Placements NEI - Les investisseurs font des gains en aidant les entreprises à oser la différence

Valérie R. Carbonneau Collaboration spéciale
ESG tente d’aider Research and Motion, le fabricant de Blacberry, à trouver des solutions pour éviter d’acheter des métaux qui financent les groupes armés en lien avec le conflit en République démocratique du Congo, comme l’étain, le tantale, l’or et le tungstène.<br />
Photo: Agence Reuters Enny Nuraheni ESG tente d’aider Research and Motion, le fabricant de Blacberry, à trouver des solutions pour éviter d’acheter des métaux qui financent les groupes armés en lien avec le conflit en République démocratique du Congo, comme l’étain, le tantale, l’or et le tungstène.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Acheter et manger bio, construire écoénergétique, rouler en hybride... De nos jours, s'il n'est pas encore possible de toujours faire dans le vert, mieux vaut s'assurer d'investir là où on met en œuvre de bonnes pratiques. Et, pour cela, il existe certainement des fonds d'entreprises responsables où il fait bon faire fructifier son argent.

Née en 2009 de la fusion de deux sociétés de fonds primés, Placements NEI est une entreprise 100 % canadienne qui embauche 25 personnes pour son bureau de Montréal. Tandis que la première famille de fonds, Fonds NordOuest, a été créée à Toronto il y a 12 ans, la deuxième, Fonds éthiques, roule sa bosse à Vancouver depuis 25 ans. La thèse centrale chez NEI: amener les investisseurs à faire des gains tout en aidant les entreprises à oser la différence.

En matière de placements responsables, c'est surtout la division Fonds éthiques qui nous intéresse. Pionnière dans le concept, en plus d'offrir des solutions d'investissement responsable, la société de placements visionnaire a toujours encouragé un changement profond dans les pratiques par le biais de sa gestion serrée du risque. Qu'on se le tienne pour dit: les sociétés qui adoptent de bonnes stratégies et de bonnes pratiques sont celles qui procurent à long terme les meilleurs rendements aux investisseurs et à l'environnement.

Rejointe à son bureau de Vancouver, Michelle de Cordova travaille à titre de chef de la politique publique et recherche pour le département du Service ESG. Le moteur des Fonds éthiques, dira-t-elle. Le Service ESG est composé d'une équipe interne de dix spécialistes de l'investissement responsable au Canada. Elle garantit des services exhaustifs touchant les enjeux écologiques, sociaux et de gouvernance (ESG) au sein des gestionnaires de portefeuilles d'investissements socialement responsables.

«Les entreprises qui travaillent sur le plan de l'environnement social et de gouvernance protègent à la fois le rendement pour les investisseurs et la planète, résume d'entrée de jeu Mme Cordova, ce qui n'a pour effet que d'être gagnant à long terme.» Elle explique que le programme d'investissement ESG mise surtout sur un dialogue profond à établir avec les entreprises qui font partie intégrante des fonds mutuels des Fonds éthiques.

Les Fonds éthiques en bref

Les Fonds éthiques renferment 13 fonds mutuels à l'intérieur desquels sont réparties de 780 à 1200 entreprises, ajoute quant à lui Stephan Fernandes, qui oeuvre à titre de vice-président adjoint des opérations et du service à la clientèle pour la portion administrative de NEI. Maintenant, pour former son portefeuille de Fonds éthiques, NEI évalue d'abord les risques écologiques, sociaux et de gouvernance selon une grille préétablie d'une centaine de critères. Après quoi, elle décide d'acheter ou non les actions d'une entreprise.

Il faut dire que les risques varient selon les secteurs d'investissement. Le secteur des finances recèle ses propres risques, tandis que les secteurs de l'informatique et de la consommation comportent les leurs. Dans le cas où NEI va de l'avant, elle achète des actions d'entreprises canadiennes et internationales qui se retrouvent à la Bourse et qui, a priori, recourent à des pratiques responsables. Sinon, il arrive qu'elle achète des actions d'entreprises qui ont besoin d'un certain ajustement, si et seulement si elles démontrent une volonté réelle de changer les façons de faire... D'où la notion de dialogue.

Un suivi des pratiques responsables très serré


Le programme d'investissement ESG s'adresse aux entreprises qui font preuve d'efforts pour améliorer leurs pratiques. Chaque année, Placements NEI réussit à faire une différence dans une cinquantaine d'entreprises au moyen du Service ESG.

Ces dernières sont sélectionnées par les gestionnaires parmi les entreprises des Fonds éthiques, lesquels s'appuient sur ce qu'on appelle une «Liste Focus» pour examiner et analyser les risques. Une liste en plusieurs points-clés qui permet aux gestionnaires de portefeuilles de formuler des solutions adaptées à la réalité afin d'améliorer les pratiques, de concert avec les entreprises. Et, histoire d'assurer un suivi serré et de faire les choses de manière transparente, Placements NEI diffuse chaque année l'évolution du travail accompli avec chacune de ces entreprises.

Selon les cas, le suivi peut durer de un à cinq ans. «On s'engage dans un dialogue avec les entreprises qui comportent un certain degré de risques, quand on sent qu'elles sont prêtes à réduire ces risques et à exploiter les possibilités de performance sur le terrain.»

Le Château et Research and Motion

Mme de Cordova donne d'ailleurs deux exemples d'entreprises à risque qui font partie du portefeuille des Fonds éthiques. À commencer par Le Château, avec qui l'équipe a entamé un dialogue il y a quelques années. Le Château achète des vêtements fabriqués partout dans le monde. L'équipe explique que le fait que la chaîne d'approvisionnement de l'entreprise s'étend à l'international implique automatiquement des risques. Quand on achète par exemple dans un pays où il y a des problèmes politiques ou encore de droits humains...

Ainsi, on a proposé à l'entreprise de se doter d'un code de conduite pour la chaîne d'approvisionnement avec de nouvelles normes de conditions de travail, par exemple. Le Château a suivi les recommandations de NEI et devrait implanter ce code de déontologie sous peu.

Scénario semblable avec Research and Motion, le fabricant de Blackberry. Le dialogue, au niveau de la chaîne d'approvisionnement, a été le même et la société vient de publier un code de conduite selon les recommandations prescrites par le Service ESG. Cette fois, pour confectionner ses produits électroniques, l'entreprise recourt à des métaux qui financent les groupes armés en lien avec le conflit en République démocratique du Con-go. L'étain, le tantale, l'or et le tungstène, notamment. ESG tente ainsi de trouver avec eux des solutions pour éviter d'acheter ces métaux, afin que Research and Motion ne contribue pas à financer des groupes qui encouragent de telles pratiques immorales.

La société de placements NEI est une entreprise entièrement canadienne détenue à 50 % par le Groupe Desjardins et à 50 % par les centrales des credit unions provinciales.

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Collaboratrice du Devoir