Hydroélectricité - Une énergie verte et renouvelable

Le barrage René-Lévesque<br />
Photo: Source Hydro-Québec Le barrage René-Lévesque

L'instance qui regroupe les commissions d'État responsables de la réglementation des services publics de distribution d'énergie aux États-Unis vient d'adopter une résolution reconnaissant que l'énergie hydroélectrique est une source d'énergie propre et renouvelable. Une décision qualifiée d'«historique» par la ministre Nathalie Normandeau, mais qui a plutôt valeur de symbole, selon un expert des politiques énergétiques.

Vice-première ministre d'un gouvernement qui accumule les déboires depuis quelques semaines, Mme Normandeau était visiblement heureuse de pouvoir annoncer que la National Association of Regulatory Utility Commissionners (NARUC) accorde finalement le statut d'énergie «verte» à la grande hydraulique québécoise. Un statut qui ouvre la porte à une reconnaissance similaire de la part de Washington, selon elle.

«La NARUC est une association extrêmement crédible. Tous ses membres sont nommés par le politique, par les gouverneurs, par les décideurs. Ce sont eux qui ont la responsabilité de décider, dans le domaine énergétique, ce qui est renouvelable et ce qui n'est pas renouvelable», a déclaré la ministre des Ressources naturelles en conférence de presse. «La NARUC a des entrées à la Maison-Blanche. Elle influence les gouverneurs, les sénateurs dans leurs politiques énergétiques. Alors, on a confiance que cette autre étape qui est franchie va nous permettre éventuellement d'être mieux outillés pour influencer les décideurs du côté de Washington.»

Les élus du Vermont — un État avec lequel le Québec a signé un contrat d'approvisionnement valide jusqu'en 2038 — ont accordé plus tôt cette année la désignation d'énergie renouvelable à l'électricité produite par Hydro-Québec. Mais c'est une désignation semblable venant de Washington que souhaite Québec. Une reconnaissance fédérale permettrait aux sociétés américaines d'électricité de profiter d'avantages fiscaux en achetant d'Hydro. Or, pour l'instant, le dossier est loin d'être une priorité à Washington.

Quoi qu'il en soit, cette décision aidera la société d'État à mieux se positionner pour négocier de futurs contrats de vente d'électricité, au dire de Mme Normandeau. «Et les contrats sur le marché américain sont payants, sont lucratifs. En 2009, ce sont des contrats qui nous ont rapporté plus de 1,2 milliard de revenus nets.»

Mais est-ce qu'Hydro-Québec ira jusqu'à demander à être incluse dans les programmes de subventions destinés à la production d'énergie renouvelable, comme le prévoient certains États et le gouvernement fédéral? Sur cette question, la ministre est demeurée vague. Il faut dire que, dans ce cas, le Québec se heurterait à des contestations certaines du côté américain.

Résistance

La résistance risque notamment d'être forte de la part des petits producteurs d'énergie renouvelable, qui craignent la grande hydraulique dont la production est moins coûteuse. «Que ce soit dans le domaine de l'électricité, dans le domaine de l'éolien ou du gaz naturel, les lobbys sont très forts, on le sait, on en est parfaitement conscients. C'est pour ça qu'il y a autant de résistance depuis des années», a admis la ministre. Mais elle ne s'en formalise pas outre mesure.

«Nous, on voit l'hydroélectricité du Québec comme une source d'énergie complémentaire à toutes les filières qui peuvent être développées, a dit Nathalie Normandeau. Prenons un exemple très concret. Il y a des filières qui peuvent se développer à 0,20 $, 0,25 $ du kilowattheure. Le Québec peut offrir un kilowattheure à coût beaucoup moindre que ce qui peut être offert actuellement aux États-Unis. Alors, on est compétitifs, on est fiables. Mais loin de nous [l'idée] de vouloir concurrencer les filières qui sont naissantes ou qui existent actuellement.»

L'une d'elles, le gaz de schiste, pourrait en revanche nuire aux exportations d'Hydro-Québec. En augmentant de façon très importante l'offre de gaz, cette industrie en pleine croissance contribue en effet à maintenir les prix du marché nord-américain bas. Cela a pour effet de nuire à la rentabilité des kilowattheures produits ici pour l'exportation. «C'est une mauvaise nouvelle pour les nouveaux projets hydroélectriques que le gouvernement comptait lancer», soulignait d'ailleurs récemment Jean-Thomas Bernard, professeur au Département d'économie de l'Université Laval. Déjà cette semaine, la société d'État reconnaissait que la filière gazière avait nui à ses exportations.

Qui plus est, la résolution adoptée par la NARUC est «complètement symbolique», selon Pierre-Olivier Pineau, spécialiste des politiques énergétiques et professeur à HEC Montréal. Surtout que cette reconnaissance n'ouvrira pas la porte à un éventuel accès aux mesures fiscales prévues pour les énergies propres. «Il est totalement improbable qu'une quelconque reconnaissance fiscale soit accordée à l'hydroélectricité québécoise parce que, dans ces programmes, il y a une forte composante de développement régional et de subventions à des entrepreneurs locaux.»

Par ailleurs, M. Pineau ne croit pas que la décision de Terre-Neuve de développer le projet de la Basse-Churchill pour éventuellement exporter vers les États-Unis représente une menace pour le Québec. Il déplore toutefois que les deux provinces ne se soient pas entendues pour développer les projets de la Romaine et de la Basse-Churcshill en coordonnant leurs efforts, comme cela a failli se faire il y a dix ans. «D'un point de vue économique, ce sont des aberrations. Ça n'a aucun sens.»