Québec confirme son appui à la relance de la mine Jeffrey

La relance de Mine Jeffrey devrait créer quelque 425 emplois à temps plein à Asbestos.
Photo: La Presse canadienne (photo) Francis Vachon La relance de Mine Jeffrey devrait créer quelque 425 emplois à temps plein à Asbestos.

Le gouvernement Charest semble bien pressé d'accorder la garantie de prêt de 58 millions de dollars réclamée par le consortium qui souhaite relancer l'extraction d'amiante à Asbestos. C'est du moins ce qu'a soutenu hier le Parti québécois, en rappelant que le groupe indien Balcorp, qui pilote le dossier, est dirigé par un proche des libéraux. Chose certaine, il semble acquis que le projet ira de l'avant, malgré l'absence de débat au sujet de cette activité minière très controversée.

Les libéraux ont en effet publié hier le décret adopté le 13 avril dernier et qui officialise la volonté de Québec d'accorder une garantie de prêt de 58 millions à Mine Jeffrey. Selon le libellé du décret, sur la recommandation du ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, le gouvernement a mandaté Investissement Québec pour accorder cette «aide financière», et ce, afin que le consortium puisse réaliser «son projet visant à compléter les travaux d'excavation de la mine souterraine et relancer les activités de production de chrysotile à Asbestos».

Le ministre Clément Gignac n'avait toutefois pas mentionné précisément l'octroi de la garantie de prêt dans le communiqué diffusé il y a de cela trois semaines pour annoncer «son accord de principe au projet de relance». À son bureau, on avait dit que le consortium mené par Balcorp avait jusqu'au début de juillet pour compléter son montage financier, et ainsi recevoir la garantie de prêt.

Mais interpellé hier lors d'un point de presse après la période des questions, le ministre a affirmé qu'il était important d'officialiser cet appui de l'État, bien que les investisseurs associés au projet n'aient pas complété leur financement. «Le projet va aller de l'avant uniquement s'ils amassent les 20 millions manquants de mise de fonds, a-t-il dit. Étant donné l'incertitude que le débat sur le chrysotile cause, il est évident que, si le gouvernement du Québec se positionne pour dire que, nous, on croit en l'utilisation du chrysotile, c'est plus facile pour les promoteurs de pouvoir recueillir les 20 millions.» Le porte-parole de Balcorp s'est dit «très optimiste» de parvenir à réunir le financement nécessaire.

L'attachée de presse de M. Gignac a en outre précisé que cette garantie de prêt était assortie d'une clause stipulant que les exploitants de la mine devront s'assurer que leurs clients utilisent le chrysotile «de façon sécuritaire selon les critères du Québec». Une firme indépendante devra mener, chaque année, une inspection dont les frais seront à la charge de l'entreprise. Les clients pour la fibre d'amiante se situent dans une vingtaine de pays, dont l'Inde, le Pakistan, la Chine, l'Indonésie et le Mexique. Des pays où les règles de protection des travailleurs n'ont rien à voir avec ce qui existe au Canada.

Le ministre du Développement économique a néanmoins dit croire que l'amiante chrysotile peut être utilisé de manière sécuritaire, malgré le fait que tous les directeurs québécois de la santé publique craignent les effets de la relance de l'exploitation de la mine Jeffrey. Plusieurs organismes du monde de la santé sont du même avis, dont la Société canadienne du cancer.

Favoritisme?

Les bons mots du ministre n'ont absolument pas convaincu le Parti québécois (PQ) de la bonne foi du gouvernement. En Chambre, le député péquiste Bertrand St-Arnaud a remis en question la façon de procéder du gouvernement, alors même que des députés devaient décider, hier, si une commission parlementaire allait réévaluer les risques de l'amiante pour la santé.

M. St-Arnaud a rappelé que le principal promoteur de la relance de la mine Jeffrey, Baljit Chadha, président de Balcorp, a déjà organisé une activité de financement pour le Parti libéral du Québec (PLQ) en compagnie du premier ministre Charest en 2009. «Un cocktail de financement du Parti libéral, à la résidence personnelle de Westmount du président de la firme Balcorp, un proche du premier ministre, a-t-il dit. Un cocktail qui a rapporté 20 000 $ en présence du premier ministre lui-même. Pourquoi cette aide financière, aujourd'hui, avant la commission parlementaire que l'on réclame?»

Fait à noter, M. Chadha est inscrit au Registre des lobbyistes du Québec. Son mandat, qui vise directement le ministère dirigé par M. Gignac, se décline ainsi: «Demande de garantie de prêt de 58 millions de dollars pour procéder à la relance des opérations de la mine Jeffrey, notamment embauche de personnel, achat d'équipement, etc.» Balcorp a un autre lobbyiste inscrit pour le même mandat.

