Mouvement coopératif et mutualiste - Un nouveau modèle économique prend forme

Claire Harvey Collaboration spéciale
Les coopératives du secteurs forestier emploient plus de 3000 personnes et réalisent un chiffre d'Affaires annuel de près de 225 millions de dollars.<br />
Photo: Source FQCF Les coopératives du secteurs forestier emploient plus de 3000 personnes et réalisent un chiffre d'Affaires annuel de près de 225 millions de dollars.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le système capitaliste tel qu'on l'a connu jusqu'ici aurait-il atteint ses limites? Deux experts, issus respectivement du mouvement coopératif forestier et du mouvement du développement durable, feront part de solutions de rechange lors de la conférence internationale «Quel projet de société pour demain? Coopératives, mutuelles et territoires: enjeux, défis et alternatives», qui aura lieu à Lévis les 22 et 23 septembre prochains.

Parmi les thématiques abordées, la crise forestière, l'épuisement des ressources, le réchauffement climatique... Depuis cinq ans, l'industrie forestière est en pleine débâcle, en raison notamment du différend sur le bois d'oeuvre avec les États-Unis. Dans un récent rapport intitulé Le Cas de Champneuf et l'émergence de la notion de forêt de proximité, l'Institut de recherche en économie contemporaine note ceci: «Les fermetures d'usines et les réductions de postes ont profondément transformé la structure d'une industrie qui a jadis joué un rôle déterminant dans l'économie du Québec. La capacité productive globale du secteur a diminué d'environ 25 %, alors que plus de 15 000 emplois ont disparu, engloutis dans ce que le milieu a pris l'habitude de qualifier de tempête parfaite.»

Présent depuis plus de 70 ans sur le territoire québécois, le réseau des coopératives forestières n'a pas échappé à la tourmente. Bon nombre de coopératives ont subi de grosses pertes, surtout dans le secteur de la transformation. Directeur général de la Fédération québécoise des coopératives forestières (FQCF), Jocelyn Lessard fait observer que le modèle de développement forestier québécois, qui a permis d'occuper le territoire pendant plus d'un siècle, montre aujourd'hui d'évidents signes d'essoufflement. «La conférence internationale nous permettra d'explorer de nouvelles façons de relancer le secteur forestier et de revitaliser nos collectivités, entre autres, par l'intermédiaire de la biomasse forestière.»

La FQCF regroupe 38 coopératives de travailleurs du secteur forestier. Ces coopératives emploient plus de 3000 personnes et réalisent un chiffre d'affaires annuel de près de 225 millions de dollars. Elles sont engagées dans tous les secteurs de l'industrie: production de plants en pépinière, sylviculture, récolte et transformation. Fortes de leur expertise, les coopératives développent de nouvelles activités, dont l'utilisation de produits forestiers non ligneux et de la biomasse forestière à des fins énergétiques.

Un combustible neutre en carbone

La biomasse forestière est constituée de tous les végétaux d'une forêt: arbres, plantes, arbustes et feuillages. Sur le plan énergétique, toutefois, les différents intervenants s'intéressent surtout aux résidus de coupe forestière qui sont habituellement laissés en forêt lors de la récolte du bois à valeur commerciale. Parfois aussi, on produit de la biomasse en plantant des arbres à croissance rapide (peupliers ou saules) qui seront récoltés quelques années plus tard. En vertu de ses propriétés physiques, la biomasse forestière peut remplacer les combustibles fossiles.

Cette source d'énergie est particulièrement intéressante. Car la biomasse forestière est considérée comme neutre en carbone et son utilisation en tant que source d'énergie permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES). M. Lessard souligne que l'utilisation de cette énergie verte est très importante dans plusieurs pays forestiers du nord de l'Europe. «Par exemple, la Finlande comble actuellement 25 % de ses besoins énergétiques grâce à cette source d'énergie renouvelable, dit-il. Au Québec, on ne s'intéresse que depuis peu à cette source d'énergie, probablement en raison du faible coût de l'hydroélectricité.»

