Le temps est compté pour Mine Jeffrey

Le temps presse pour Mine Jeffrey. Il reste moins d'une semaine à l'entreprise pour compléter le financement privé qui lui permettrait d'obtenir une garantie de prêt de 58 millions du gouvernement Charest afin de relancer l'exploitation d'amiante à Asbestos. Mais la porte ne sera pas nécessairement fermée par la suite.

Selon ce qu'a confirmé hier l'attachée de presse du ministre Clément Gignac, le ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation a en effet donné jusqu'au 15 août à Mine Jeffrey pour obtenir 25 millions de financement privé. «Le gouvernement négocie déjà depuis plusieurs mois avec les promoteurs du projet, a expliqué hier au Devoir Gabrielle St-Amant Tellier. Ils ont dit que l'octroi d'une garantie de prêt par le gouvernement les aiderait à compléter leur financement. Mais on ne peut pas laisser planer le doute sur la région indéfiniment.» Qui plus est, Québec a déjà offert un délai à la minière, a-t-elle rappelé. Lorsque les libéraux ont annoncé qu'ils accorderaient une garantie de prêt à l'entreprise et au consortium indien qui pilotent le projet, les promoteurs avaient d'ailleurs bon espoir de compléter le financement avant le 1er juillet. Comme ils n'y sont pas parvenus, le gouvernement leur a accordé un délai supplémentaire.

Mais, si les libéraux ont décidé d'imposer un ultimatum à Mine Jeffrey et à Balcorp, cela ne veut pas dire que Québec retirera tout appui passé lundi prochain, selon ce qu'on a fait valoir au bureau de Clément Gignac. «Pour l'instant, on s'en tient au 15 août. Mais je ne peux pas me prononcer sur ce qui se passera après. On est encore en contact avec Balcorp. On négocie toujours avec eux», a dit Mme St-Amant Tellier, sans apporter davantage de précisions. Mine Jeffrey n'a pas rappelé Le Devoir hier. L'objectif de l'entreprise est de commencer l'extraction d'amiante au début de 2012.

Des investisseurs chinois avaient fait part de leur intérêt à investir dans la relance de la mine: l'entreprise Centree disait vouloir investir 40 millions dans le projet de développement d'une mine souterraine en 2009, avant de se désister.

Le principal promoteur de la relance de Mine Jeffrey est Balcorp Limited, un consortium indien dirigé par Baljit S. Chadha. Cet homme d'affaires a récolté 19 000 $ pour le Parti libéral du Québec, en 2009, lors d'un cocktail de financement à sa résidence de Westmount où Jean Charest était l'invité d'honneur. M. Chadha est aussi inscrit au Registre des lobbyistes du Québec. Son mandat, qui vise directement le ministère dirigé par M. Gignac, se décline ainsi: «Demande de garantie de prêt de 58 millions de dollars pour procéder à la relance des opérations de la mine Jeffrey, notamment embauche de personnel, achat d'équipement, etc.» Balcorp a un autre lobbyiste inscrit pour le même mandat.

Si la relance de la mine est vue d'un bon oeil dans la région d'Asbestos, elle a été dénoncée par à peu près tous les experts du secteur de la santé. Tous les directeurs québécois de la santé publique craignent les effets de la relance de l'exploitation de la mine Jeffrey. Plusieurs organismes du monde de la santé sont du même avis, dont la Société canadienne du cancer. Selon cette organisation, la reprise des activités d'extraction et d'exportation de la mine contribuerait à propager l'épidémie de cancers causés par l'amiante, à l'origine de 90 000 morts chaque année à travers le monde.

Le ministre Clément Gignac estime pour sa part que ce produit cancérigène peut être utilisé sans danger. La garantie de prêt serait d'ailleurs assortie d'une clause stipulant que les exploitants de la mine devront s'assurer que leurs clients utilisent le chrysotile «de façon sécuritaire selon les critères du Québec». Une firme indépendante devrait mener, chaque année, une inspection dont les frais seraient assumés par l'entreprise. Les clients qui achètent la fibre d'amiante viennent d'une vingtaine de pays, dont l'Inde, le Pakistan, la Chine, l'Indonésie et le Mexique, des pays où les règles de protection des travailleurs n'ont rien à voir avec ce qui existe au Canada.

