L’ex-ministre péquiste Diane Lemieux préside la Commission de la construction

Diane Lemieux<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Diane Lemieux

L’ex-ministre péquiste Diane Lemieux a été nommée, aujourd'hui, à la présidence de la Commission de la construction du Québec (CCQ). Elle remplace André Ménard qui a quitté cette fonction il y a quelques jours.

En présentant Mme Lemieux, la ministre du Travail, Lise Thériault, a longuement insisté sur les qualités de celle-ci. «C’est une femme qui est appréciée pour sa rigueur et sa droiture. Partout où elle a oeuvré, elle a toujours suscité le respect et la confiance», a-t-elle dit.

Du même coup, Mme Thériault a fait référence à quelques reprises aux multiples allégations qui ciblent le secteur de la construction depuis plusieurs mois. «L’industrie traverse actuellement une période mouvementée et je lance un appel à tous pour travailler dans la même direction, dans un esprit de collaboration et de concertation, a-t-elle précisé. C’est le meilleur moyen pour lutter efficacement contre la corruption dans l’industrie et pour lui permettre de regagner la crédibilité qu’elle a perdue au cours des derniers mois.»

La ministre a dit avoir mandaté Diane Lemieux pour s’assurer que les fonds confiés à la Commission par les travailleurs et les employeurs de l’industrie soient gérés avec rigueur et transparence et pour contribuer à assainir l’industrie de la construction, qui emploie 146 000 travailleurs au Québec.

Il est évident, toutefois, que ce mandat doit être interprété de façon très large. «Je lui ai demandé de porter une attention particulière au mandat qui a été confié à la CCQ concernant tout le volet travail au noir, la collusion et l’intimidation sur les chantiers», a dit Mme Thériault.
Les propos de la ministre laissent déjà entrevoir les résultats qu’elle anticipe de cette nomination.

«Avec la Loi 73, nous avons donné de nouveaux pouvoirs et de nouveaux moyens à la Commission de la construction du Québec. [...] Il faut s’assurer qu’on ait les bonnes réponses pour qu’on puisse finalement arriver à des accusations et qu’il puisse y avoir procès. Les coupables, évidemment, seront pris et auront des peines.»

Des règles de gouvernance «impeccables et exemplaires»

Diane Lemieux a pour sa part fait une courte déclaration mais n’a pas voulu se soumettre aux questions des journalistes avant d’avoir pu prendre connaissance de l’environnement dans lequel elle sera appelée à intervenir.

La nouvelle présidente a dit croire en l’application de règles de gouvernance «impeccables et exemplaires». «Je serai guidée par la rigueur, l’efficacité, la saine gestion, le respect et par des règles d’éthique très strictes», a-t-elle dit.

Elle a aussi défini largement son mandat. «Mon devoir est de distinguer le vrai du faux, le bon du mauvais, le bon grain de l’ivraie, les rumeurs des faits, les dérapages des patterns systémiques», a-t-elle dit.

Son expérience politique n’a toutefois pas tardé à transparaître, alors qu’elle a signifié son refus de s’aventurer sur le terrain miné d’une commission d’enquête, invoquant d’autres préoccupations plus pressantes dans ses nouvelles fonctions. «Nombreux sont ceux et celles qui débattent à ce sujet, notamment les politiciens et les médias, a-t-elle affirmé. Je n’ai pas l’intention d’en ajouter ni de m’immiscer dans ce débat, malgré toute la légitimité et l’intérêt. Je suis persuadée que des gestes peuvent et doivent être posés sans attendre au sein de la CCQ.»

Réaction de l'opposition

La réaction de l’opposition n’a pas tardé. Le leader parlementaire de l’opposition officielle, Stéphane Bédard, a aussitôt accusé le gouvernement de vouloir faire diversion en nommant une péquiste à la CCQ. «Ce n’est pas à moi à juger de la nomination, ce n’est pas moi qui l’ai faite, a-t-il dit. Mais je vous dis qu’elle est très bonne. C’est une bonne personne, qui a montré toutes ses compétences partout où elle a passé.»

M. Bédard croit que les libéraux tentent de faire oublier la nécessité de tenir une enquête publique sur la construction. «Ça ne remplace en rien l’obligation de tenir une commission d’enquête et ça va prendre un gouvernement du Parti québécois pour faire une commission d’enquête, comme ça prend une péquiste pour redorer le blason de la CCQ», a-t-il lancé.

Par ailleurs, les grandes associations de la construction de même que la Régie du bâtiment ont accueilli positivement la nomination de Mme Lemieux. La Régie, de même que l’Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec (ACRGTQ), l’Association de la construction du Québec (ACQ) et l’Association des entrepreneurs en construction du Québec (AECQ) ont tous promis leur pleine et entière collaboration à Mme Lemieux dans ses fonctions.

Diane Lemieux est âgée de 49 ans. Cette ex-présidente du Conseil du statut de la femme a été députée de 1998 à 2007 et fut ministre du Travail et de l’Emploi sous Lucien Bouchard, avant d’obtenir le portefeuille de la Culture et des Communications sous Bernard Landry. Après quelques années dans l’opposition, elle a échoué à se faire élire aux élections municipales de Montréal de 2009 au sein de l’équipe du maire Gérald Tremblay.

