas de mauvaise information ont également été recensés au fil des ans, portant notamment sur des clients mal informés du fait que leurs paiements, abordables au début, allaient par la suite exploser. Le contexte était marqué par une hausse significative du prix des maisons, faisant croire aux gens qu'il était possible d'emprunter massivement pour leur première propriété, car elle allait prendre de la valeur de toute manière.

Des enquêtes journalistiques ont également montré que le système était bien huilé et remontait jusqu'à Wall Street, où d'importantes firmes, assoiffées de profit, éprouvaient un besoin réel: les petits bureaux de prêts sur le terrain pouvaient faire signer le plus grand nombre d'hypothèques possible, le but étant de les réemballer à Wall Street sous forme de produit d'investissement hypothécaire pour le grand public investisseur.

Un gestionnaire de la firme Egan-Jones Ratings a indiqué à l'agence Reuters que «les poursuites [déposées hier] vont faire l'objet d'une entente» et que le résultat sera une nouvelle sortie d'argent chez les banques. «Ce sera aussi un nouvel oeil au beurre noir», a-t-il dit.

En fin de journée, aucun des établissements visés n'avait encore réagi au dépôt des poursuites.

Jusqu'ici, la crise des subprimes s'est soldée par un raz de marée de poursuites. Bank of America a tenté, en vain, de s'entendre sur un règlement de 8,5 milliards au cours de l'été pour mettre au repos des contentieux portant sur l'acquisition du prêteur Countrywide en 2008. Elle fait maintenant l'objet d'une poursuite de la part de l'assureur AIG, lui aussi lié au scandale, pour 10 milliards.
5 commentaires
  • P. Boutet - Inscrit 3 septembre 2011 09 h 46

    Il était temps!

    Tout ce qui gravitait autour de la pourriture républicaine a fait son petit tas de merde avant la fin du mandat Bush.

    En 2007 la Chine a obtenu son adhésion à l'OMC, ce qui a projeté le monde dans un nivellement par le bas de tout ce qui concerne les conditions de travail tout en permettant la délocalisation des multinationales afin qu'elles puissent s'enrichir encore davantage.

    Israël s'est assuré d'avoir des ennemis en attaquant la Palestine sauvagement entre la fin du mandat de Bush et le début du mandat d'Obama.

    Les banques ont joué aux petits cons...

    Et j'en passe.

    En souhaitant que cette poursuite ne finisse pas par une poignée de main.

  • André Michaud - Inscrit 3 septembre 2011 12 h 01

    Bravo

    Il faut punir les banquier qui sont anti-sociaux et pensent uniquement au profit. Je suis 100% pour le profit, mais quand il est assorti d'un échange équitable. Ces banquiers pour se remplir les poches ont causé une crise économique et des millions de chômeurs sans rien donner en retour...

    Auront-ils droit à une sentence bonbon , car ils peuvent se payer les meilleurs avocats?

  • Jacques Morissette - Abonné 3 septembre 2011 13 h 00

    Quand l'arbitre est vendu!

    Je cite: «En d'autres termes, une des réalités conflictuelles depuis longtemps dénoncées est celle d'une agence de notation qui reçoit sa rémunération de la part de la même société émettrice qui lui demande de noter ses produits financiers.» Imaginez un peu, on joue au Monopoly et la banque est complice de certains des joueurs. Est-ce ainsi qu'on définit le capitalisme que l'on défend? Ça n'augure rien de bon quant à l'issue de l'évolution sociale de la société qui tolère semblable préjudice.

  • Nelson - Inscrit 3 septembre 2011 14 h 51

    600 TRILLIONS VENDUS EN PAPIERS TOXIQUES (AAA), ET DISTRIBUÉS CONFONDUS AVEC D'AUTRES ''PRODUITS'' AU MONDE ENTIER.

    Dans le film ''INSIDE JOB'', les responsables (devenus milliardaires) interrogés disent que ils n'ont rien à se reprocher, et que étaient des affaires normaux et courantes pour eux.

    Plusieurs sont conseilleurs proches d'Obama présentement.

    Obama devrait commencer pour faire le ménage chez lui...mais il semble trop timide, et agit comme qu'il ne veut pas déplaire personne.

  • Michele Johnston - Inscrit 5 septembre 2011 21 h 06

    Et ces dirigeants qui se drapent du voile corporatif

    Je n'ai pas accès en ce moment à l'article au complet, mais espère apprendre que certains des dirigeants de ces grandes institutions financières écoperont solidement eux aussi, car après tout, ces dernières ne pensent et agissent que par eux. Au civil et au criminel j'entends. Le contrat social est au bord de la rupture, j'espère que l'administration Obama en est consciente et qu'elle fera en sorte que le processus judiciaire ira jusqu'où les preuves recueillies et les lois américaines le permettent. Sinon, que M.Obama ne soit pas surpris qu'en voulant plaire partiellement à tout le monde, il recueillera des résultats décevants et ce sera somme toute bien fait pour lui avec son Yes we can! Très grande lassitude devant tout ces gâchis. Comme le disait Fernand Gravey «Plus je connais les hommes, plus j'aime mon chien».