Guerre des monnaies: réunion d'urgence pour tenter de mettre un terme aux hostilités

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Photo: Agence France-Presse (photo) Farooq Naeem Monnaies

Paris — La «guerre des monnaies» à l'échelle mondiale est entrée hier dans une nouvelle phase avec l'annonce d'une réunion de représentants des banques centrales lundi à Shanghaï (Chine) après un nouvel accès de faiblesse du dollar, victime des propos du patron de la Fed.

Le Fonds monétaire international (FMI) a annoncé cette réunion internationale à l'invitation de la banque centrale de Chine, dans le cadre des efforts destinés a assurer la stabilité du système financier mondial.

Plus tôt dans l'après-midi, des déclarations du président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Ben Bernanke, estimant que le risque de déflation était «supérieur à ce qui est souhaitable» avaient provoqué un nouvel accès de faiblesse du dollar. Ces commentaires ont alimenté les conjectures sur une remise en marche sous peu de la planche à billets par les autorités américaines, pour soutenir une reprise chancelante, contribuant de fait à la baisse du billet vert.

Selon M. Bernanke, la Fed est prête «à mener un assouplissement supplémentaire si nécessaire pour soutenir la reprise économique et faire revenir l'inflation, au fil du temps, à des niveaux compatibles avec sa mission».

Dopé par ces déclarations, l'euro a atteint 1,4159 dollar vers 12H15 GMT, un sommet depuis le 26 janvier, avant de se stabiliser vers 15H40 GMT à 1,4045 dollar contre 1,4083 dollar jeudi à 21H00 GMT.

Le dollar a dû faire face à des attaques venant de toutes parts: il est même tombé à parité avec le dollar australien pour la première fois depuis fin 1983.

La journée avait déjà débuté dans une atmosphère tendue en Asie, Tokyo se déclarant «très inquiet» de la vigueur du yen, tandis que Pékin demandait aux Etats-Unis de ne pas faire du yuan «le bouc émissaire» de ses difficultés économiques (voir autre texte).

À une semaine de la réunion des ministres des Finances du G20 à Gyeongju (Corée du Sud), et avant le sommet du G20 les 11 et 12 novembre à Séoul, l'inquiétude grandit sur les conséquences de cette «guerre des monnaies», où chaque pays ferait tout pour diminuer la valeur de sa devise afin de dynamiser son économie, au détriment des autres.

Hier, le premier ministre japonais, Naoto Kan, s'est dit «très inquiet» de la vigueur du yen, au plus haut depuis 15 ans face au dollar, une montée qui handicape les exportations nippones.

Vendredi, vers 15h40 GMT, le dollar américain valait 81,31 yens, contre 81,42 yens la veille à 21h00 GMT, après avoir plongé à son plus bas niveau en 15 ans face à la devise japonaise.

La Chine a pour sa part prévenu que le taux de change du yuan ne devait pas être le «bouc émissaire des problèmes intérieurs américains», avant la publication d'un rapport du Trésor américain qui pourrait accuser Pékin de manipuler sa monnaie. La publication du rapport a finalement été reportée au mois prochain, après la réunion du G20.

Le mois dernier, le secrétaire américain au Trésor, Timothy Geithner, a accusé la Chine d'intervenir «très massivement afin de limiter les pressions à la hausse des forces du marché sur sa monnaie». Il a dit ensuite avoir confiance dans la volonté des Chinois de laisser le yuan se réévaluer progressivement.

Hier, le cours de la monnaie chinoise a été fixé à son niveau le plus élevé depuis juin par la banque centrale, à 6,6497 yuans pour un dollar. Mais la Chine a exclu toute appréciation brutale de sa monnaie.

La pression américaine sur Pékin n'est cependant pas près de retomber, le déficit commercial des États-Unis avec la Chine ayant atteint en août le montant record de 28 milliards de dollars, sur 46,3 milliards de déficit total.

Les économies des pays émergents, dont beaucoup sont en Asie, connaissent des arrivées massives de flux de capitaux, en quête de rendements élevés, qu'ils ne peuvent trouver en Europe ou aux États-Unis où la croissance reste molle. Ces flux de capitaux poussent les devises vers le haut.