Skype vaut-elle 8,5 milliards?

Steve Balmer, chef de la direction de Microsoft, doit affronter le scepticisme des analystes financiers et, sans doute, de plusieurs actionnaires quant au prix payé pour acquérir Skype.
Photo: Agence Reuters susana bates Steve Balmer, chef de la direction de Microsoft, doit affronter le scepticisme des analystes financiers et, sans doute, de plusieurs actionnaires quant au prix payé pour acquérir Skype.
Alors que la rumeur voulait depuis des mois que les sociétés Google et Facebook tournent elles aussi autour de Skype, fondée en 2003, Microsoft doit maintenant convaincre ses actionnaires — et les utilisateurs — du bien-fondé de la transaction, que plusieurs voyaient hier comme étant très coûteuse même si Microsoft a environ 43 milliards dans ses coffres.

Dans la mêlée, le Régime de pensions du Canada (RPC), qui possédait 15 % de Skype après y avoir investi 300 millions $US il y a seulement 18 mois, va sortir gagnant de l'aventure avec la rondelette somme de 930 millions $US, a indiqué hier une porte-parole, Linda Sims. En 2009, le RPC a fait partie d'un groupe d'investisseurs, dont Silver Lake, qui a versé à eBay la somme de 2,75 milliards pour 70 % des actions de Skype.

Au fil d'arrivée, eBay, qui en détenait encore 30 %, partira vraisemblablement avec 2,5 milliards. De leur côté, les cofondateurs, Niklas Zennström et Janus Friis, obtiennent 1,2 milliard selon l'estimation de l'influent blogueur Om Malik, de gigaom.com.

Pour Microsoft, l'acquisition est un pari de taille. En mode rattrapage depuis des années, la compagnie, jadis reine incontestée du logiciel bureautique, cherche par tous les moyens de se catapulter dans la bataille de la connexion, de l'interactivité et du mobile. Plusieurs concurrents ont déjà des systèmes d'appels: Apple, par exemple, a dévoilé l'an dernier un logiciel baptisé FaceTime.

Actuellement, toutefois, Skype n'est pas rentable. Selon les documents réglementaires déposés en août 2010 dans le but de s'inscrire en Bourse, elle a affiché une perte de 7 millions en 2010 — sur des revenus de 860 millions — et une perte de 418 millions en 2009. Sur les 180 millions d'usagers qui se branchent sur une base mensuelle, environ 9 millions sont des usagers payants. (À l'automne, elle a mis l'inscription boursière sur la glace.)

Les appels entre usagers sont gratuits, mais il faut payer pour effectuer un appel vers une ligne téléphonique. Au total, Skype compte plus de 660 millions de personnes inscrites. Seront-elles un jour obligées de payer pour les appels qu'elles font entre elles? Quel rôle jouera la publicité? Lors d'une conférence de presse en matinée, le chef de la direction de Microsoft, Steve Ballmer, et celui de Skype, Tony Bates, ont affirmé qu'au-delà de l'intégration des logiciels, les deux sociétés songent aux façons de réserver une place aux annonceurs.

Sur Twitter et les blogues influents hier, il fallait chercher longtemps pour trouver des commentaires positifs. Plusieurs commentaires ironisaient sur la mauvaise réputation de Microsoft et l'influence qu'aurait la compagnie sur Skype, qui deviendra une division lorsque la transaction aura obtenu toutes les autorisations réglementaires.

Sans parler du prix offert. «Cela n'a aucun sens en matière d'investissement financier. Skype ne générera jamais suffisamment de chiffre d'affaires et de bénéfice [pour que le coût de l'acquisition] soit compensé», a dit à l'agence Reuters l'analyste Andrew Bartels, chez Forrester. D'ailleurs, l'action de Microsoft a reculé hier. Sur le Nasdaq, elle a largué 0,6 %, à 25,67 $.

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