Intervention - Pour un système d'innovation sociale au Québec

Catherine Roy-Boulanger Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le développement d'une société dépend de plus en plus de sa capacité d'innover. De toutes les formes d'innovation, l'innovation sociale est l'une des plus cruciales.

Le Réseau québécois en innovation sociale (RQIS) presse le gouvernement du Québec et les différents acteurs de la société de prendre des mesures pour renforcer le système québécois d'innovation sociale, le reconnaître, le structurer davantage et lui donner les moyens de se mettre au service du développement du Québec. Ces mesures viendraient appuyer la Stratégie québécoise de la recherche et de l'innovation, dans laquelle l'innovation sociale, bien qu'évoquée, occupe une portion congrue.

La pauvreté, les inégalités, l'isolement des immigrants ou la marginalisation des populations autochtones ou de certaines catégories de jeunes, l'analphabétisme comme le décrochage scolaire, la violence ou la maladie, la dévitalisation de collectivités rurales sont autant de phénomènes qui pèsent lourd sur le développement de notre société. Il s'agit d'enjeux majeurs qui ont des impacts sur l'économie et sur les finances publiques. Ils représentent surtout un gaspillage éhonté de potentiel humain et condamnent des collectivités entières à l'échec.

Au cours des dernières décennies, le Québec a su innover sur le plan social. Que ce soit par la création de centres de la petite enfance ou de carrefours jeunesse emploi, dans le dialogue avec les Premières Nations ou l'intervention psychosociale, en ruralité ou en économie sociale, de nouvelles pratiques ont changé la donne.

Pour un nouveau contrat social

Nos succès sur le plan social au Québec sont réels. Mais les démarches développées au cours des cinquante dernières années sont désormais insuffisantes pour résoudre des problèmes rendus plus complexes par des phénomènes majeurs. La transition démographique que vit le Québec impose un nouveau contrat social entre les générations. Les changements climatiques et les atteintes à la biodiversité exigent la définition d'un nouveau rapport aux ressources naturelles. La mondialisation change fondamentalement les rapports économiques et sociaux. Les nouvelles technologies numériques rendent les populations plus mobiles et facilitent l'accès à la connaissance, mais elles ont en même temps le potentiel de provoquer des fractures sociales profondes et des inégalités nouvelles.

Qu'est-ce que l'innovation sociale? Ce n'est pas d'hier que le Québec innove sur le plan social. Mais c'est depuis peu de temps que l'expression «innovation sociale» est employée pour qualifier cette forme de renouvellement des pratiques. Une innovation sociale est une nouvelle idée, démarche ou intervention, un nouveau service, un nouveau produit ou une nouvelle loi, un nouveau type d'organisation qui répond plus adéquatement et plus durablement que les solutions existantes à un besoin social bien défini. Une solution qui a trouvé preneur au sein d'un groupe, d'une organisation ou d'une collectivité et qui produit un bienfait mesurable pour la collectivité et pas seulement pour certains individus. La portée d'une innovation sociale est transformatrice et systémique. Elle constitue, dans sa créativité inhérente, une rupture avec l'existant.

Les innovations sociales sont «sociales» autant dans leurs finalités que dans leurs processus. Elles répondent à des besoins sociaux tout en créant de nouvelles relations entre des personnes et des groupes qui n'avaient pas toujours l'habitude de coopérer. L'innovation sociale naît d'un processus nécessairement ouvert. Les innovateurs sociaux ont été en ce sens des précurseurs de ce que recherchent aujourd'hui de plus en plus les organisations et les entreprises pour accélérer l'innovation technologique par ce qu'on appelle l'innovation ouverte. Le projet d'innovation sociale combine les savoirs expérientiels avec les savoirs scientifiques et techniques et il tient compte du contexte culturel particulier. La combinaison de ces savoirs variés conduit à la cocréation de nouvelles connaissances.

Un système à renforcer


Le RQIS a formé une communauté d'intérêt composée de 23 représentants et représentantes d'organisations reconnues comme des chefs de file de l'innovation sociale au Québec. Dans la Déclaration québécoise pour l'innovation sociale, qui sera rendue publique le 7 avril 2011 lors du colloque «Pour une nouvelle mondialisation: le défi d'innover», la communauté formule des recommandations à l'endroit du gouvernement. Le RQIS et la communauté d'intérêt sont soutenus par l'Université du Québec (UQ) et le ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation (MDEIE)

Celui-ci doit prendre des mesures pour renforcer le système québécois d'innovation sociale, financer adéquatement le RQIS et lui permettre de maintenir et d'élargir la communauté d'intérêt existante. Il faut animer un débat ouvert sur l'apport de l'innovation sociale au développement du Québec, produire et tenir à jour un état de situation, mettre en valeur les innovations sociales québécoises ici et à l'étranger et faire des recommandations en vue de la prochaine stratégie de recherche et d'innovation. On recommande enfin de réserver le dernier projet structurant prévu par la SQRI à un projet d'innovation sociale.

Pour prendre connaissance du texte complet de la Déclaration québécoise pour l'innovation sociale, des études de cas sur lesquelles elle s'appuie et de la liste des signataires et des membres de la communauté d'intérêt, consultez le site du Réseau québécois en innovation sociale à www.uquebec.ca/ptc/rqis.

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Catherine Roy-Boulanger est coordonnatrice du Réseau québécois en innovation sociale (RQIS)
1 commentaire
  • Daniel Bérubé - Abonné 12 avril 2011 14 h 19

    Le mot "social" aujourd'hui fait peur...

    Qu'il est désolant de voir qu'après plus de deux semaines, aucun commentaire et un seul vote y apparaît...

    L'ennemi numéro un du social est l'individualisme, et ce dernier a pris de plus en plus d'ampleur depuis la révolution tranquille et l'arrivé des baby-BOOM ! Mais nous réalisons que la nouvelle génération grandissante revient de plus en plus à des valeurs plus anciennes (souvent celles dattant d'avant la révolution tranquille), car cette nouvelle génération prend conscience que les valeurs actuelles (argent, surconsommation, surexploitation...) les mènera à leur perte. L'égoïsme fait potentiellement d'un individu un ennemi...

    Nous sommes les produits d'une culture qui enseigne l'égoïsme, qui d'une certaine façon, mène à l'auto-destruction... et le tout semble bien partie pour se réaliser... je vous en prie, génération à venir : n'imittez pas vos prédécesseur... car l'exemple qu'il vous ont enseigné, c'est ce qu'il ne faut pas faire! Pour plusieurs, malheureusement, bonheur et plaisir sont des synonymes...