Analyse - L'espionnage chez Renault illustre la guerre économique que se livrent les États

La Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) enquête sur le dossier d'espionnage industriel présumé dans lequel trois cadres de Renault sont mis à pied et soupçonnés, a-t-on appris hier de source proche du gouvernement. Une piste chinoise est suivie, mais aucune précision n'a été fournie officiellement dans l'immédiat, a-t-on ajouté. Ainsi, entre la «guerre économique» évoquée par le ministre français de l'Industrie pour commenter la piste chinoise dans le dossier d'espionnage industriel présumé au sein de Renault, les conflits monétaires et les rivalités sur les matières premières, les conflits se multiplient, affectant l'activité économique.

Selon Le Point.fr, l'espionnage aurait visé des projets de brevets sur des batteries de voitures électriques et Renault aurait découvert par sa propre enquête que les cadres avaient été payés sur des comptes à l'étranger. Renault a décidé d'investir quatre milliards d'euros avec son partenaire Nissan sur le véhicule électrique et la société dit qu'ont été mis en danger «ses actifs stratégiques et technologiques», mais a refusé de donner des détails. Si les soupçons étaient avérés, il s'agirait de l'une des plus importantes affaires d'espionnage industriel de ces dernières années en France.

«C'est un péril globalement pour l'industrie française, l'expression guerre économique, là, pour le coup, parfois outrancière, est adaptée, et c'est une chose à laquelle nous devrons veiller à l'avenir», avait déclaré jeudi le ministre de l'Industrie, Éric Besson.

«Ce qu'on observe, c'est une évolution de la signification du mot guerre lui-même», avait expliqué à Reuters en début de semaine Ian Bremmer, président d'Eurasia Group. «Il ne s'agira pas de bombes et de missiles, mais plutôt de cyberattaques dissimulées, d'espionnage industriel, de luttes économiques. Le contexte pourrait être particulièrement difficile pour les entreprises occidentales.»

Selon lui, celles-ci devraient faire de plus en plus appel à la protection de l'État pour survivre à la montée en puissance d'un «capitalisme d'État» comme en Chine ou en Russie.

Le cas de Renault est loin d'être isolé. En effet, un câble diplomatique américain révélé par le site Wikileaks montre que les diplomates américains ont reproché à la Chine de pirater les systèmes informatiques de Google, encourageant le groupe à déserter momentanément le territoire chinois.

Certains analystes soupçonnent par ailleurs que des vols de données pourraient être à l'origine de l'élaboration accélérée d'un avion chasseur furtif («stealth») chinois concurrent du F-22 de Lockheed Martin. Des photos publiées dans le Wall Street Journal montrent l'appareil photographié en train d'effectuer des tests au sol sur une base de l'ouest du pays. Les États-Unis ont toutefois déclaré que les Chinois étaient encore à des années de pouvoir déployer un avion de ce type.

L'espionnage industriel encouragé par les États n'est pourtant pas une pratique inédite. La France a ainsi été accusée d'avoir mis sur écoute certains passagers de la classe affaires sur des vols Air France dans les années 1970 et 1980.

Toutefois, l'émergence de nouvelles puissances semble encourager ces pratiques. Les pays émergents et les pays développés continuent en effet de s'affronter sur le niveau relatif des devises.

De plus, la demande croissante en ressources naturelles, contribue à la hausse des prix alimentaires qui atteignent des niveaux records et des cours du pétrole, qui se rapprochent des 100 $US le baril. De grandes puissances, comme la Chine, la Russie, l'Inde, la Malaisie et le Brésil, se disputent les ressources naturelles, notamment sur le territoire africain.

Pékin a ainsi décidé de réduire ses quotas d'exportations de terres rares de 35 % au premier semestre 2011, par rapport à l'année précédente. Or, la Chine produit environ 97 % des terres rares utilisées dans le monde. Cette appellation désigne 17 métaux aux propriétés électromagnétiques très recherchées dans les technologies de pointe: voitures hybrides et électriques, énergies renouvelables, électronique, éclairage et armement.