Gaz de schiste: trop de risques non évalués, dit la Santé publique

L’Institut national de la santé publique du Québec constate que les informations sont tout simplement insuffisantes pour bien évaluer les différents risques inhérents à l’exploitation du gaz de schiste. Les spécialistes recommandent une évaluation plus approfondie des impacts potentiels.<br />
Photo: Yan Doublet - Le Devoir L’Institut national de la santé publique du Québec constate que les informations sont tout simplement insuffisantes pour bien évaluer les différents risques inhérents à l’exploitation du gaz de schiste. Les spécialistes recommandent une évaluation plus approfondie des impacts potentiels.

Le gouvernement Charest l'a répété assez souvent: il n'y aura pas de moratoire sur l'exploration gazière. L'Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ) affirme pourtant que, dans ce domaine, il existe d'importantes lacunes en matière d'information quant aux impacts sur la pollution atmosphérique, la contamination de l'eau, la santé et les milieux de vie. La ministre Nathalie Normandeau réplique que la phase d'exploration permet justement de recueillir davantage d'information.

Dans un rapport produit à la demande du ministère de la Santé et rendu public hier, l'INSPQ constate page après page que les informations sont tout simplement insuffisantes pour bien évaluer les différents risques inhérents à l'exploitation du gaz de schiste, et ce, alors même que les ténors de l'énergie fossile insistent jour après jour pour dire que les activités de leur industrie sont tout à fait sécuritaires.

«La recension des écrits réalisée a permis d'identifier quelques dangers, réels, soupçonnés ou potentiels, mais ne permet pas pour l'instant d'évaluer les risques à la santé pour la population québécoise, soulignent notamment les auteurs. Pour chacune des thématiques abordées, l'absence de certaines informations essentielles à cette évaluation doit être notée, notamment quant aux techniques employées, aux substances utilisées ainsi qu'à la quantité de polluants émise.»

Les signataires précisent ainsi qu'«il n'existe pas d'étude approfondie sur les effets à la santé reliés à l'eau et l'exploitation du gaz de schiste». Or les procédés d'exploitation de cette industrie utilisent ou rejettent, lors des opérations, «plusieurs substances chimiques dont certaines ont un potentiel toxique reconnu et qui pourraient affecter la santé de la population advenant une contamination de l'eau».

Qui plus est, des cas de contamination de l'eau souterraine (par des substances diverses) ont été rapportés dans la littérature et sont suspectés, mais non confirmés, d'être reliés à l'exploitation du gaz de schiste. Le rapport estime toutefois que les risques pour les nappes phréatiques sont relativement faibles, puisque la fracturation est effectuée à très grande profondeur.

Toutefois, en ce qui a trait au traitement des eaux utilisées lors de cette fracturation, le rapport note qu'au Québec, «il n'y a pas de données disponibles sur l'efficacité des traitements au niveau municipal ou industriel pour éliminer l'ensemble des contaminants contenus dans cette eau».

Tout cela alors qu'au moins sept composés utilisés lors des opérations ont un potentiel «cancérogène».

Les auteurs mettent également en lumière les imprécisions quant à la nature même des substances utilisées comme adjuvants à l'eau dans le processus de fracturation. «Des listes existent, mais elles sont en général génériques ou n'en révèlent pas les concentrations utilisées.»

Les spécialistes qui ont produit le document recommandent donc une évaluation plus approfondie des risques, évaluation qui passerait par un inventaire détaillé des substances chimiques qui seront utilisées sur le site et qui seront transportées sur les routes, les sites d'entreposage, le volume et la durée des activités, la proximité de la population, les plans de mesures d'urgence élaborés et la réelle capacité des petites municipalités de les mettre en oeuvre.

Car en matière de risques pour la sécurité des populations vivant à proximité des sites qui seront implantés entre Montréal et Québec, de nombreuses zones grises demeurent. «La documentation scientifique spécifique aux risques technologiques et aux urgences de santé publique associés aux activités d'exploration et d'exploitation du gaz de schiste est très limitée. À ce jour, nous n'avons pu trouver de documentation scientifique révisée par un comité de pairs.» On prédit toutefois une «augmentation importante de nuisances spécifiques, issues de la circulation, du bruit, de la luminosité et des vibrations».

Même flou pour ce qui est de la pollution de l'air dans les zones d'exploitation. Dans ce domaine, il serait nécessaire de préciser la nature des opérations et les émissions des équipements durant les différentes phases des travaux. «Sans ces informations, il est impossible d'estimer adéquatement l'augmentation des émissions et des concentrations des polluants de l'air, et donc les risques auxquels les communautés locales seront exposées.» On sait cependant déjà que, «lors de l'exploration et de l'exploitation gazéifère non traditionnelle, une augmentation des émissions et des concentrations de particules grossières dans l'air ambiant a aussi été observée à proximité de sites d'exploration et d'exploitation».