Quant à son prédécesseur, André Ménard, il a dirigé l’organisme qui surveille l’industrie de la construction pendant 17 ans. Il est parti afin de prendre sa retraite, mais la ministre Thériault n’a pas caché que le gouvernement Charest a fait pression à son endroit après que des médias eurent révélé qu’il avait dépensé quelque 35 000 $ pour participer à un congrès en Californie. «J’étais extrêmement mal à l’aise avec la dépense de fonds publics, peu importe que ce soit l’argent des travailleurs et des employeurs. Je lui ai demandé de réfléchir à son avenir à ce moment-là. [...] C’est lui qui a avancé le mot retraite», a-t-elle dit.

3 commentaires
  • Sebas124 - Inscrit 25 janvier 2011 15 h 37

    Intéressant

    Nommer une femme de tête qui a aussi une colonne vertébrale sans être toute fois entètée.

    Premier geste intéressant de Jean Charest depuis longtemps...Ca nous change de l'expertise flattulantesque de certains de ses ministres...

  • Carole Dionne - Inscrite 25 janvier 2011 19 h 52

    GESTE POLITIQUE DE JAMES CHAREST

    Tout d'abord, qu'est-ce que Diane Lemieux connait à la construction? Rien ou presque. C'est une ancienne avocate qui a travaillé dans des milieux sociaux . Au moins, si elle aurait travaillé en droit du travail, pour des compagnies de construction, etc. mais d'avoir été une ex-ministre du travail, BOF


    Analysons le dossier comme tel.

    Tout d'abord, Diane Lemmieux a besoin de travailler comme tout le monde. Charest voit que ses différents gestes dans le dossier de la construction ne fonctionnent pas ( Ex Opération Marteau).

    En nommant Diane Lemieux, Charest sait que cela va indisposer drôlement les péquistes et ce , à commencer par Pauline Marois qui ne peut pas la sentir. Le pourquoi je ne le sais pas mais elle est parti aussitôt Pauline arrivée.

    Elle se cherchait un job. OUPS, elle voit une ouverture dans le municipale. Et tout à coup, Gérald, un ex-libéral devient SON HOMME. Elle ne passe pas aux élections ( le monde ne sont pas tous fous) mais Gérald lui trouve un job payant. Qu'a -t-elle fait au municipal? Pas grand chose. On l'a assis sur une chaise et on lui a fait comprendre de rester tranquille.

    Là , Charest lui offre un contrat de 5 ans (donc même si les péquistes rentrent aux prochaines élections), elle va rester et un an de salaire si elle part.

    Mais ce que James Charest ne sait pas, c'est que cela ne dérange pas grand chose. La CCQ et son mandat n'auront jamais la même valeur qu'un enquête sur la construction, LIONNE ou pas. Avant de changer la culture à la CCQ, cela va prendre du temps et pas à peu près. Charest va essayer de surfer sur Diane Lemieux.Carole Dionne dit :

  • perro blanco - Inscrit 25 janvier 2011 22 h 09

    La lionne s'est laissée amadouée!!!

    Après Lucien, l'ex-lionne du PQ!!! Carole Dionne a raison.
    Non pas que Mme Lemieux ne soit pas une bonne personne, avocate dûment qualifiée, par ailleurs, mais elle est limitée par deux choses: désormais, elle devra ménager la main libérale qui va la nourrir, et quelque gros méchant qu'elle pourra un jour - c'est quand, ça, déjà? - épingler, il ne verra pas plus la couleur des barreaux que Tony Accurso, car, la loi 73 est difficilement applicable pour la raison qu'on ne peut enlever le permis à un entrepreneur qui fournit du travail à des centaines, voire des milliers de personnes, parce que le fisc ne peut travailler avec la RBQ et les autres organismes du genre, qui doivent tous refaire les enquêtes les uns après les autres, et ainsi de suite.
    Alors, ce qu'il faut voir dans ce choix du gouvernement libéral, qui n'aurait pas d'intérêt normalement à se répandre en éloges devant des personnalités jadis du lot de leurs adversaires politiques, c'est une manoeuvre habile de diversion et de musellement: on neutralise l'opposition, on essaie de calmer la grogne populaire, on gagne du temps, on tente de faire croire qu'on est sérieux, qu'on monte le ton, qu'on agit, comme quand on a demandé au maire Vaillancourt et à M. Ménard de «réfléchir», bref, tout... sauf ce que la population demande. Tu veux de la crème glacée? Suce un jujube, ça va te calmer.
    C'est inconcevable! Le PLQ en train de se travestir en PQ. C'est à se demander qui seront les prochains: Bernard Landry?
    André Boisckair, lui que M. Charest avait si disgracieusement dénigré, est déjà à moitié gagné si l'on tient compte du fait que John Parisella est allé le chercher. Rien de nouveau sous le soleil: if you can't beat them. join them.
    J’espère que les citoyens seront plus «smart» que M. Deltell de l’ADQ, qui est tout de même cohérent avec lui-même, reconnaissons-le.