Des prix qui alimentent la misère et nourrissent les crises

En Inde, une jeune femme vend des légumes dans un marché.
Photo: Agence France-Presse (photo) Noah Seelam En Inde, une jeune femme vend des légumes dans un marché.

Les spécialistes présents à la Conférence de Montréal s'entendaient hier pour dire que les prix des aliments vont continuer d'être élevés dans un avenir prévisible.

Ils ont reconnu que les conséquences sont sérieuses, mais ils n'ont pas tous posé le même diagnostic ni prescrit les mêmes remèdes pour ce qu'il est convenu d'appeler la crise des prix alimentaires.

«La pauvreté est majoritairement paysanne, c'est par la réduction de la pauvreté paysanne qu'il faut commencer, c'est là qu'il faut accroître la production», a déclaré Marcel Mazoyer, ingénieur agronome et professeur à AgriParisTech, rappelant que les neuf dixièmes de ceux qui souffrent de la faim dans le monde se trouvaient déjà dans cette situation avant la présente crise.

Le spécialiste a noté que la grande majorité des paysans du monde ne possèdent ni tracteur ni animal de trait et qu'ils ne cultivent que de petites parcelles, ce qui les empêche de devenir productifs.

Pour augmenter sa productivité, un paysan doit investir et, pour ce faire, il doit toucher un revenu suffisant, ce qui n'est pas le cas quand ses produits sont payés aux prix mondiaux, qui sont fixés par les 10 ou 15 % des exploitations les plus performantes, a dit M. Mazoyer.

Pour ce dernier, «la défaillance des politiques agricoles menées depuis 40 ans et l'instauration exagérée d'un libre-échange agricole sont la cause de l'appauvrissement de trois milliards de personnes».

L'agronome va plus loin: «On ne sortira pas par le haut de la crise économique et financière si on ne règle pas le problème de la pauvreté. Il faut payer les paysans des quatre coins du monde aux prix qui correspondent à leurs prix de revient.»

Le secrétaire général de l'OCDE, Angel Gurria, a noté que la hausse des prix alimentaires est une question de vie ou de mort pour les plus pauvres. Le haut fonctionnaire international a proposé comme pistes de solution que les gouvernements évitent d'adopter «des mesures qui bloquent le commerce et l'investissement». Le potentiel d'augmentation de l'offre alimentaire se trouve surtout dans les pays émergents ou sous-développés, a-t-il souligné. Les gouvernements devraient y investir dans les infrastructures de transport et d'entreposage, a-t-il ajouté.

John Baffes, économiste à la Banque mondiale, a rappelé que les prix des aliments, comme ceux des métaux et de l'énergie, ont été relativement stables, tendant même à la baisse, entre la fin des années 1940 et le milieu de la décennie 2000, avant de partir à la hausse (avec un répit dû à la récession en 2008 et en 2009). Les augmentations récentes ne s'expliquent pas seulement par la demande accrue de viande dans les pays émergents, la production de biocarburants ou la spéculation, mais aussi par d'autres facteurs qui, ensemble, ont créé la «tempête parfaite», selon l'économiste. Il faut donc ajouter les sécheresses, le sous-investissement dans le secteur agricole qui limite l'offre d'aliments, le prix élevé de l'énergie (car l'agriculture est très énergivore), le dollar faible et certaines politiques commerciales.

M. Baffes propose, entre autres solutions, des politiques d'aide alimentaire mieux ciblées, une meilleure information pour les producteurs agricoles de tous les pays afin qu'ils optimisent leur production et des investissements dans les technologies agricoles qui utilisent peu d'énergie.

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