Coopération – Il faut oser!

Normand Thériault Collaboration spéciale
Une boule de papier géante, œuvre de l'Italien Michelangelo Pistoletto, est portée par la foule, à Londres, en mai 2009.<br />
Photo: Agence Reuters Kieran Doherty Une boule de papier géante, œuvre de l'Italien Michelangelo Pistoletto, est portée par la foule, à Londres, en mai 2009.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La mondialisation a mis à mal le néolibéralisme économique. Au moment où le capitalisme s'interroge sur les moyens à prendre pour relancer l'économie, le monde coopératif propose sa formule: à la recherche du profit, il faut opposer une formule qui assure que les gains obtenus par le travail soient distribués équitablement. Bienvenue dans les coopératives et les mutuelles.

Il y avait Alphonse. Il y avait J.-Armand. C'était l'autre Québec venu hors de ce qui était la métropole, non seulement de tout le Canada, mais aussi de tout le Commonwealth occidental. Si à Montréal se trouvait tout ce que l'Empire engendrait avec son capitalisme triomphant, ailleurs, que ce soit à Lévis ou en Estrie, le Québec industrieux trouvait toutefois moyen de mettre en place une nouvelle formule comme d'inventer de nouveaux moyens de transport. Aujourd'hui, il serait d'ailleurs impensable de voir le Québec sans ses «caisses», tout comme il est aussi difficile d'imaginer qu'un Québec inc. fonctionne sans un Bombardier étendu à l'échelle planétaire.

Près d'un siècle plus tard, si l'entreprise de Valcourt «vole» à altitude variable, on ne peut pas en dire de même de l'institution financière qui a non seulement conquis le Québec, mais aussi exporté sa formule aux quatre coins de la planète économique.

Solidarité

Les Québécois francophones avaient déjà compris dès la fin du XIXe siècle qu'ils devaient, à moins de vouloir demeurer des éternels «porteurs d'eau», inventer des solutions qui leur soient propres pour résoudre leurs problèmes économiques. Ainsi, la Société Saint-Jean-Baptiste avait à Montréal construit le Monument-National en ayant à l'esprit de faire encore plus dans les secteurs de l'éducation et de l'activité économique: l'entreprise collective manqua finalement de moyens financiers.

Qu'à cela ne tienne, on parla de solidarité et des petites gens devinrent entrepreneurs avec pour résultat que, aujourd'hui sur le territoire québécois, on dénombre 2834 coopératives qui sont actives dans une quarantaine de secteurs d'activité et qui emploient 87 461 travailleurs et travailleuses. Et les chiffres qui indiquent le nombre des membres sont encore plus spectaculaires: en 2005, ils et elles étaient 1 019 000 à être inscrits au mouvement, et qu'on sache aussi que les inscriptions aux coopératives financières et aux mutuelles sont plus élevées que le nombre qui représente toute la population québécoise. En parts sociales et sous d'autres formules, ce sont 8 100 000 fois que les adhésions se comptent!

Économie et emploi

Mais il n'y a pas qu'au Québec que la formule coopérative s'avère gagnante. Comme le rapporte Felice Scalvini, président de la Confédération européenne des coopératives de production et de travail associé, des coopératives sociales et des entreprises sociales et participatives, et membre du conseil d'administration de l'Alliance coopérative internationale, cette alliance «a été fondée à Londres en 1895, ce qui en fait une des plus anciennes associations internationales au monde», et, si on prend pour modèle une entreprise européenne, on saura que «Mondragon est une coopérative devenue, avec ses 70 000 travailleurs, le cinquième groupe industriel en Espagne et le plus important groupe coopératif au monde».

Aussi, au moment où le capitalisme flanche, où l'Amérique désavoue un Obama aux prises avec une économie qui ne sait se remettre en marche, chômage et faiblesse du marché immobilier se conjuguant, on se dit qu'il faut regarder ailleurs. Et un lourd indice du déséquilibre qui prévaut au sud de notre frontière est le fait que les dirigeants des 50 sociétés qui ont procédé aux licenciements les plus massifs entre novembre 2008 et avril 2010 ont reçu une rémunération moyenne de près de 13 millions de dollars, soit 42 % de plus que la moyenne des dirigeants inscrits au Standard & Poor's 500!

Il y a donc là matière à réflexion en ces jours où tout est mis en place pour redonner aux citoyens et citoyennes des occasions d'obtenir des emplois dignes. Et ce ne sera pas la méthode Wal-Mart qui leur garantira une telle chose.

«Quel projet de société pour demain?»

On comprend donc que le Conseil québécois de la coopération et de la mutualité, associé à Aruc, développement territorial et coopération, a raison, lorsqu'il propose pour thème de sa grande conférence internationale de Lévis: «Quel projet de société pour demain?», d'inscrire par la suite, comme en réponse, «Coopératives, mutuelles et territoires: enjeux, défis et alternatives».

Aussi, à Lévis, outre un Scalvini, on retrouvera Hagen Henry, du Bureau international du travail, et Thierry Jeantet, président des Rencontres du Mont-Blanc et directeur général d'Euresa, une association européenne de mutuelles et de coopératives d'assurance.

Et les Québécois seront aussi de la fête, qu'ils et elles proviennent du monde syndical, du secteur bancaire ou du monde des assurances, ou encore des régions où là, comme à Boisaco, à Sacré-Coeur sur la Côte-Nord, est établie une coopérative qui donne aujourd'hui de l'emploi à plus de 600 personnes, utilisant la forêt comme ressource.

À Lévis, donc, les 22 et 23 septembre, le monde coopératif a rendez-vous. L'objectif est de démontrer, d'établir qu'il y a une vie hors du capitalisme. Et, si tout est un succès, s'en retourneront en villes et en régions des acteurs pour mettre en place une société solidaire.

D'autant plus que le succès ici d'un mouvement comme Desjardins est la preuve que la solidarité est rentable.