En après-midi, après une réunion de députés du gouvernement et de l'opposition, le PQ a diffusé un communiqué pour dénoncer le refus des libéraux de confier à une commission parlementaire le mandat de réexaminer l'utilisation de l'amiante et l'avenir de cette industrie.

Le député de Québec solidaire, Amir Khadir, qui est favorable à l'arrêt de l'exploitation de l'amiante, a lui aussi déploré la décision du gouvernement. «Derrière cette décision irrationnelle se trouvent des intérêts purement électoralistes et, malheureusement encore, la filière du financement du PLQ», a-t-il dit.

La relance de Mine Jeffrey devrait créer quelque 425 emplois à temps plein à Asbestos.

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Avec La Presse canadienne
16 commentaires
  • Jacques Morissette - Abonné 5 mai 2011 04 h 32

    Québec et son petit côté flamboyant électoraliste : le court terme et la spéculation.

    Fait-on la relance de la mine d'amiante pour faire travailler du monde? D'abord, c'est miser sur le fait qu'il y a des gens (la pauvreté?) qui ont vraiment besoin de travailler pour vivre, cela au détriment de leur santé, l'amiante étant cancérigène.

    Ensuite, c'est spéculé que l'amiante sera vendu sans problème à d'autres pays qui vont supposément l'acheter pour faire plaisir à qui? L'amiante n'est-elle pas cancérigène et n'y a-t-il pas des pays qui légifèrent de plus en plus contre son utilisation?

    En mathématique, on appellerait ça un raisonnement par l'absurde. «Fait à noter, souligne M. Shields, M. Chadha est inscrit au Registre des lobbyistes du Québec.» Québec défend les intérêts de qui ou de quoi dans tout ça?

    Je suis d'accord avec la position d'Amir Khadir dans ce dossier. De même que le PQ «de confier à une commission parlementaire le mandat de réexaminer l'utilisation de l'amiante et l'avenir de cette industrie.»

  • ClarkeCity - Inscrit 5 mai 2011 06 h 21

    Une priorité Libérale ? "Un projet dirigé par un proche des libéraux avant la santé."

    Pourtant, "... l’INSPQ présente des données démontrant la difficulté d’appliquer au Québec des mesures d’utilisation sécuritaire de l’amiante, notamment en milieu de travail. ... "

    Du Collège des Médecins du Québec à http://www.cmq.org/Public/Profil/Commun/Nouvelles/

  • Marie Mance Vallée - Inscrite 5 mai 2011 07 h 06

    Pas de gêne...

    Cher M. Charest,

    Pourquoi vous gêneriez-vous ? Les Québécois n'ont-ils pas voté pour vous, à trois reprises ? N'ont-ils pas accepté depuis des années maintenant que vous enrichissiez vos amis ?

    Ne dit-on pas que « où il y a de la gêne, il n'y a pas de plaisirs... $$$ »

  • Line Légaré - Abonnée 5 mai 2011 08 h 06

    Et pendant ce temps...

    Je crois que c'est la semaine dernière que l'on parlait des décès des travailleurs.....les chiffres que j'ai entendus...sur 213 décès, plus de 90 étaient causés par l'amiante...

    C'est une honte nationale que d'appuyer ce type d'entreprise!

  • Guylaine Vezina - Inscrit 5 mai 2011 08 h 46

    Vision stratégique

    Après avoir subventionné des secteurs prometteurs comme le gaz de schiste et le pétrole dans le golfe St-Laurent, il est tout à fait normal d'investir dans l'amiante. Je propose, comme deuxième étape à cette stratégie visionnaire, d'abolir d'importants pans de nos programmes sociaux de même que les subventions aux énergies renouvelables. Les sommes ainsi dégagées pourront être investies dans des agences de communication (clergé des années 1900), question d'informer réellement la population sur ces bobards que sont le réchauffement climatique et l'inefficacité du privé en santé et en éducation. J'ai même un nouveau slogan à proposer à ces agences: Harper et Charest, l'équipe du tonnerre. Finalement, j'envisage comme troisième étape à cette vision, le développement de la filière nucléaire. Avec une telle stratégie, ceux qui ne pourront avoir d'emploi ne mériteront que de mendier dans la rue, d'où l'étape quatre: l'abolition de l'assurance-emploi et du bien-être social.
    C'est comme cela que ça fonctionnait avant la Grande dépression et l'économie se portait très bien, n'est-ce pas?