Actuellement, le gouvernement du Québec met en place divers programmes et politiques pour développer la biomasse forestière afin de répondre aux impératifs du plan d'action 2006-2012 sur les changements climatiques. Ainsi, dans le cadre d'un processus d'appel d'offres au ministère des Ressources naturelles et de la Faune, les coopératives forestières et leurs partenaires (communautés autochtones, organismes municipaux qui gèrent des forêts, etc.) ont obtenu l'attribution de 30 % du volume (plusieurs dizaines de milliers de tonnes) de biomasse forestière en provenance des forêts publiques du Québec.

Chauffer les bâtiments institutionnels

Parallèlement, depuis trois ans, la FQCF déploie une stratégie afin de chauffer les bâtiments institutionnels à l'aide de la biomasse forestière. «Les coopératives forestières sont bien placées pour jouer un rôle important dans le développement de cette filière, indique M. Lessard. Elles possèdent une vaste expérience en matière de récolte forestière, de voirie et de transport, et la récolte de la biomasse peut facilement s'intégrer à leurs activités courantes.»

En septembre 2007, la FQCF a présenté, au gouvernement et à l'Agence de l'efficacité énergétique, un projet de valorisation de la biomasse forestière visant la maximisation des retombées économiques pour les régions du Québec. D'ici 2012, l'organisme souhaite réaliser de 350 à 400 projets de chaufferie, créer 920 emplois, en plus de consolider les emplois actuels dans les coopératives forestières.

Déjà, une douzaine de coopératives sont engagées dans des projets avec leurs établissements locaux. La première chaufferie conçue pour être alimentée à la biomasse forestière a d'ailleurs été inaugurée à l'hôpital d'Amqui, en Gaspésie, en décembre 2009. «Le développement de cette filière permettra non seulement d'améliorer notre bilan écologique, mais aussi de consolider les collectivités locales, car les retombées des activités économiques des coopératives y sont entièrement réinvesties, contrairement aux profits des multinationales», souligne M. Lessard.

En faire davantage

Plaider en faveur d'un mode de développement respectueux de l'environnement, voilà sans contredit l'un des rôles d'Équiterre. En raison de l'urgence écologique, Sydney Ribaux, coordonnateur et cofondateur de l'organisme, invite l'ensemble du secteur coopératif à se préoccuper davantage des changements climatiques. «Le mouvement coopératif devrait être à l'avant-garde en matière de développement durable.» Si l'écologiste salue au passage certains «bons coups» du milieu coopératif à cet égard, il estime que celui-ci devrait être plus proactif. «Les objectifs sociaux des coopératives sont très différents de ceux des entreprises dont les profits sont versés aux actionnaires. Cela devrait se refléter sur le plan écologique. Or on constate que les coopératives n'en font pas beaucoup plus que les entreprises privées en matière de protection de l'environnement», conclut-il.

Autant de questions qui feront l'objet de discussions animées lors du grand rendez-vous du milieu coopératif.

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Collaboratrice du Devoir
1 commentaire
  • Chryst - Inscrit 17 septembre 2010 00 h 40

    Développement durable ?

    Attention de ne pas épuiser les sols. Les nutriments sont surtout dans le feuillage et les rameaux fins; ils confèrent aux sols leur fertilité.

    D’où la pratique de les laisser sur le parterre de coupe. Le danger de déséquilibre nutritif par une récolte intensive et fréquente de biomasse est d’autant plus grand que le sol est pauvre.

    Il y a aussi les pertes de nutriments par les pluies acides qui n’aident pas. Donc, la biomasse forestière n’est pas nécessairement une solution énergétique miracle.

    L’équilibre de la fertilité des sols est à surveiller surtout lorsque ces derniers sont déjà pauvres et les récoltes de bois fréquentes

    Michel Thibault ing. f. m. sc. écologie et pédologie.