États-Unis - Le divorce, indice de santé économique

Les États-Unis étant ce qu’ils sont, faut-il s’étonner de voir Corri Fetman, avocate spécialisée en droit matrimonial, annoncer ainsi ses services: «La vie est trop courte. Demandez le divorce!»<br />
Photo: - Le Devoir Les États-Unis étant ce qu’ils sont, faut-il s’étonner de voir Corri Fetman, avocate spécialisée en droit matrimonial, annoncer ainsi ses services: «La vie est trop courte. Demandez le divorce!»

Washington — Signe que les affaires reprennent aux États-Unis, les divorces repartent à la hausse, assurent des avocats spécialisés dans les affaires matrimoniales, dans un pays où se séparer de son conjoint peut coûter très cher.

«Les divorces ont commencé à repartir à la fin de l'année dernière, alors qu'on a observé une chute de 24 % du nombre de divorces en 2008 et de 57 % en 2009», explique à l'AFP Linda Lea Viken, présidente de l'American Academy of Matrimonial Lawyers (AAML), organisation professionnelle qui a enquêté auprès de ses quelque 1600 cabinets. «Cela faisait une sacrée réduction», lance cette avocate de Rapids City, dans le Dakota du Sud. En revanche, depuis le début de l'année, elle voit arriver sur son bureau 25 % de dossiers supplémentaires.

«Nous n'avons pas encore fait de sondage, mais cette reprise est évidente quand on parle entre nous», affirme-t-elle, alors que les ruptures de contrat de mariages constituent 85 % des affaires des cabinets matrimoniaux.

L'avocate rapporte l'état d'esprit de ses clients: «ils en ont assez d'attendre. Ils ne veulent plus rester avec la même personne, cela fait un an qu'ils veulent divorcer». Au plus fort de la récession, «les gens avaient peur de perdre leur emploi et étaient très prudents avant de commencer les démarches de rupture, car il faut diviser les biens», explique Mme Viken. «Il y en a qui ont fait du ''toi à l'étage, moi au sous-sol" parce qu'ils ne pouvaient se permettre de louer un autre logement», ajoute-t-elle.

Selon des chiffres fournis par l'AAML, les États-Unis sont champions du monde du divorce, avec 4,95 séparations pour 1000 habitants. Le coût d'un divorce va de quelques milliers à plusieurs centaines de milliers de dollars, selon la valeur des biens à diviser et les contentieux sur la garde des enfants, souligne la représentante du syndicat professionnel.

Traditionnellement, en période de déprime économique, on divorce moins, on retarde les séparations, mais aussi les mariages et les projets de bébé.

Selon un sondage du centre d'études Pew Research réalisé fin 2009 alors que l'économie américaine s'apprêtait à sortir d'une récession de 19 mois, 15 % des moins de 35 ans ont retardé leur mariage et 14 % ont dit remettre à plus tard leur projet d'enfant.

Les derniers chiffres des Centres américains de contrôle des maladies (CDC) montrent une forte chute des demandes de divorce entre 2007 et 2009: dans l'État de New York par exemple, elles sont passées de 51 626 à 41 899.

Les saisies de logements et la chute du marché immobilier ont pesé lourd. «À cause de la mauvaise santé de l'économie, on reste ensemble parce qu'on ne veut pas diviser ses actifs» qui ont perdu de leur valeur, explique Mme Viken.

Pour Mary Anne Decaria, avocate à Reno dans le Nevada, un État qui a beaucoup souffert de l'éclatement de la bulle immobilière, l'économie ne s'est guère améliorée mais les candidats au divorce sont à bout de patience. «On discerne une augmentation du nombre de divorces mais je ne vois pas d'amélioration de l'économie dans le Nevada», déclare cette avocate du cabinet Silverman, Decaria et Kattelman.

«Pour beaucoup de gens, l'emprunt immobilier a dépassé la valeur de la maison et cela n'a plus aucun sens économique d'attendre que la valeur remonte pour demander le divorce. Cela prendra des années», prévoit l'avocate.