Décote des États-Unis - Efforts concertés pour limiter la chute boursière

Le secrétaire au Trésor Timothy Geithner «a fait savoir au président qu’il comptait rester à son poste», a affirmé son ministère dans un communiqué. Le maintien en poste de M. Geithner, dont la démission avait été demandée samedi par des élus républicains, pourrait constituer un gage de stabilité au moment où l’incertitude plane sur les marchés financiers.
Photo: Agence Reuters Kevin Lamarque Le secrétaire au Trésor Timothy Geithner «a fait savoir au président qu’il comptait rester à son poste», a affirmé son ministère dans un communiqué. Le maintien en poste de M. Geithner, dont la démission avait été demandée samedi par des élus républicains, pourrait constituer un gage de stabilité au moment où l’incertitude plane sur les marchés financiers.

Les grandes puissances d'Europe, d'Asie et d'Amérique se sont activées pour affronter l'ouverture des Bourses ce matin, la première depuis que Standard & Poor's (S&P) a abaissé la note de crédit des États-Unis. Une nouvelle semaine d'incertitude sur les marchés s'annonce.

De Tokyo à Berlin, les chefs d'État et les grands argentiers se sont concertés pour limiter les dégâts que causera inévitablement la dévaluation de la note souveraine américaine de AAA à AA+ vendredi dernier, alors que les tensions sur la dette dans la zone euro sont aussi des plus fortes.

Les places financières du Moyen-Orient ont été les premières à réagir à la décote historique, et l'on craint un portrait similaire, soit une lourde chute, en Asie, en Europe et en Amérique du Nord. La Bourse israélienne a perdu 7 % à la clôture hier, bien que les autorités aient retardé l'ouverture de 45 minutes pour aider les investisseurs à se ressaisir après une forte baisse de 6 % en préouverture. La Bourse égyptienne a quant à elle chuté de 4 %, tandis que la Bourse saoudienne, la plus importante du monde arabe, a perdu 5,5 % samedi, pour reprendre un faible 0,8 % hier.

Les Bourses asiatiques ont ensuite ouvert en baisse modérée la nuit dernière. La Bourse de Tokyo, qui avait ouvert en repli de 1,40 %, perdait 1,31 % à la mi-journée. Séoul cédait 1,73 %, et Sydney 1,28 %, après avoir reculé de 1,4 % et 1,1 % respectivement à l'ouverture.

Hong Kong creusait ses pertes, avec -3,59 % (après une ouverture en baisse de 2,57 %) et Shanghai reculait de 2 % (après une baisse de 0,82 %). Le mouvement de panique redouté n'a toutefois pas eu lieu.

La Chine, le plus gros détenteur étranger d'obligations gouvernementales américaines, avait par ailleurs réagi avec colère à la nouvelle de l'abaissement de la cote américaine, contrairement à la plupart des États. L'agence officielle Chine nouvelle écrivait samedi que «le bon vieux temps où [le gouvernement américain] n'avait qu'à emprunter pour se tirer du pétrin qu'il avait lui-même créé est terminé». Le Japon et la Corée du Sud avaient toutefois maintenu leur confiance dans les bons du Trésor américains.

Le G7 et le G20

Pour se préparer à l'ouverture des marchés financiers ce matin, les représentants du G7 et du G20 ont tenu des conférences téléphoniques ce week-end. Les ministres des Finances et gouverneurs de banques centrales du G7 se sont engagés à «prendre toutes les mesures nécessaires pour soutenir la stabilité financière et la croissance» face au «regain de tension sur les marchés financiers». À quelques minutes de l'ouverture des Bourses asiatiques, ils ont déclaré, dans un communiqué, être «déterminés à agir de manière coordonnée chaque fois que cela est nécessaire, à assurer la liquidité et soutenir le bon fonctionnement des marchés, la stabilité financière et la croissance économique».

Les gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) se sont aussi concertés pour tenter de limiter les risques d'une propagation de la crise de la dette dans la zone euro. La banque centrale de l'Union européenne a annoncé en soirée qu'elle allait intervenir «activement» sur le marché des obligations, sans préciser les dettes de quel pays elle compte racheter. Mais tous les yeux sont tournés vers l'Italie, qui croule sous une dette équivalant à 120 % de son produit intérieur brut, et vers l'Espagne, deux pays dont les coûts d'emprunt ont atteint des records ces deux dernières semaines. Rappelons que, jeudi dernier, la BCE refusait d'acheter des obligations italiennes et espagnoles, en raison de l'opposition de la banque centrale allemande.

Le président français, Nicolas Sarkozy, et la chancelière allemande, Angela Merkel, ont rappelé dans un communiqué commun l'importance de renforcer le Fonds européen de stabilité financière et ont pressé Rome et Madrid de mettre en oeuvre les réformes fiscales que les deux pays ont annoncées dernièrement.

Le Canada en bonne position

Samedi, le ministre des Finances du Canada, Jim Flaherty, a rappelé que le pays pourrait être touché par les derniers déboires des marchés boursiers. Le ministre a cependant soutenu que le Canada est en bonne position pour résister «aux vents contraires». La Bourse de Toronto a perdu 7 % la semaine dernière.

Selon l'économiste Chris Ragan, la décote des États-Unis pourrait amener des investisseurs à quitter les marchés américains pour acheter des obligations canadiennes. Dans ce cas, la valeur du dollar canadien grimperait, ce qui est toujours un problème parce que les acheteurs étrangers doivent payer encore plus cher pour les produits expédiés depuis le Canada.

Toutefois, «la seule prédiction facile à faire est que rien de bon ne va ressortir de tout ça, estime le professeur associé de l'université McGill, sauf une chose: les politiciens américains vont peut-être changer leur façon de voir les négociations au sujet de la dette. La semaine dernière, ils ont négocié en ne pensant qu'au court terme. Cette dégradation va peut-être leur faire prendre l'affaire plus au sérieux et les forcer à prendre des décisions difficiles sur le plan fiscal.»

Une nouvelle décote?

Démocrates et républicains américains se rejetaient hier la responsabilité de l'abaissement de la note de la dette du pays, sourds au message d'unité de la Maison-Blanche. L'artisan des réformes économiques, le secrétaire au Trésor Timothy Geithner, a quant à lui annoncé son maintien en poste. Alors que le Trésor américain a accusé vendredi S&P d'une erreur de 2000 milliards $US, Timothy Geithner a de nouveau sévèrement critiqué hier l'agence de notation, qui a selon lui «émis un jugement terriblement mal avisé». «Ils ont fait preuve d'un manque effarant de connaissances sur les mathématiques fondamentales du budget des États-Unis. Et je pense qu'ils ont tiré exactement la mauvaise conclusion», a-t-il déclaré sur la chaîne NBC.

Pour l'instant, les deux autres grandes agences de cotation, Moody's et Fitch, n'ont pas choisi de dévaluer la cote américaine. Moody's a jugé «prématurée» la décision de S&P, selon le New York Times, tandis que Fitch dit y réfléchir.

En début de journée, le responsable de la notation des dettes souveraines de S&P, John Chambers, a d'ailleurs dit à la télévision de ABC que, si la situation budgétaire et le climat politique se détérioraient davantage aux États-Unis, la cote de crédit du pays pourrait à nouveau descendre.


Avec Reuters, Associated Press et l'Agence France-Presse

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