Tractations douteuses pour acheter la Laurentienne

Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir

Un controversé homme d'affaires d'origine libanaise, Michael Chamas, a bénéficié de l'aide de lobbyistes proches du Parti conservateur pour tenter d'acquérir la Banque Laurentienne, a appris Le Devoir.

Selon nos informations, M. Chamas représentait des investisseurs des Émirats arabes unis, de Bahreïn, du Qatar et du Koweït désireux d'étendre leurs activités au Canada, un tremplin pour pénétrer ensuite le lucratif marché américain.

En raison de sa petite taille et des règles de saine gouvernance des institutions financières canadiennes, la Banque Laurentienne était une cible de choix pour ces investisseurs. «Mon intérêt à moi était d'avoir la banque le plus vite possible et avoir une banque ici, ce n'est pas seulement avoir accès au marché canadien, mais aussi au marché américain», a expliqué Michael Chamas en entrevue au Devoir.

Le projet d'acquisition de la banque était suffisamment avancé, démontre un document daté du mois d'août 2007 émanant de Fidelis Trust, le holding de Michael Chamas. Le montage financier prévoyait le versement d'une somme de 1,5 milliard à l'achat, et l'octroi de sièges au conseil d'administration pour certains des lobbyistes impliqués. «Leur intérêt n'était pas seulement d'être des facilitateurs pour l'acquisition de la Banque Laurentienne, mais aussi pour obtenir des postes importants à la banque», confirme Michael Chamas, un investisseur pour qui, dit-il, «tout homme a un prix».

Le projet a cependant avorté, et Michael Chamas s'est retrouvé dans les filets de la justice. Le 26 mars 2008, il a été accusé de neuf infractions pour possession d'armes à feu prohibées à sa résidence de Lorraine. Michael Chamas a plaidé non coupable aux accusations portées contre lui. Son procès devant juge seul est prévu pour le 22 août prochain à Saint-Jérôme.

Un informateur confidentiel

M. Chamas était soutenu dans ses démarches par un employé qui avait toute sa confiance. Or, cette personne s'est révélée être un informateur confidentiel de la Sûreté du Québec (SQ) depuis 1994, et de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) depuis 1995, comme le dévoile une déclaration assermentée déposée en cour datée du 2 mai dernier. L'identité de cet informateur ne peut être divulguée.

Selon cette déclaration sous serment, «des lobbyistes ainsi que des conseillers politiques de la campagne de M. Harper» ont approché cet intermédiaire durant la campagne électorale de 2005-2006. Les troupes conservatrices recherchaient le soutien de M. Chamas, essentiellement pour des activités de financement et de réseautage au sein de la communauté d'affaires.

À l'automne 2006, Michael Chamas a multiplié les contacts avec ces lobbyistes conservateurs pour donner un élan à son projet d'acquisition de la Laurentienne. L'informateur l'a présenté notamment à David Bernstein, décédé le mois dernier. Celui-ci a évolué dans le giron des conservateurs pendant plus de 30 ans. Il a été candidat conservateur à Montréal à trois reprises, en 1974, 1979 et 1980. Il aurait aussi joué un rôle dans l'organisation politique d'une circonscription de la région de Montréal lors des élections de 2006.

Pour des raisons obscures, l'informateur de police a livré une déclaration assermentée de quatre pages, en marge du procès criminel de son ancien patron. Il va même jusqu'à affirmer qu'il a «placé» les armes au domicile de Chamas et de son épouse, Brigitte Garas, «pour faire en sorte que les accusations contre lui soient solides et les forcent à quitter le Canada». Il se dit maintenant plein de remords et amer de sa collaboration avec les autorités. «J'ai appris depuis que j'avais été utilisé et manipulé par le système», écrit-il.

Brigitte Garas, qui a trois enfants avec M. Chamas, fait l'objet d'une mesure d'expulsion. Arrivée en septembre 1996 à titre de visiteuse, elle a longuement tardé à faire sa demande de résidence permanente. Grâce à l'intervention des lobbyistes qui étaient associés à son mari, elle a pu bénéficier d'un permis de séjour temporaire, en 1996. C'est grâce à une lettre rédigée par l'un de ces lobbyistes à l'intention du ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration de l'époque, Monte Solberg, qu'elle a obtenu son permis en moins d'une semaine. L'argument utilisé par le lobbyiste: Mme Garas «est une amie et une sympathisante de notre parti». Le 8 décembre dernier, la Cour fédérale a débouté Mme Garas dans une nouvelle tentative d'obtenir la résidence permanente.

Michael Chamas a obtenu sa citoyenneté canadienne en 1995. Selon ses dires, il passe le plus clair de son temps à l'étranger. Il affirme résider officiellement à Dubai, ce pourquoi il prétend ne pas avoir à payer d'impôt au Canada. Le fisc n'est pas du même avis. Des procédures judiciaires ont été entreprises contre lui par l'Agence du revenu du Canada pour saisir ses biens (notamment une Rolls Royce). Une hypothèque légale de 1,9 million a été contractée sur sa maison afin de récupérer une partie des impôts impayés. M. Chamas devrait aussi 1,5 million au fisc québécois.

Il se dit victime de conspiration et de «terrorisme gouvernemental». Son avocat dans le procès criminel, Richard Perras, a décliné toute demande d'entrevue.
4 commentaires
  • perro blanco - Inscrit 21 mai 2011 09 h 32

    Plus on creuse...

    autour de Harper et de sa bande, plus on se rend compte que ce gouvernement n'est pas net ni digne de confiance.
    Vous n'avez pas fini d'en voir, chers lecteurs, car, quand on prône que la fin justifie les moyens, rien n'est épargné pour obtenir ce qu'on veut, éthique, moralité, droits du citoyen, démocratie, etc. Le nomination des trois derniers sénateurs en font foi.
    Il y a tellement de façons de montrer «el dedo del corazon» à quelqu'un sans lui faire le geste explicitement, que vous n'aurez pas assez des quatre ans et quelque à venir pour toutes les découvrir.
    Imaginez-vous maintenant qu'il sera là pour les prochaines 25 années minimum parce qu'il aura manoeuvré pour se maintenir au pouvoir sans opposition! Vous allez en apprendre des choses!

  • Paul-André Bouchard - Inscrit 21 mai 2011 12 h 13

    Pauvre Québec

    Pendant que l'Ontario s'enfonce, pour son plus grand profit, dans le support de partis mafieux au Québec ... on aime "angélisme social".

    La seule façon de s'éloigner de ces opportunistes... est de s'en séparer !

  • Michel Lacey - Inscrit 21 mai 2011 15 h 06

    Autre hypothèse

    C'est bizarre mais moi, je vois plutôt que le gouvernement fédéral conservateur aurait agit de façon hypocrite dans le but de faire avorter volontairement cette prise de contrôle afin de protéger ultimement les intérêts états-uniens.

  • Charles Dubois - Inscrit 21 mai 2011 15 h 40

    1995

    En quelle année a-t'il obtenu sa citoyenneté ? 1995


    Ahmed Ressam aussi ..et beaucoup d'autres...

    C'était l'année du référendum..et Chrétien octroyait la citoyenneté à pleine vitesse...sans aucune vérification...