Ottawa a également donné son appui à Mine Jeffrey. Récemment, le Canada a d'ailleurs été le seul pays à refuser d'inclure l'amiante chrysotile sur la liste des substances dangereuses de la Convention de Rotterdam, un traité onusien datant de 2004.
8 commentaires
  • Darwin666 - Abonné 12 août 2011 04 h 03

    Quel cynisme...

    Je suis certain que les travailleurs des pays pauvres ont hâte de pouvoir continuer de mourir pour donner quelques jobs aux occidentaux...

  • Francois - Inscrit 12 août 2011 07 h 53

    Nos gouvernements priorisent l'argent avant la sécurité publique

    Nos gouvernements sacrifient l'environnement et la santé publique. Nos gouvernements exploitent les gens de pays pauvres ainsi que de sa propre population. Nos gouvernement se déresponsabilisent vis-à-vis leurs engagements. Nos gouvernements tentent de nous faire croire de créer de l'emploi, cependant ce sont les entreprises qui contribuent financièrement à leur partie qui les motivent à corrompre et mettre en danger la santé la population. Et de loin même de désirer un petit moment créer un pays plus juste et meilleur. Exploitons les plus faible et soyons fier d'être riche.

  • Sanzalure - Inscrit 12 août 2011 08 h 20

    Le ministre dans les patates

    «Le ministre Clément Gignac estime pour sa part que ce produit cancérigène peut être utilisé sans danger.»

    Comment voulez-vous que les citoyens fassent confiance aux politiciens quand ils laissent certains d'entre eux dire de telles énormités?

    Il n'y a aucune façon de garantir que l'amiante sera utilisée de façon sécuritaire pendant les milliers d'années où elle demeurera dangereuse.

    Les gens de la région d'Asbestos recherchent la rentabilité à court terme, mais leur responsabilité est à long terme. J'imagine qu'ils se disent : on s'en fout si des gens meurent dans 100 ans, nous on ne sera plus là pour en subir les conséquences.

    Quelle inconscience !

    Serge Grenier

  • Rodrigue Guimont - Abonnée 12 août 2011 09 h 37

    Québec seul responsable dans ce dossier

    L’appui du gouvernement canadien à l’industrie québécoise de l’amiante semble surfaite. Ottawa s’attend, sans l’afficher, à ce que cette industrie toxique meurt de sa belle mort en 2012.

    La Commission européenne ajouta l’amiantose, appelé asbestose en Europe, parmi la liste des maladies professionnelles. L’inhalation de fibres d’amiante cause des maladies apparentées à la fibrose pulmonaire, aux cancers pulmonaires et des voies digestives.

    Si cette industrie d’une mort lente (l’amiantose peut prendre jusqu’à une quinzaine d’années avant de se déclarer) existe encore au Québec c’est surtout parce qu’il a l’appui gouvernemental. C’est connu, Belcorp et le Parti Libéral du Québec ont des liens politiques et économiques tissés serrés, difficile pour le gouvernement Charest de priver le PLQ des milliers de dollars amenés par les communautés indo-pakistanaises.

  • Franfeluche - Abonné 12 août 2011 10 h 02

    On s'en fout dites-vous ?

    M. Grenier vous avez beaucoup d'imagination pour vous imaginez que nous nous foutons de la santé de ceux qui, dans les pays pauvres, utilisent l'amiante.

    Tout d'abord, en 2011 au Québec, nous parvenons à l'utiliser d'une façon sécuritaire ce qui signifie que cela est possible. Inutile de souligner que ça n'a pas toujours été le cas. La grève de 1949 à Asbestos en témoigne. Le résultat en est qu'il n'y a aucun nouveau cas de cancer causé par le chrysotile à Mine Jeffrey depuis les années 70.

    En ce qui a trait aux pays pauvres importateurs, il est indéniable qu'il y a des progrès à réaliser pour en arriver à une utilisation sécuritaire du chrysotile. C'est ce que le projet actuel s'emploie à réaliser.

    En fin de compte, s'il est impossible d'améliorer les conditions de travail dans les pays pauvres, cessons d'exporter dans ces pays toutes nos matières premières comme le fer, le cuivre etc.. qui peuvent causer des maladies industrielles mortelles dans des fonderies insalubres ou dans d'autres milieux où on les utilise d'une façon non-sécuritaire.