C'est dans ce contexte de lacunes importantes en matière d'information sur les impacts que pourrait avoir cette industrie que le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement du Québec (BAPE) s'est vu confier un mandat par Québec à la fin d'août. Il doit se limiter à «proposer un cadre de développement durable de l'exploration et de l'exploitation du gaz de schiste».

Pas de problème, selon Québec

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Yves Bolduc, ne s'inquiète pas des constats contenus dans le rapport de près de 90 pages. «Je vais prendre connaissance du rapport de l'INSPQ, mais je dois vous avouer [...] qu'ils n'ont pas démontré de problème particulier», a-t-il affirmé, de passage à Montréal. Même son de cloche du côté de la ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau. Son attachée de presse a indiqué que la phase d'exploration gazière actuellement en cours permet justement d'acquérir davantage d'information.

Mme Normandeau a par ailleurs confirmé hier qu'elle prendra «le bâton du pèlerin» pour aller à la rencontre des citoyens qui vivent dans des régions qui risquent d'être affectées par l'exploitation du gaz de schiste. Cette tournée se déroulera après la publication du rapport du BAPE.
30 commentaires
  • Amie du Richelieu - Inscrit 15 janvier 2011 07 h 24

    Les citoyens sont donc des rats de laboratoire...

    Finalement, vu qu'on en sait pas assez, on continue de forer et on saura bien après. Les communautés dans la vallée du Saint-Laurent deviennent donc des rats de laboratoire pour une vaste expérience industrielle. Tout cela pour enrichir des corporations qui sont bien assez riches, merci!

    Au diable les notions de développement durable, de protection des terres agricoles et de l'eau, de diminution d'émissions de GES, du principe de précaution.

    C'est à se demander à quoi servent les fonds publics qui financent les Ministères des Ressources Naturelles, de l'Environnement, de la Santé Publique, vu que c'est la santé des corporations qui décide pour nous tous!

    Johanne Dion
    Amie du Richelieu
    http://lesamisdurichelieu.blogspot.com/

  • Sanzalure - Inscrit 15 janvier 2011 08 h 39

    Des responsables irresponsables

    Un ministre de la santé qui se fout de la santé, une ministre des ressources naturelles qui se fout de la nature et un premier ministre au service des corporations. Une population irresponsable et ignorante a le gouvernement qu'elle mérite.

    Serge Grenier

  • Mathias Brandl - Abonné 15 janvier 2011 08 h 47

    Exactement comme pour Rabaska...

    ....ce gouvernement commence par se positionner favorablement à l'industrie qui promouvoie le projet, puis il oriente les actions, études et commissions (Bape) de façon à nous dorer la pilule. L'INSPQ est toujours plus critique dans ces dossiers, mais on voit déjà le sérieux que nos politiciens lui accordent....

    Pauvres élus ! À quand le grand coup de balai ??

  • France Marcotte - Abonnée 15 janvier 2011 09 h 48

    Une réponse qui, de la réponse, a la forme

    La Santé publique se prononce. Bien. Mais c'est la réplique de la ministre qui inquiète et il se trouve que c'est elle et son gouvernement qui pilotent (mains qui ont lâché le volant?) le dossier. Sa réponse est aberrante, c'est une réponse qui n'a aucun rapport avec la question posée mais ça a la forme d'une réponse: l'exploration permettra de combler les lacunes en matière d'information...ah oui? comment ça? Quel rapport entre la manière dont se fait l'exploration et la recherche de réponses aux inquiétudes de la popualtion et de la Santé publique?
    Cette femme me fait frémir, elle me fait honte.

  • MJ - Inscrite 15 janvier 2011 10 h 04

    Suffisamment de risques pour appliquer le principe de précaution (1)

    Pour un moratoire et une planification-révision complète de la politique énergétique québécoise

    En résumé, le gouvernement attend-il un accident écologique pour reculer ou reconnaître l’évidence qu’il semble le seul à nier, trop occupé qu’il est à faciliter le travail de cette industrie et à tenter de convaincre les citoyens de la pertinence de développer cette source énergétique sale?

    La tournée annoncée de la ministre Normandeau ne semble encore une fois qu’une autre tactique de diversion et autre tentative pour convaincre les municipalités récalcitrantes. La ministre n’a aucune crédibilité ni expertise pour se prononcer en faveur de cette exploration. Le gouvernement est vendu à cette industrie! La mauvaise gestion de ce dossier devrait l'inciter à décréter un moratoire.

    La liste des multiples retombées négatives de cette industrie -arrivée sans crier gare de cette industrie sur des terrains privés ou publics (encore préséance de la Loi sur les Mines, non amendée!) et exploration sauvage, avec les dangers potentiels et réels de contaminations des sols, des nappes phréatiques, de l’eau potable (eaux toxiques après phase de fracturation acheminées vers des centrales de traitement d’eau, non équipées pour traiter ces produits toxiques dont on ignore encore la composition complète), des émissions de gaz toxiques dans l’air, de l’impact sur l’industrie touristique, sur les exploitations agricoles, et sur la santé des citoyens, etc.) - est suffisamment longue pour ordonner un moratoire immédiat.