Le secret entoure l'aide accordée aux banques

Les banques canadiennes ont emprunté 110 milliards. Mais invitées par Le Devoir à révéler l'ampleur des montants prêtés aux établissements financiers individuels en 2008 et 2009 pour graisser les rouages du système, la Banque du Canada, la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) et les grandes banques refusent systématiquement de ventiler les sommes consenties.

Selon les données officielles, au plus fort de la crise financière, les emprunts spéciaux effectués auprès de la Banque du Canada par les établissements du pays atteignaient 41 milliards en décembre 2008. Cette somme a depuis été remise à la banque centrale.

«Nous n'avons pas à publier cette information», a dit un porte-parole de la Banque du Canada, Jeremy Harrison, lorsque nous lui avons demandé de ventiler le montant de 41 milliards.

Partout dans le monde, les banques centrales ont injecté des milliards en liquidités pour encourager les établissements bancaires à poursuivre leurs programmes de prêts aux entreprises et à la consommation. L'opération consistait à verser à ces établissements de l'argent comptant en échange d'obligations gouvernementales de haute qualité. Au fil du temps, certaines banques centrales ont élargi l'éventail des titres qu'elles acceptaient comme collatéral.

Du côté américain, une loi adoptée par le Congrès en 2010 a obligé la Fed à dévoiler l'identité de ses emprunteurs au plus tard deux ans après l'octroi du prêt. Au terme d'une bataille juridique que la Cour suprême a refusé d'entendre, la Fed et les banques de Wall Street n'ont eu d'autres choix que d'accepter les conséquences.

Munie des banques de données, l'agence d'information Bloomberg a analysé les chiffres. La semaine dernière, elle a mis sur pied un outil interactif permettant de savoir que les banques canadiennes avaient emprunté et remboursé à la Fed la somme de 27 milliards. Le plus important bénéficiaire a été la Banque Scotia qui, en janvier 2009, devait 9,5 milliards à la banque centrale américaine, suivie de la Banque Royale (6,9 milliards), la Banque TD (6,6 milliards), la Banque CIBC (2,2 milliards) et la Banque de Montréal (1,8 milliard).

Deuxième programme

Dans un deuxième temps, le gouvernement fédéral a mis à la disposition des banques la somme de 125 milliards que celles-ci pouvaient emprunter en échange de prêts hypothécaires assurés par la SCHL. De cette somme, les banques ont emprunté 69,35 milliards.

À la SCHL, qui a eu la tâche d'administrer le programme de prêts de 125 milliards, on se limite à dire que 19 établissements ont adhéré. Les prêts, d'une durée maximale de cinq ans, ont été effectués de façon ponctuelle dans le cadre d'appels d'offres. Puisque l'ultime appel d'offres a eu lieu en mars 2010, les derniers dollars reviendront à la SCHL en mars 2015.

Cependant, un porte-parole de la SCHL a dit que l'organisme n'est pas en mesure de dévoiler l'identité des 19 établissements. «C'est tout simplement une politique de confidentialité», a dit Charles Sauriol.

Des requêtes transmises au milieu bancaire n'ont pas connu plus de succès. L'Association des banquiers canadiens a indiqué qu'elle «n'a pas cette information» et qu'il fallait par conséquent «communiquer avec le gouvernement».

De son côté, la Banque Royale a confirmé sa participation au programme. Sans révéler l'ampleur des montants empruntés, un porte-parole, Raymond Chouinard, a dit au Devoir que la banque va s'en retirer d'ici quelques années. La Banque TD n'a pas voulu dévoiler ses emprunts.
4 commentaires
  • Bouletrouge - Inscrit 30 août 2011 09 h 09

    argent publique?

    Si c'est de l'argent publique, cela confirme qu'on ne peut absolument pas avoir confiance en ces institutions.

    Remarquez, le gouvernement Harper est très contrôlant sur l'information. Ça donne un mauvais exemple que d'autres s'empressent de suivre.

    Une belle commande pour wikileaks...

  • Notsag - Inscrit 30 août 2011 09 h 16

    Bien pratique cette "obligation de confidentialité"!

    Pourquoi donc refuser de dévoiler cette information, qui semble plutôt anodine.

    Cette "obligation de confidentialité" leur est bien pratique pour camoufler leurs combines de paradis fiscaux, de spéculations boursières, ou même de "coopération" avec le crime organisé pour le blanchiment d'argent.

    pour eux, l'opacité de leurs opération est un gage de succès.

  • Jean-Francois Lachance - Inscrit 30 août 2011 15 h 34

    bienvenue au kanadaistan

    Depuis l'arrivée au pouvoir des conservateurs en 2006, ce n'est pas très surprenant. Peu à peu, le pays prends des plis de plus en plus digne d'une république fantoche dirigé par un pion plus préoccupé à engraisser une industrie militaire et les " grands " patrons de l'économie. Au nom du Dieu profit tout est permis : magouille, malversation. Un gouvernement censé incarner l'ordre la stabilité et la transparence nous plonge en 2011 dans un pays où la criminalité est en hausse, la corruption fait plus rage que jamais l'endettement et le déficit plus haut que sous les libéraux et pour couronner le tout un fonds propagandiste digne des belles années de Dupplessis au Québec ou de tout autre fantoche de droite. Les grandes banques peuvent dormir sur leurs oreilles tranquilles. Les mêmes idiots qui ont déclenché cette crise sont les premiers à recevoir à coup de milliards de l'argent pour sortir de cette impasse. Malheureusement, je ne vois vraiment pas qui ou quoi pourrait nous sortir de ce merdier et à long terme j'imagine déjà un Canada s'appauvrir tant en qualité de vie qu'économiquement parlant. l'Argentine au début du 20ème siècle était une nation promue à devenir une éventuelle puissance économique, cependant eux aussi eurent à l'époque leur Stephen Harper et de nos jours ils commencent à peine à s'en sortir....

    Réveillez-vous, la démocratie même si les médias et tous leur sbires tentent de nous faire croire le contraire passe d'abord et avant tout par l'action directe des citoyens !!

  • Olivier Carrier - Inscrit 30 août 2011 19 h 50

    Le pour et le contre

    D'un côté, je comprend que les banques ont tout intérêt à garder cette information pour elles. Elles défendent toutes farouchement leur cours en bourse et jamais elles ne voudraient se faire prendre les culottes à terre si vous me permettez, et encore moins offrir un point de comparaison entre elles. Même celle qui se serait trouvée le moins exposée et ayant donc l'air la plus solide, ne voudrait jamais s'ouvrir de telle façon.

    De l'autre côté, il doit y avoir une limite à l'opacité du milieu financier, surtout lorsqu'il s'agit de prêts de la banque centrale. J'essaie de penser à des comités de supervision ad hoc de citoyens qui auraient des spécialistes pour les éclairer, qui seraient tenus à respecter le caractère sensible de ces informations ou quelque chose du genre mais ce n'est pas évident. Des idées?