«Quel projet de société pour demain?» – «Il faut réinventer l'économie pour la mettre au service d'une société plus démocratique»

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Ernesto Molina, professionnel de recherche au Conseil québécois de la coopération et de la mutualité et coordonnateur de la conférence internationale de Lévis.<br />
Photo: Source CQCM Ernesto Molina, professionnel de recherche au Conseil québécois de la coopération et de la mutualité et coordonnateur de la conférence internationale de Lévis.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Les 22 et 23 septembre prochains, Lévis sera l'hôte d'une conférence internationale tenue sous le thème suivant: «Quel projet de société pour demain? Coopératives, mutuelles et territoires: enjeux, défis et alternatives». Réunissant de nombreux acteurs de divers mouvements coopératifs et sociaux, l'événement sera l'occasion de réfléchir aux projets d'avenir du Québec.

Organisée conjointement par le Conseil québécois de la coopération et de la mutualité (CQCM) et l'Alliance de recherche universités-communautés (ARUC), la conférence de Lévis, où la coopération et la mutualité sont à l'honneur, a pour objectif de dégager les paramètres d'un nouveau projet de société pour le Québec et de trouver de nouvelles solutions de rechange au modèle économique actuel.

«Nous constatons tous qu'il y a un fossé entre l'économie dominante et les valeurs de société qui sont portées par les mouvements sociaux. Nous sommes d'avis qu'il faut réinventer l'économie pour la mettre au service d'une société plus démocratique, plus solidaire et plus équitable. Le problème, c'est que, à partir de ces constatations, que pouvons-nous faire? C'est pour tenter de répondre à cette question que nous avons décidé d'organiser la conférence», explique Ernesto Molina, professionnel de recherche au CQCM depuis septembre 2009 et coordonnateur de l'événement.

Se rencontrer

Si elle a pour visée la recherche de nouvelles solutions de rechange à la crise globale actuelle, la conférence a aussi pour objectif de permettre aux participants de se rencontrer et de tisser des liens. Selon M. Molina, elle doit être un lieu d'échanges où le réseautage sera au coeur des préoccupations.

«Au Québec, nous avons des milliers d'expériences de prise en charge, des exemples de gens qui s'associent pour entreprendre autrement, mais ces expériences sont toutes isolées. Il faut que ces expériences soient couplées à une solution de rechange plus globale, à une vision d'ensemble, à toutes les échelles d'intervention, que ce soit au niveau local, national ou international. Nous souhaitons que cette conférence soit un lieu d'échanges et de rencontres», affirme M. Molina.

C'est dans cette optique que les organisateurs ont décidé de convier à cette conférence non seulement des acteurs du mouvement coopératif et mutualiste québécois, mais aussi des mem-bres de groupes de travailleurs, des individus provenant des milieux ruraux et municipaux ainsi que des militants oeuvrant au sein d'organismes de coopération internationale et de mouvements de consommation responsable. Des chercheurs, des enseignants et des étudiants préoccupés par les enjeux du développement coopératif, du développement durable et de la solidarité internationale ont aussi été invités.

«Bien sûr, la conférence s'adresse aux gens des coopératives, mais aussi aux autres mouvements sociaux, aux mouvements syndicaux ou communautaires, à tous ceux qui ont fait le constat que ça ne fonctionne pas et qui veulent trouver des solutions de rechange. C'est pour cette raison que nous invitons des gens qui n'ont pas l'habitude de se rencontrer», souligne Ernesto Molina.

Délégations hors Québec

La conférence sera aussi l'hôte d'invités internationaux. Parmi eux, on comptera plusieurs leaders de divers mouvements sociaux, notamment des sociologues, des économistes, des géographes ainsi que des directeurs de coopératives en Europe, en Afrique et en Amérique latine. Hagen Henry, directeur du programme des coopératives au Bureau international du travail (BIT), sera également présent. De plus, une délégation de 16 coopérateurs français se joindra aux participants.

«Même si on parle d'un projet de société pour le Québec, nous avons décidé d'inviter des gens d'un peu partout, parce que nous voulons savoir ce qui se passe à l'étranger. Pour alimenter notre réflexion, c'est important de savoir quelles sont les expériences vécues ailleurs, quels sont les exemples à suivre», explique le coordonnateur.

Les enjeux

Pendant les deux jours de la conférence, six grands thèmes seront abordés en profondeur. L'urgence écologique, le développement solidaire et durable du territoire, l'avènement de l'État social, la démocratisation de l'économie, la solidarité internationale et l'alliance entre les mouvements sociaux seront au coeur des débats.

Trois types d'activités sont prévues pendant ces deux journées, soit des conférences, des ateliers de réflexion ainsi qu'un rendez-vous récapitulatif. En ouverture, un groupe de quatre interlocuteurs présentera une conférence sur la crise globale, la mondialisation et les solutions de rechange envisageables. En après-midi, six ateliers de réflexion sur les enjeux de société du mouvement coopératif seront tenus simultanément. Le lendemain, l'opération «Place aux grandes oreilles», sorte de récapitulatif des conférences de la veille, inaugurera la journée. Le tout sera suivi d'une seconde série de six ateliers thématiques. Pour conclure l'événement, quatre invités présenteront une conférence sur le thème suivant: «Pistes d'avenir pour les mouvements sociaux au plan québécois et international».

«La première journée, on met la table, on expose les enjeux et on en discute. Le lendemain, on s'interroge et on tente de trouver des solutions de rechange», résume M. Molina.

Vers 2012

Au terme de l'événement, les organisateurs souhaitent se servir de la conférence comme d'un tremplin pour aller partager les conclusions retenues à travers le Québec. «La conférence, ce n'est pas la clôture d'un projet, c'est plutôt un lancement, une ouverture, explique M. Molina. D'abord, nous dégagerons les paramètres d'un projet de société et ceux-ci nous permettront d'établir des ancrages locaux. Ce que nous souhaitons faire, c'est de nous rendre dans les différentes régions de la province et discuter directement avec les gens dans les collectivités. Nous voulons voir avec eux comment concrètement nos idées peuvent prendre forme, ce que nous pouvons faire pour mettre en branle notre projet de société.»

S'inscrivant dans une perspective d'action globale, l'initiative de l'ARUQ et du CQCM culminera en 2012, officiellement proclamée Année internationale des coopératives par l'Assemblée générale des Nations Unies. Celle-ci vise à reconnaître la contribution des mouvements coopératifs à la réduction de la pauvreté, à la création d'emplois et à l'intégration sociale.

«Pour nous, 2012 sera très significative, soutient M. Molina. Ce sera une année charnière pour les mouvements coopératifs. Ce sera le temps de briser l'isolement, de partager nos préoccupations et d'élargir nos horizons. Il faut saisir l'occasion!»

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Collaboratrice du Devoir
1 commentaire
  • Chryst - Inscrit 16 septembre 2010 23 h 03

    Les nouvelles technologies au service de la société

    Qui dit modèle économique dit valeurs de ceux qui le supportent.

    Il faut donc d’abord agir sur les individus pour qu’ils adoptent celles-ci dont la solidarité.

    Michel Thibault ing. f. m. sc