Conseil québécois de la coopération et de la mutualité - Le moment est venu de faire redécouvrir et de réinventer le modèle coopératif

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
L'Agitée, une coopérative dans le quartier Saint-Roch, à Québec.<br />
Photo: Marie-Joëlle Brassard L'Agitée, une coopérative dans le quartier Saint-Roch, à Québec.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

On l'avait presque oublié, tant il faisait partie du paysage. Pourtant, le mouvement coopératif «est en vie!», assure Hélène Simard, présidente-directrice générale du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité (CQCM). Il reste maintenant à préparer la relève, moins familiarisée avec ce modèle que ceux qui l'ont bâti, pour qu'elle le perpétue tout en le renouvelant à la lumière des besoins d'aujourd'hui.

Après le tsunami financier qui a fouetté le marché, le mouvement coopératif a prouvé sa résilience en conservant la tête hors de l'eau. «Il est revenu en force», croit Hélène Simard, présidente-directrice générale du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité (CQCM). «Quand les entreprises coopératives font face à une crise, elles sont capables de se replier et de prendre, avec leurs membres, des décisions qui leur permettent de préserver leurs actifs et même de passer à l'action. [...] Plutôt que de se répartir le capital entre dirigeants, elles ont plutôt le réflexe de sauver leur économie locale, leurs services, leurs emplois.»

Alors que le rendement et les bénéfices à tout prix régissaient l'économie depuis de nombreuses années, la variété des modèles a retrouvé ses lettres de noblesse. L'ONU a d'ailleurs proclamé, en décembre dernier, que 2012 sera l'année internationale des coopératives. Pour le CQCM, dont le mandat consiste favoriser le développement coopératif au Québec, il s'agit du moment parfait pour «faire redécouvrir [...] la richesse et le potentiel que représente la propriété collective d'entreprises.»

Une façon de pallier la faible attention accordée à cette démarche au cours des dernières décennies. «Comme ça fait partie du paysage, on ne voit même plus la différence. On ne se rend pas compte que ce sont des entreprises qu'on contrôle, dont les excédents sont redistribués à la population, aux usagers. On ne voit pas qu'on a notre mot à dire dans ces entreprises-là», constate Hélène Simard.

Les changements démographiques

Le message doit être passé à la relève, car les changements démographiques pointent le bout de leur nez. Il s'agit de l'un des principaux enjeux qui ont été cernés lors d'une réflexion que le CQCM a entreprise auprès de ses membres. Bien sûr, le vieillissement de la population appelle au développement d'un plus grand nombre de coopératives dans le domaine des services à domicile et de la santé. Mais, surtout, la majorité de ceux qui ont bâti les coopératives d'aujourd'hui partent vers leur retraite. «Il faut préparer une nouvelle génération qui comprend bien ce qu'est une coopérative, qui a le goût de s'emparer de cette formule, de la faire évoluer et de s'engager comme dirigeant ou comme membre.»

Les jeunes d'aujourd'hui, qui sont moins imbibés dans l'esprit coopératif et mutualiste que la génération précédente, sont évidemment dans la mire du CQCM. «On a un programme en partenariat avec le Secrétariat à la jeunesse pour promouvoir l'entrepreneuriat collectif dans les écoles. Ça fait partie du renouveau pédagogique, explique Hélène Simard. «L'enseignant anime le processus, mais les jeunes sont capables de travailler ensemble, de se partager des tâches, de diriger un projet, de le mettre en valeur et de le rendre jusqu'au bout.»

Petites cafétérias, centres de conditionnement physique ou friperies pour échanger des vêtements en vue du bal des finissants: près de 160 coopératives du Québec sont gérées par des jeunes du secondaire pour répondre aux nécessités de leurs milieux scolaires ou parascolaires. «Il faut arrêter de faire pour les jeunes. Il faut faire avec les jeunes. Si on veut préparer une génération qui est capable d'être responsable et en dynamique de prise en charge, ça commence là. Ça commence à l'école.»

L'occupation du territoire

Mais les meneurs de l'avenir ne se retrouvent pas seulement dans les écoles. Selon Hélène Simard, les efforts doivent êtres redoublés pour «travailler avec les nouveaux leaders montréalais qui viennent beaucoup des communautés culturelles pour, peut-être, développer de nouvelles coopératives [qui répondraient] à leurs besoins». Elle signale qu'un plan d'action sera bientôt lancé par le CQCM.

Malgré son importance capitale dans la province, Montréal demeure l'enfant pauvre des coopératives. Ainsi, 75 % des emplois coopératifs se trouvent en région, estime la p.-d.g. «On a un travail à faire pour être plus présent et plus proactif» dans la métropole, reconnaît Hélène Simard, qui évoque au passage que le CQCM tente de repérer un quartier propice où les résidants sembleraient intéressés à «expérimenter une innovation, une coopérative».

L'occupation du territoire constitue donc un autre nouvel enjeu majeur pour les coopératives, en ville comme en région. «Il y a aussi une population qui ne vit plus de la même façon sur le territoire, qui se déplace beaucoup, qui ne consomme pas nécessairement localement, explique-t-elle. On pense que c'est une occasion de créer de nouvelles entreprises pour répondre à ces besoins différents.» Durant la dernière décennie, plusieurs coopératives «multiactivités» ou «multiservices» ont vu le jour dans des localités qui avait perdu leurs services de proximité. Elle prend pour exemple des cafés, accompagnés d'une station-service ou d'une épicerie, «qui permettent d'avoir une entreprise viable, alors que, dans chaque créneau spécifique, l'entreprise ne le serait peut-être pas».

Le développement durable

Un autre défi important à relever pour les coopératives, selon Hélène Simard, se dessine dans le virage vert. «L'économie sociale est bien intégrée, fait partie de nos valeurs et de nos façons de faire», se targue Hélène Simard, en référence au développement durable. «Mais la question écologique est à approfondir, comme dans toutes les entreprises à travers le monde», admet-elle.

Les coopératives, avec leur modèle axé sur la pérennité, présentent un potentiel intéressant pour répondre à la valorisation de la propriété collective des ressources et des sources d'énergie renouvelables. Le CQCM a d'ailleurs organisé, il y a deux ans, un colloque sur les biocarburants et les bioénergies, en partenariat avec Nature Québec et l'Institut du Nouveau Monde. «On travaille ensemble, l'ensemble des coopératives, pour se doter de politiques et changer les façons de faire afin de contribuer à un développement plus durable», assure-t-elle.

1 commentaire
  • Chryst - Inscrit 21 septembre 2010 21 h 55

    De la nécessité naît le besoin

    Dans ces circonstances le modèle coopératif prouve toute sa pertinence.

    Michel Thibault ing. f. m. sc.