Crise financière de 2008 - Le soutien de la Fed aux grandes banques a atteint 1200 milliards

Le siège social de la banque d’affaires Morgan Stanley, à New York. La banque a obtenu un peu plus de 107 milliards de la Réserve fédérale américaine durant la crise financière.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Mario Tama Le siège social de la banque d’affaires Morgan Stanley, à New York. La banque a obtenu un peu plus de 107 milliards de la Réserve fédérale américaine durant la crise financière.

Au plus fort de la crise financière, en décembre 2008, les prêts effectués par la Réserve fédérale américaine aux grandes banques de Wall Street et d'ailleurs totalisaient 1200 milliards, révèle un ouvrage de plusieurs mois réalisé par l'agence d'information Bloomberg.

Le travail de Bloomberg, basé sur l'analyse de 29 000 pages de documents obtenues en vertu de la Loi d'accès à l'information et de 21 000 transactions, brosse un portrait détaillé de la relation entre la Fed et les banques d'affaires au moment même où plusieurs établissements affirmaient à leurs actionnaires que leurs finances étaient solides.

Le plus gros bénéficiaire a été la banque d'affaires Morgan Stanley, dont les emprunts ont totalisé 107,3 milliards, selon les données colligées par Bloomberg. Viennent ensuite d'autres canons de Wall Street, comme Citigroup (99,5 milliards) et Bank of America (91,4 milliards), toutes deux liées aux manoeuvres douteuses qui ont permis la bulle immobilière et ses retombées spectaculaires à l'automne de 2008.

Bloomberg a fait remarquer qu'en date de 2008, les dix plus grandes banques d'affaires et firmes de courtage aux États-Unis avaient reçu du Trésor américain environ 160 milliards en prêts d'urgence du célèbre programme TARP pour que le système financier continue de rouler sans trop grincer.

Or ces dix mêmes sociétés avaient reçu de la Fed — une entité indépendante au sein du gouvernement — des prêts de 669 milliards à un abreuvoir de sept programmes distincts, malgré le fait qu'à peine deux ans plus tôt, leurs profits combinés dépassaient 100 milliards.

«Presque tous nos programmes d'urgence ont été fermés. Nous n'avons enregistré aucune perte et n'en prévoyons aucune», a dit le directeur adjoint des affaires monétaires de la Fed, James Clouse, en précisant que la Fed avait engrangé 13 milliards en intérêts et frais divers de 2007 à 2009. La Fed n'a fait aucun commentaire hier à la suite de la publication de l'article de Bloomberg.

Lorsque la Fed prête de l'argent, elle le fait en contrepartie d'un titre quelconque — un bon du Trésor, une obligation, etc. — qu'elle peut saisir et vendre si jamais l'emprunteur se trouve en défaut de paiement. Alors que la crise s'enlisait, elle a autorisé un éventail de plus en plus large de titres pouvant être remis à la Fed en échange d'un prêt.

Cette compilation survient un an après que le Congrès américain eut adopté une loi obligeant la Fed à révéler l'identité des établissements auxquels elle effectue des prêts au plus tard deux ans après l'octroi des sommes. Certains établissements ont porté la cause devant la Cour suprême, mais celle-ci a indiqué en mars 2011 qu'elle refusait d'entendre leurs arguments. Peu après, la Fed a commencé à dévoiler ses données.

Dans la liste, on retrouve notamment General Electric, dont les prêts totalisaient 16,1 milliards en décembre 2008, Ford (6,9 milliards en mars 2009), des coopératives de crédit, la chaîne McDonald's et des assureurs.

Banques canadiennes

À l'aide de la banque de données mise sur pied par Bloomberg, on peut déterminer que les banques canadiennes, au total, ont emprunté et remboursé 27 milliards auprès de la Fed. (L'outil interactif est à cette adresse: http://goo.gl/xE6Uv)

Le plus gros bénéficiaire de cet appui a été la Banque Scotia qui, au plus fort de son solde en janvier 2009, devait 9,5 milliards à la banque centrale américaine. La Banque Royale arrive au deuxième rang (6,9 milliards), suivie de la Banque TD (6,6 milliards), la Banque CIBC (2,2 milliards) et la Banque de Montréal (1,8 milliard). La Banque Nationale, le Mouvement Desjardins et la Banque Laurentienne ne figurent pas au registre. 
2 commentaires
  • ysengrimus - Inscrit 23 août 2011 12 h 05

    Crise... quelle crise?

    On s’approche du principe structurel du problème, celui où les renflouages économiques ne suffisent plus

    http://ysengrimus.wordpress.com/2009/04/15/renflou

    Pas la «crise économique » mais bien le capitalisme en crise.
    Paul Laurendeau

  • Democrite101 - Inscrit 23 août 2011 16 h 35

    La cupidité aussi grosse que l'arrogance



    Ne rembourser que $13 milliards ( non en capital mais en intérêts) sur les $1200 milliards prêtés, c'est presqu'un don !

    Le plus fou de l'affaire est est qu'une chaîne de malbouffe bien connue ait aussi reçu des fonds des contribuables, elle qui cause tant de mal à la santé des Nord-Américains.

    La Fed de Alan Greenspan, dont l'autobiographie que j'ai lue respire la plus béate complaisance narcissique, est au service de la ploutocratie qui nous gouverne. Il faut largement nationalisr, ou réglementer extrêmement serré, les banques et les institutions financières en général. Elle est aussi irresponsable que la prostitution de rue.

    Tant que les citoyens ne feront pas, en Occident, contre les ploutocrates un vrai ménage démocratique et vigoureux, nous serons les imbéciles tondus par notre propre faute, par notre démission fataliste, par notre inertie.

    Réveillons-nous !

    Jacques Légaré, ph.d. en philosophie politique et ancien professeur d'Économique