Mine Jeffrey - Clément Gignac défend son choix

S'il a fallu tout ce temps pour que le gouvernement du Québec se décide à accorder un appui financier au projet de relance de la mine Jeffrey, c'est tout simplement parce que le dossier de l'amiante est très complexe, a dit hier le ministre du Développement économique.

«Ça fait 15 mois que je travaille ce dossier-là. Sur le plan intellectuel, ç'a été le plus fascinant parce que, d'entrée de jeu, je ne savais vraiment pas vers quelle conclusion on se dirigerait», a affirmé Clément Gignac en marge d'une allocution qu'il a donnée devant le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM).

M. Gignac, qui dit avoir pris note de tout ce qui s'est écrit au sujet de l'amiante chrysotile et qui a profité d'un passage en Inde, un grand consommateur, pour approfondir ses connaissances, a affirmé que le dossier comporte des aspects de «santé publique, d'environnement, de réglementation liée à la CSST et de développement économique».

Le discours de M. Gignac a porté notamment sur les défis du Québec au chapitre de la productivité et de l'incitation à l'entrepreneuriat. Entre autres, a-t-il dit, les Québécois ressentent un «malaise» avec les riches et «il va falloir travailler là-dessus». La population devrait être aussi fière de ses entrepreneurs que de ses artistes, a-t-il lancé.

Malgré le vent de controverse qui tourne depuis des années autour de l'amiante, un minéral reconnu comme cancérigène, le gouvernement Charest a indiqué en milieu de semaine qu'il offrira une garantie de prêt de 58 millions au projet minier à Asbestos. Cela devrait générer environ 425 emplois directs et plus de 1000 emplois indirects.

Québec a cependant posé la condition suivante: la direction de la mine doit d'abord trouver des investissements totalisant 25 millions. Lors d'un point de presse hier, toujours en marge de l'événement du CORIM, le président de Mine Jeffrey, Bernard Coulombe, a dit que trois investisseurs, dont le groupe indien Balcorp., sont sur les rangs. Il n'a pas offert de détails concernant les deux autres.

Balcorp est dirigée par Baljit S. Chadha. En janvier 2011, la Presse canadienne avait révélé qu'en 2009, M. Chadha a tenu un cocktail à sa maison de Westmount et récolté 19 000 $ pour le Parti libéral du Québec. Jean Charest était présent.

Rappelant que la garantie de prêt de Québec lui permettrait d'obtenir les appuis bancaires nécessaires, M. Coulombe, assez critique envers le traitement médiatique du dossier de l'amiante, a laissé entendre hier que les choses seraient ficelées «au cours des prochaines semaines».

Les représentants de l'industrie québécoise font valoir qu'il y a une bonne quantité de désinformation dans l'espace public et que l'utilisation de l'amiante chrysotile peut se faire de façon sécuritaire puisque tout se joue dans la dose et la durée.

M. Gignac a rappelé que le gouvernement compte s'assurer que des experts indépendants se rendront en Inde de manière à vérifier que l'utilisation de l'amiante provenant du Québec est sécuritaire. Le ministre a insisté à plusieurs reprises pour dire qu'il avait pris bonne note du fait que la Conférence régionale des élus de l'Estrie a produit un avis favorable au projet de relance en décembre.

La dernière année a été faste en événements. En 2010, la revue scientifique The Lancet a fait état d'une «exportation immorale de la mort et des maladies reliées à l'usage de l'amiante dans les pays les plus vulnérables du globe». Le directeur de la revue avait exhorté Québec à ne pas appuyer le projet d'Asbestos.

Plus récemment, la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, a dit lors d'une grande assemblée que «le temps est venu d'actualiser notre position». Depuis 1997, la CSN avait été favorable à une «utilisation sécuritaire». Mais Mme Carbonneau a dit que «ce serait faire honneur à ceux qui sont morts et qui ont lutté pour la santé-sécurité que de rappeler que la vie d'un travailleur, aussi bien indien que québécois, ne peut être sacrifiée aveuglément au nom de l'emploi».