Le Québec en déficit d'intérêt entrepreneurial

Les Québécois continuent de tirer de l'arrière en matière de dynamisme entrepreneurial par rapport aux autres Canadiens, et pas seulement pour des raisons culturelles, selon une étude.

Le Québec ne compte pas seulement moins de personnes se disant actuellement chefs d'entreprise (9,5 %) que dans le reste du Canada (16,3 %), il en compte moins aussi disant avoir l'intention de le devenir (7 % contre 11,1 %), rapporte la troisième édition d'une enquête annuelle de la Fondation de l'entrepreneurship dévoilée hier et réalisée en collaboration avec la Caisse de dépôt et placement et Léger Marketing.

Cet écart est souvent attribué à une sorte de tare culturelle propre aux Québécois ou aux francophones, or, la proportion de francophones et d'anglophones disant avoir l'intention de créer leur entreprise hors Québec est la même (10,2 %) et l'écart entre francophones et anglophones au Québec n'est pas si grand (respectivement 6,6 % et 7,9 %), note l'étude de 44 pages. Si l'on fait abstraction de la langue, on constate que la proportion d'entrepreneurs chez les 35 ans et plus d'origine québécoise est de 10 % au Québec, mais grimpe à 21,6 % pour ceux qui ont déménagé leurs pénates ailleurs au Canada. Le phénomène est vrai dans l'autre sens aussi, alors que la proportion d'entrepreneurs du même groupe d'âge nés ailleurs au Canada n'est que de 8,6 % chez ceux qui ont adopté le Québec, alors qu'elle s'élève à 16,7 % chez ceux vivant ailleurs au pays.

«La question de la culture entrepreneuriale, c'est très large. Ça touche aussi bien l'attitude des gens à l'égard des entrepreneurs qu'à la situation socioéconomique, au contexte général...», a dit en entretien téléphonique au Devoir Alain Aubut, président-directeur général de la Fondation de l'entrepreneurship, un organisme sans but lucratif ayant pour mission d'encourager l'entrepreneuriat au Québec.

Sur le front culturel, les Québécois continuent de se montrer plus froids que leurs compatriotes en ce qui a trait aux valeurs d'ambition, de succès financier et de goût du risque habituellement associées aux entrepreneurs. Fait à noter, ils sont plus nombreux cependant (63 % contre 47 %) à y voir un choix de carrière désirable.

On observe, par ailleurs, que si tous les entrepreneurs au pays se plaignent du manque d'argent et de temps pour faire croître leurs entreprises, les Québécois sont plus nombreux à déplorer la complexité administrative, légale ou fiscale.

Tous ces problèmes tombent bien mal dans un Québec qui devra trouver, d'ici 10 ans, 38 000 nouveaux chefs d'entreprise pour remplacer ceux qui partiront à la retraite, dit Alain Aubut. «L'enjeu est crucial. C'est le poumon économique du Québec.»

Il se réjouit du lancement en juin d'une stratégie québécoise de l'entrepreneuriat. Elle doit porter à la fois sur la culture, la formation de la relève et les mécanismes d'accompagnement.

Il voudrait voir le gouvernement ne pas limiter son aide aux plus jeunes entrepreneurs et s'intéresser aussi à ceux de 35 ans et plus. Il se félicite déjà de voir les écoles parler de plus en plus aux élèves de la possibilité de lancer une entreprise un jour. Il presse les agences publiques, les banques, les entreprises et les autres de «cesser de travailler en silo» en s'inspirant de ces régions qui ont commencé à travailler en«communautés entrepreneuriales». Son organisme se consacre depuis deux ans à la mise en place d'un réseau de mentors formés et certifiés qui compte aujourd'hui environ 1200 noms.

La route risque d'être encore longue, mais Alain Aubut se console en regardant le chemin parcouru au fil des ans. «Il y a 25 ans, on se faisait regarder de travers lorsqu'on disait qu'on était entrepreneur, se souvient-il. Un entrepreneur, ça vient au monde dans un milieu, et on sent que ce terreau-là est de plus en plus fertile.»
4 commentaires
  • Daniel Bérubé - Abonné 5 mai 2011 04 h 33

    Serait-il possible ?

