Gaz de schiste - Le président de Questerre s'en prend à l'émotivité entretenue par les opposants

Michael Binnion
Photo: Jean-François Leblanc - Le Devoir Michael Binnion

Le p.-d.g. de l'entreprise albertaine Questerre Energy se dit «inquiet» de ce qui pourrait ressortir du rapport que le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) doit publier bientôt sur l'industrie du gaz de schiste, en raison des «pressions publiques» qui ne cessent de prendre de l'ampleur depuis plusieurs mois. Michael Binnion juge pourtant que plusieurs des critiques formulées à l'endroit des gazières sont exagérées.

Le rapport du BAPE a beau avoir été commandé par le gouvernement Charest pour «proposer un cadre de développement» à l'industrie de l'énergie fossile, les résultats attendus le 28 février n'en préoccupent pas moins M. Binnion. «Je ne suis pas inquiet des témoignages d'experts ni des preuves qui ont été présentés au BAPE. Je suis inquiet des pressions politiques et des pressions publiques. Je suis aussi inquiet de l'interprétation des résultats par le public et de l'interprétation des médias», a-t-il fait valoir hier en entrevue au Devoir.

Selon lui, les mémoires présentés aux commissaires ont beau avoir été majoritairement favorables au développement du gaz de schiste, les médias et le public ont surtout retenu ceux qui y étaient opposés. Au détriment de la vérité, a-t-il soutenu. «Au BAPE, les opposants ont présenté des arguments émotifs, mais où étaient leurs experts? Il n'y a eu aucun expert crédible pour corroborer les mythes qui ont été présentés. Je sens que les opposants ont décidé de passer outre le BAPE pour argumenter directement dans les médias. Et je suis inquiet, parce que du côté de l'industrie, nous nous sommes présentés avec des faits pour appuyer notre cause. Mais qui a écouté?»

Michael Binnion s'en est notamment pris à ceux qui ont fait état des risques de contamination des puits artésiens. «Quand vous creusez un puits pour aller chercher de l'eau, vous bouleversez la source d'eau. Nous, nous essayons de ne pas le faire en forant notre puits. Et si du méthane est libéré dans un puits, est-ce un désastre ou un problème? Je crois que c'est un problème, mais que ça peut se régler. Et le méthane est un produit naturel. Comme je dis toujours, si vous voulez que rien ne trouble votre santé, cessez de boire de la bière.»

Quant aux fuites constatées par les inspecteurs du ministère des Ressources naturelles et de la Faune sur plusieurs puits au cours des derniers mois — des 31 puits inspectés, 19 laissaient échapper des «émanations de gaz naturel», le p.-d.g. de Questerre estime que celles-ci n'ont rien de dramatique. «La loi dit qu'on ne doit pas laisser s'échapper du gaz d'un puits. Mais ça ne peut pas être pris à la lettre, parce que le système de Gaz Métro a des fuites, tout comme les réservoirs, etc.» Qui plus est, «aucun des cas ne serait considéré comme "sérieux" du point de vue de la législation en Alberta ou en Colombie-Britannique.» Mais le gouvernement a délivré des constats d'infraction? Une question d'«interprétation de la loi», selon M. Binnion.

Rassurer les gens

Reste que la très grande attention médiatique accordée au gaz de schiste depuis plusieurs mois a forcé Questerre, qui contrôle les permis de 5000 km2 de territoire, à redoubler d'efforts dans ses relations publiques au Québec. Cet état de fait, jumelé à l'impact de la catastrophe provoquée par BP dans le golfe du Mexique, a en effet passablement compliqué les choses.

«Pendant 10 ans, nous n'avons jamais eu de problème à obtenir l'approbation des communautés, a rappelé M. Binnion. Mais du jour au lendemain, on est passé d'un taux d'approbation de plus de 90 % à moins de 30 %. Et il nous a fallu trois mois de travail pour rassurer les gens. C'est beaucoup plus de travail que ce qu'on doit faire dans l'Ouest canadien, mais dans l'Ouest, les gens comprennent déjà ce qu'est l'industrie.»

Par ailleurs, a-t-il affirmé, les joueurs du secteur gazier sont venus au Québec en quelque sorte à la demande de la province, qui souhaitait acquérir une plus grande «indépendance énergétique». «Nous sommes venus et nous avons fait exactement ce que le Québec attendait de nous, c'est-à-dire trouver du gaz.» Et cette initiative date de bien avant l'arrivée des libéraux de Jean Charest, a-t-il insisté, rejetant du même coup toutes les accusations de copinage avec le gouvernement actuel.

Sans surprise, M. Binnion s'oppose à tout moratoire, jugeant que ce débat constitue un «conflit artificiel» puisque l'industrie de l'énergie fossile compte attendre la mise en place d'une nouvelle législation propre aux hydrocarbures avant de se lancer dans la phase d'exploitation. Il admet toutefois que ceux qui le réclament voudraient qu'il s'applique à la phase en cours, soit l'exploration.

Quoi qu'il en soit, un moratoire risquerait de créer un climat d'incertitude pour les investisseurs internationaux, qui ont tout le loisir d'aller placer leurs billes ailleurs dans le monde. «Ce serait injuste pour les investisseurs, parce qu'ils se disent: "Que se passe-t-il avec mon argent? Et combien de temps ça va durer?" Ce serait aussi injuste pour les communautés pour qui l'industrie peut être une source d'emplois et de prospérité.»

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