En affaire avec la dictature

En 2008, lorsque Petro-Canada a signé des ententes lui permettant de continuer à produire du pétrole en Libye, la compagnie s'est engagée à verser une «prime à la signature» de 1 milliard à la société pétrolière d'État.

Selon une note diplomatique américaine obtenue par WikiLeaks et publiée le 1er février dernier, Petro-Canada, présente en Libye depuis plusieurs années, se serait soudainement retrouvée devant un régime désireux d'en demander davantage aux sociétés étrangères actives dans l'exploitation de son pétrole.

«Les nouvelles ententes découlent des efforts du gouvernement libyen visant à rehausser les exigences auprès des pétrolières étrangères et reflètent l'importance croissance que revêt la Libye aux yeux de Petro-Canada», peut-on lire dans une note diplomatique américaine diffusée depuis l'ambassade de Tripoli le 24 juin 2008.

L'entente entre les deux porte sur six contrats distincts, appelés officiellement «contrats d'exploration et de partage de production», qui couvrent l'ensemble des activités de Petro-Canada dans ce pays contrôlé d'une main de fer par le colonel Mouammar Kadhafi depuis quatre décennies.

Selon la note diplomatique, intitulée simplement «Petro-Canada signs 30-year pact with Libya», la société de Calgary s'est engagée à investir 3,5 milliards dans le développement de plusieurs gisements existants et 460 millions dans l'exploration du pétrole et du gaz naturel. Petro-Canada devait assumer 50 % des coûts de développement et 100 % des coûts d'exploration.

Au milieu de 2009, Petro-Canada a été acquise par Suncor, une autre pétrolière de Calgary, pour 19 milliards. Il a été impossible d'obtenir les commentaires de la compagnie.

En parallèle, une journaliste londonienne de l'agence Reuters a écrit hier que selon une note diplomatique obtenue par WikiLeaks et lui ayant tout juste été montrée, le régime Kadhafi aurait exercé de la pression sur plusieurs compagnies pétrolières au fil du temps.

La note lue par Reuters fait référence à un fonds de 1,8 milliard auquel la Libye a accepté de contribuer pour mettre au repos des accusations de terrorisme remontant aux années 80. Selon cette note, rédigée par l'ambassade américaine de Tripoli en avril 2009, Mouammar Kadhafi «a indiqué clairement qu'il a l'intention d'extraire des contributions de la part des sociétés étrangères pour couvrir [...] le plan initial».

Parmi les sociétés visées, selon Reuters, ont figuré Marathon, ConocoPhillips, Occidental, ENI, Total, Wintershall, Petro-Canada, Repsol et StatoilHydro. Celles-ci se seraient fait dire qu'elles devraient contribuer à ce fonds, à défaut de quoi la société d'État serait encline à revoir sa relation avec elles, ajoute la note.

Rapports annuels

Les rapports annuels de 2008 et 2009 mentionnent bel et bien les six contrats de l'été 2008 et le versement d'une prime à la signature de 1 milliard, mais la note diplomatique américaine diffusée par WikiLeaks le 2 février offre du contexte.

Selon le rapport annuel de 2008, «un paiement de 500 millions $US, représentant 50 % de la prime de signature», a été fait à la société d'État libyenne en juillet 2008. «Le solde exigible sera payé entre 2009 et 2013», ajoute le rapport.

L'année 2008 chez Petro-Canada s'est soldée par un profit net de 3,1 milliards. En 2009, au cours de laquelle Suncor en a pris le contrôle, la nouvelle entité fusionnée a enregistré un profit de 1,1 milliard.

En excluant sa participation dans le projet Syncrude, au coeur des sables bitumineux, la production totale de Suncor s'est chiffrée à près de 300 000 barils de pétrole par jour en 2009.

Sa production en Libye représentait un peu plus de 10 % de cela en 2009, soit 32 600 barils par jour. Suncor voudrait sans doute en produire plus, mais comme le mentionnent ses documents financiers, elle doit composer avec «les contraintes liées aux quotas de production de l'OPEP».

Cette semaine, Radio-Canada a rapporté que Suncor a évacué de la Libye «la plupart» de ses employés étrangers.

En janvier, des médias avaient fait état d'une autre note diplomatique selon laquelle le gouvernement libyen avait menacé de nationaliser les actifs de Petro-Canada. La Libye voulait qu'Ottawa s'excuse pour avoir condamné l'accueil chaleureux fait par la Libye à un homme condamné pour son rôle dans l'attentat de Lockerbie.
1 commentaire
  • Roland Berger - Inscrit 24 février 2011 16 h 59

    Punir Kadhafi

    Il faut condamner Kadhafi à prendre en main l'exploration et l'exploitation minière et gazière au Québec. Avec lui à la barre pour quelques années, l'État aurait de vraies bonnes redevances. Tandis qu'avec Charest, les amis auront de très bons profits.
    Roland Berger