    Que le Québec soit à la recherche de nouvelles valeurs ? Il est possible que les jeunes ne soit pas intéressé a continuer ce qui est en train de détruire notre planète, et qui ne représente pas une sécurité sociale et alimentaire à moyen et long terme... ce qui expliquerait peut-être en partie les résultats électoraux de lundi au Québec...

  • alen - Inscrit 5 mai 2011 07 h 52

    Il n'y a pas si longtemps...

    Poutant, il n'y a pas si longtemps on disait que le Québec était le paradis de la PME...

    Serait-ce que la Révolution tranquille et les grandes réalisations du Québec des années 1970 et 1980 n'ont été l'oeuvre que d'une génération, de la génération des pré-boomers j'entends?

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 5 mai 2011 09 h 13

    @alen: La révolution tranquille n'est pas celle de l'entrepreneurship

    La révolution tranquille a produit des hauts fonctionnaires ou des élus locaux qui se sont pris pour des entrepreneurs, en jouant aux dés avec l'argent des contribuables. Et çà continue: l'îlot Voyageurs à Montréal, l'amphithéâtre à Québec, la SAQ... Quand il y a de la concurrence ou arrêt d'un soutien financier par les gouvernements, ils font faillite, quand c'est un monopole comme à la SAQ, ils deviennent de "grands" gestionnaires et touchent des bonis faramineux, alors que dans les deux cas, ils n'ont aucun mérite.

    Une révolution en entrepreneurship voudrait dire beaucoup plus d'appels au privé par les instances gouvernementales (incluant les PPP), plus de concurrence par le biais des appels d'offres (au lieu de favoriser toujours les mêmes), moins d'impôts pour les entreprises, beaucoup moins de contrôles tatillons et de paperasse gouvernementale, diminution des coûts du privé sur les feuilles salariales...Cela ne viendra ni du PQ ni du PLQ. Tant que les québécois s'abriteront sous un État compassionnel et paternaliste, ils ne réussiront pas à briser le mur. La dernière incursion du côté du NPD m'inquiète à cet égard. Elle brisera sans doute le statu quo politique, bravo, j'en suis, mais le syndicalo-progressisme, très peu pour moi.

  • Jacques Patenaude - Abonné 5 mai 2011 09 h 38

    Un oubli important:l'entrepreneuriat collectif

    La recherche que vous commentez oublie un élément important :
    L'entrepreneuriat collectif, (les coop et les entreprises d'économie sociale qui sont présentent dans tous les secteurs de l'économie). Elle est particulièrement développée au Québec (8% du PIB). Ces entrepreneurs sont différents et ne répondent pas aux même critères que l'entrepreneur privé. Les entrepreneurs collectifs ne répondent donc pas à un tel sondage de la même façon. J'ai oeuvré au développement de ce type d'entreneuriat. Nous utilisions parfois les tests d'entrepreneuriat de la fondation pour aider nos entrepreneurs à déterminer leur potentiel entrepreneurial. Ce qui ressortait toujours de ces tests c'est que le potentiel des entrepreneurs collectifs différait toujours sur ces points: les valeurs et les motivations des entrepreneurs collectifs qui diffèrent des entrepreneurs privés. Pour le reste ils avaient le même potentiel que les autres. Alors comme selon ce que vous nous rapportez le test porte principalement sur les motivations et les valeurs des entrepreneurs privés le résultat obtenu est nécessairement biaisé. La comparaison avec le Canada l'est aussi.
    Loin de moi l'idée d'opposer les entrepreneurs privés et collectifs. L'option de démarrer sa propre entreprise est à encourager. J'admire ceux qui ont un tel courage mais de là à ignorer une option aussi importante au Québec il y une marge.

    La stratégie des communautés entrepreneuriales est intéressante. C'est effectivement primordial qu'on développe l'entrepreneuriat au Québec car le temps où on développait les communautés par l'implantation de multinationales est révolu. Elles n'ont pas de respect pour les populations locales (Parlez-en aux travailleurs d'Électrolux) et la robotisation de leur activités les rend peu créatrices d'emploi. Je crois cependant que l'on doit y inclure l'entrepreneuriat collectif. En fait ces communautés entrepreneuriales devraient être des lieux où on fai