Bulletin de la prospérité du CPQ - Le Québec, un élève bien moyen

Le Québec conserve sa décevante note «C» et a même perdu des plumes depuis l'an dernier, dans la seconde édition du Bulletin de la prospérité du Conseil du patronat du Québec.

Basé sur 21 indicateurs évaluant notamment la disponibilité et les coûts de main-d'oeuvre, la réglementation, la fiscalité et l'environnement d'affaires, le bulletin dévoilé hier compare le Québec à trois autres provinces canadiennes (Ontario, Alberta et Colombie-Britannique) ainsi que, toutes les fois que c'était possible, aux pays membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Le Québec s'y classe, au total, dans le troisième quartile, soit sous la moyenne. En comparaison, l'Ontario et la Colombie-Britannique obtiennent tous deux un «B-» au terme de son analyse annuelle, alors que l'Alberta se voit décerner un «B».

Le Québec n'y apparaît dans le peloton de tête (A) que pour le taux de scolarisation postsecondaire des adultes et les coûts d'exploitation d'une entreprise tels qu'évalués par la firme de consultants KPMG. Il fait relativement bien (B) entre autres pour le taux d'obtention du diplôme universitaire de premier cycle, l'âge moyen des investissements et les dépenses en recherche et développement. Ses pires notes (D) lui viennent du fait qu'il arrive derrière les trois autres provinces à cause de la faible proportion d'adultes qui ont suivi une formation liée à l'emploi, de ses taxes sur la masse salariale et de son salaire minimum trop élevés, de l'ampleur de sa dette publique et de son faible nombre d'entreprises. Les importants investissements dans les infrastructures de transport lui ont permis d'améliorer un peu sa note par rapport à l'an dernier, mais cette amélioration a été plus que contrebalancée par une baisse de ses notes en matière d'obtention de diplômes universitaires, de salaire minimum, de taux d'imposition sur l'investissement et de dépenses en recherche et développement.

La moyenne globale obtenue par le Québec au terme de cet exercice correspond, comme par magie, à son rang lorsqu'on le compare aux autres provinces et aux 34 pays de l'OCDE, soit 22e sur 38.

Faiblesses structurelles

Le président du CPQ, Yves-Thomas Dorval, s'est bien défendu hier de prêcher la quête de richesse aveugle. «La richesse, la croissance, c'est important, a-t-il déclaré d'entrée de jeu lors d'une conférence de presse. Pas parce que cela enrichit des individus en particulier, mais parce que le niveau de vie de l'ensemble de la population est directement proportionnel à la capacité de sa société de croître, de prospérer.»

Les circonstances ont bien fait paraître l'économie québécoise durant la crise, mais ses «faiblesses structurelles» réapparaissent aujourd'hui, a-t-il dit. Parmi elles, il note la pénurie de main-d'oeuvre qualifiée et une propension à ajouter toujours plus de taxes et de règles, alors qu'il y aurait lieu aussi d'y faire du ménage de temps en temps.

Pour s'y attaquer efficacement, les acteurs publics devront cesser de les aborder séparément dans «une vision en silos». En dépit de récentes avancées, ils devront aussi apprendre à consulter un peu moins et à agir un peu plus. Les gouvernements ne sont pas les seuls à devoir s'améliorer et à pouvoir agir. Pour pouvoir se développer et assumer un plus grand rôle dans la société, les entreprises devront toutefois prêter plus d'attention à «l'acceptabilité sociale» de leurs projets.

Il faudra aussi, et peut-être surtout, que les Québécois apprennent à se défaire de leur méfiance à l'égard des gens d'affaires et du succès économique, pense Yves-Thomas Dorval. «On doit regarder la prospérité et la richesse de façon plus positive», a martelé le porte-parole des patrons québécois, qui se promet de consacrer les prochaines années à porter ce message.

Quelle sorte de croissance?

«Le Conseil du patronat défend une vision dépassée du développement», a réagi, dans un entretien téléphonique accordé au Devoir, Renaud Gignac, chercheur associé à l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS), qui doit dévoiler aujourd'hui une brochure en réponse à ce bulletin du CPQ.

Le centre de recherche de gauche en a, notamment, contre la définition de la prospérité retenue. Il ne s'explique pas, par exemple, comment on a pu négliger d'inclure un indicateur mesurant le degré de répartition de la richesse et il conteste carrément le fait que les augmentations du salaire minimum entrent dans la catégorie des facteurs jugés nuisibles à la croissance économique.

Cependant, l'IRIS critique plus fondamentalement encore l'exercice du CPQ en contredisant la croyance selon laquelle plus on crée de richesse et plus on peut en partager ensuite. «Certaines formes de croissance économique induisent des dommages et une perte de qualité de vie que l'argent ne peut pas toujours réparer ni compenser», observe Renaud Gignac. Le meilleur exemple en est la pollution parfois irrémédiable de l'environnement. Cette prise de conscience a incité plusieurs experts à se mettre en quête de nouveaux indicateurs de développement humain, entre autres au sein d'une commission présidée par Joseph Stiglitz, Prix Nobel d'économie, ainsi qu'à l'OCDE.

À voir en vidéo