Libre-échange avec l'Europe - Charest se défend d'abuser des exclusions

Davos — Le premier ministre Jean Charest se défend de manquer d'ambition dans le cadre des négociations de libre-échange avec l'Union européenne, plus particulièrement en ce qui a trait aux nombreux et lucratifs contrats accordés par Hydro-Québec.

Au cours des derniers mois, le ministre fédéral du Commerce international, Peter Van Loan, et le Forum sur le commerce Canada-Europe, un regroupement de gens d'affaires, ont reproché au Québec et à l'Ontario de souhaiter l'inclusion de trop de contraintes et d'exclusions dans le futur accord commercial.

Hier, au cours d'une entrevue avec La Presse Canadienne à Davos, M. Charest a soutenu qu'il voulait trouver un juste milieu entre l'ouverture des marchés et la préservation du rôle d'Hydro dans le développement économique des régions. «On n'est pas rendus dans le détail des négociations, a-t-il déclaré. Ce que je sais, par contre, c'est que moi, je veux qu'Hydro-Québec puisse continuer à jouer un rôle de développeur sur le plan des économies régionales. Ça, on y tient. Il s'agit de trouver un juste équilibre entre ça et l'ouverture que nous voulons. [...] On pense qu'on va pouvoir arriver à un bon compromis.»

Le gouvernement Charest a fait exclure Hydro-Québec et d'autres entreprises d'État comme la Société des alcools du Québec du récent accord sur les marchés publics conclu entre le Canada et les États-Unis. Cette entente faisait suite à la clause «Buy American» que Washington avait insérée dans son plan de relance économique.

Le premier ministre a toutefois assuré, hier, qu'Hydro faisait régulièrement appel à des fournisseurs étrangers, notamment le français Alstom, l'américain General Electric et l'allemand Bauer AG.

Les négociations commerciales, qui ont débuté en mai 2009, se sont poursuivies la semaine dernière à Bruxelles. Comme elles touchent à plusieurs champs de compétence des provinces, celles-ci y participent activement. Tant à Ottawa qu'à Québec, on espère conclure une entente de principe avec l'Union européenne d'ici la fin de l'année. «On va faire une entente qui sera à l'avantage du Québec et qui sera bonne pour notre partenaire. Et dans le dernier droit, je ne suis pas étonné que les Européens veulent mettre de la pression pour en obtenir le plus possible», a soutenu Jean Charest, sans aborder les remontrances de M. Van Loan, qui remontent à août 2010. «C'est moins [un blocage sur] des questions substantielles qu'une affaire de ton et de [manque] d'ambition» avait alors commenté le ministre fédéral en parlant de l'engagement du gouvernement du Québec dans les négociations.

À Québec, on s'inquiète de la rigidité de l'Union européenne sur la certification des produits industriels exportés par le Canada et sur les règles qui permettent d'établir le pays d'origine d'un produit — dans le secteur alimentaire notamment. Le gouvernement Charest espère que les Européens accepteront de faire preuve de «flexibilité» sur ces questions. «C'est ce type d'enjeux-là sur lesquels on arrive dans le dernier droit, a noté

M. Charest. [...] C'est de bonne guerre, mais on va obtenir une entente qui va nous permettre d'augmenter l'accès au marché européen. Ça sera équitable de part et d'autre.»

C'est Jean Charest qui, il y a cinq ans, avait lancé l'idée d'un partenariat économique avec l'Union européenne — à Davos justement.

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