Les pays émergents font de l'ombre à Montréal

Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir

Même si les données de son rapport annuel 2010 démontrent une nouvelle baisse des investissements étrangers qu'il attribue à ses efforts, Montréal International estime que les résultats sont au rendez-vous, compte tenu du contexte dans lequel évolue l'économie de la région métropolitaine.

Concrètement, la valeur des investissements étrangers est passée de 630,7 millions en 2008 à 576 millions en 2010, selon les informations rendues publiques jeudi par Montréal International, organisme voué au développement économique et au «rayonnement international» du Grand Montréal. Le secteur des technologies de l'information et des communications a été le grand gagnant, avec des investissements de 286,8 millions, suivi des technologies environnementales (98,9 millions) et de l'aérospatiale (56,9 millions).

Si Montréal continue donc de cultiver ses forces, reste qu'on observe une tendance à la baisse depuis trois ans. Un recul qui n'inquiète pas le p.-d.g. de Montréal International, Jacques St-Laurent. Selon lui, «les résultats sont au rendez-vous». «De toute évidence, la façon dont on fait de la prospection, du ciblage et de l'accompagnement porte ses fruits», a-t-il souligné au cours d'une rencontre de presse.

Celui qui est en poste depuis juillet 2010 reconnaît bien sûr qu'il y a une baisse des investissements étrangers. Mais celle-ci est surtout attribuable à des facteurs sur lesquels on ne peut avoir de prise. M. St-Laurent insiste ainsi sur l'attrait notable qu'exercent les grandes puissances émergentes que sont le Brésil, l'Inde et la Chine. «Il y a un engouement résolument installé pour les pays en développement», a-t-il constaté.

«Il y a eu un déclin, en raison d'un engouement structurel, a ajouté l'ancien grand patron de Bell Helicopter Textron Canada. Est-ce que cet engouement va se modifier au fil des années? Je ne suis pas un économiste, mais quand l'essence va atteindre 1,50 $ le litre, les coûts de transport vont changer. On peut imaginer que ça va modifier la structure transactionnelle des échanges. Ça pourra causer un certain reflux positif pour nous.» Il ne craint d'ailleurs pas la concurrence chinoise, qui se fait ressentir un peu partout dans le monde. «Je le vois plus comme une occasion, parce que ce sont des marchés formidables.»

Il estime même qu'à moyen terme, «des entreprises chinoises ou indiennes matures vont vouloir s'installer ici». Pour l'heure, toutefois, cette tendance reste marginale, du moins au Québec: en 2010, la quasi-totalité des investissements que MI a attirés provenait des pays occidentaux: 53 % de l'Europe et 47 % de l'Amérique du Nord.

Dans un rapport publié jeudi, le Conference Board a souligné pour sa part que les investissements étrangers directs sont en baisse constante au Canada depuis quelques décennies. «Une tendance qui sera difficile à freiner à court terme», selon l'auteur de l'étude, Louis Thériault. Dans le cas de Montréal, a-t-il expliqué, d'importants retards persistent dans la modernisation des infrastructures. Qui plus est, le vieillissement de la population se fait de plus en plus sentir partout au pays, la rareté de la main-d'oeuvre est manifeste dans plusieurs secteurs et il existe toujours des lacunes majeures au chapitre de la reconnaissance des compétences, même entre les provinces canadiennes.

Or, a souligné M. Thériault, il est essentiel d'attirer des investissements étrangers dans une économie mondialisée. Ceux-ci permettent en effet de développer de l'expertise dans plusieurs secteurs, mais aussi les technologies et le savoir en général. Sans oublier bien sûr la création d'emplois.

Forces de Montréal

Outre la concurrence des pays émergents, Montréal International note que la plus grande ville francophone d'Amérique doit également composer avec un dollar canadien très fort par rapport à la monnaie américaine, en plus d'affronter une reprise économique qui, sous bien des aspects, demeure poussive.

Jacques St-Laurent a toutefois refusé de discuter des faiblesses de Montréal, souhaitant plutôt insister sur ses «forces» — principalement les secteurs de l'aérospatiale, des technologies de l'information et des sciences de la vie — en dressant un portrait somme toute optimiste de la situation. «Montréal est en train de redevenir une ville vibrante, une ville qui bouge. Il n'y a qu'à regarder les grues dehors. Les centres hospitaliers universitaires, c'est majeur. Ce n'est pas un eldorado, mais les connaissances que le Québec va acquérir à mettre sur pied des hôpitaux du XXIe siècle, ce sont des compétences qui nous permettent d'attirer du talent et d'exporter des connaissances.»

«Tout cela joue en notre faveur, a-t-il assuré. Même si les chiffres indiquent une petite tendance à la baisse, ce n'est pas ça qui me dérange. Je pense que la conjoncture commence à favoriser Montréal.»

Montréal International travaille également à améliorer la collaboration entre les différentes instances qui cherchent à attirer des investisseurs dans le Grand Montréal. Plusieurs ont en effet souligné au fil des ans le manque de coordination entre les différentes instances, qu'elles soient municipales ou provinciales. «Il y a encore un potentiel de synergie entre les différents groupes, comme les grappes, les agences de développement économique, les établissements d'enseignement, etc.», estime M. St-Laurent. Mais on n'en fera jamais assez pour la promotion de Montréal, «Ceux qui disent qu'il y a trop de monde sur la patinoire n'ont pas vu la grosseur de la patinoire. Le monde, c'est gros. Le potentiel d'initiatives de développement économique est phénoménal. La compétition mondiale est féroce.»
1 commentaire
  • Paul Racicot - Inscrit 16 avril 2011 15 h 12

    Vers la croissance zéro...

    En raison du coût croissant de l'énergie pétrolière, l'économie mondiale va peu à peu se régionaliser. Notre avantage, côté énergétique, repose sur le faible coût relatif de notre hydro-électicité.

    Il me semble que la majeure partie des investissements à l'étranger le sont dans les pays émergents (BRICS) et non plus dans les pays développés, dits «matures». Je crois qu'il faudra bien se faire au fait que le boom économique des «Trente Glorieuses» est... bien terminé. Et que la croissance zéro, c'est b'en correct ! ;-)