Monique Leroux et le monde coopératif - Desjardins invitera au Québec, en 2012, les 300 grandes coopératives du monde

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Monique Leroux, présidente et chef de la direction de Desjardins.<br />
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Monique Leroux, présidente et chef de la direction de Desjardins.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le Mouvement Desjardins cogite actuellement sur l'idée d'organiser un congrès international sur la coopération en 2012. Entre-temps, cette institution québécoise recentre son action sur le soutien apporté aux collectivités qu'elle dessert, sans toutefois perdre de vue le capital à engranger et les profits à réaliser. Le temps serait venu de revisiter les valeurs profondes qui ont inspiré le fondateur des caisses, Alphonse Desjardins. Monique Leroux, présidente et chef de la direction de Desjardins, en témoigne.

L'ONU a décrété que 2012 sera l'année internationale des coopératives. Monique Leroux, présidente et chef de la direction de Desjardins, envisage à cette occasion de tenir une rencontre internationale autour de ce concept de coopération, en vertu duquel tous les efforts des intéressés sont réunis pour concourir à l'amélioration du sort de chacun, dans plusieurs sphè-res d'activité.

«Pour l'instant, la vision de ce sommet est embryonnaire parce que ce genre de sommet-là, ce n'est pas un événement qu'on souhaite être les seuls à mettre en place. On veut le faire dans un esprit que je qualifierais de coopératif, dans le sens qu'on désire mobiliser un certain nombre de partenaires qui voudront bien s'associer et contribuer à ce qu'on veut réaliser.»

Le Mouvement part avec l'idée de donner un sens à cette manifestation d'envergure: «À l'exception du Québec, où c'est une réalité plus répandue, on connaît peu, au Canada et dans le monde, la contribution du monde ou du modèle coopératif en matière d'apport économique et sociétal. Lorsque des rencontres se déroulent dans le domaine de la coopération, on échange beaucoup sur le concept de coopération, sur ce qu'il signifie en matière de valeurs et de philosophie, ce qui est évidemment important.»

De toute la planète

Il existe un autre aspect majeur de cette coopération sur lequel la présidente voudrait braquer les projecteurs lors de la manifestation de 2012: «Celle-ci apporte une contribution complète à la société; c'est un modèle d'économie qui est capable de créer de la prospérité et de la richesse à plusieurs égards, autant sur les plans financier et économique qu'humain. L'idée serait donc de réunir les équipes de direction et les dirigeants eux-mêmes des quelque trois cents plus grandes coopératives dans le monde; ce sont des gens qui mettent la main à la pâte et qui, tous les jours, sont là pour rendre un service à leurs membres ou à la collectivité.»

Elle mesure les retombées potentielles de l'événement: «De la sorte, on serait capable de donner une lecture, possiblement par pays, de la contribution économique du monde coopératif; on pourrait également mesurer l'apport fourni pour le développement des différentes sociétés par l'impact de la présence de ces grandes coopératives. On parle ici des domaines agroalimentaire et financier, de la distribution, de l'énergie etc.» Selon la présidente, «l'idée de mettre tout cela en valeur porte l'objectif de stimuler l'intérêt envers le mouvement et de susciter la mise sur pied de nouvelles coopératives comme une bonne solution de rechange possible entre ce que j'appellerais les interventions du secteur public et celles du secteur capitaliste».

La conciliation de la coopération avec les profits

Dans le sillage de la crise économique qui a secoué la planète et qui continue de fissurer les colonnes du temple du capitalisme, Desjardins a procédé à une restructuration de ses effectifs et à certains ajustements administratifs. Son discours semble maintenant porter davantage une préoccupation envers ses valeurs premières de coopération.

Mme Leroux annonce ses couleurs: «Quand on y pense, on voit que, à sa base, c'est un mouvement de personnes qui s'est, dans les faits, donné une organisation pour rendre des services financiers à ses membres; c'est une finalité et c'est très clair. Dans notre mission, on a aussi cette dimension qui est de contribuer à l'éducation financière, économique et démocratique de nos membres et de la collectivité.»

Cela étant dit, elle situe l'importance de cet engagement: «Une mission, c'est important pour une entreprise coopérative et, selon moi, il est éminemment important d'être fidèle à celle-ci et de pouvoir se dire: "Est-ce que nous sommes toujours fidèles à notre mission première dans la vision, dans la stratégie que nous avons?" Dans ce sens, c'est ce qui nous amène, moi et les dirigeants, à porter une attention particulière à la dimension coopérative de notre organisation, au sens notamment de l'engagement: on parle ici de la participation d'un grand nombre de dirigeants qui représentent nos membres dans nos structures et dans nos caisses.»

Elle ajoute ceci: «Il faut que cette vie démocratique, cette vie des dirigeants soit déterminante, vibrante et en croissance. On travaille d'ailleurs sur tout un chantier à l'intérieur de nos murs qui porte sur le leadership et la mobilisation des cadres, parce que, pour eux, c'est aussi une façon de faire de l'éducation financière et économique pour un grand nombre de personnes.»

Après avoir tenu ce discours, elle revient à la notion de services financiers: «Tout cela ne nous empêche pas, comme le disait si bien Alphonse Desjardins, d'être en mesure de concilier cette vision coopérative de prise en charge, d'initiatives personnelles et collectives, avec évidemment une forte capitalisation et une performance qui nous sert à soutenir le développement, la croissance et la pérennité du mouvement.»

Et alors, une conclusion va de soi: «On a la chance d'avoir un grand nombre de dirigeants fortement engagés dans le mouvement; c'est une de nos grandes forces et il faut vraiment capitaliser sur cet élément distinctif.»

En mode éducation

En lien avec cet engagement des personnels de direction dans les collectivités, Monique Leroux revient à la charge pour relever un autre aspect du volet coopératif: «On travaille sur un autre élément et je souhaite que, à l'horizon de 2011, on réalise d'autres progrès pour renforcer encore notre contribution dans le domaine de l'éducation au sens large, et plus particulièrement sur le plan des finances.»

Elle mesure la pertinence d'une telle orientation et d'une telle stratégie: «La crise financière a amené les entreprises et les personnes à se rendre compte de tout l'aspect positif de l'éducation financière qui porte sur la gestion responsable de nos finances et du crédit, de même que sur l'importance de l'épargne; on mesure les impacts très positifs d'une pareille éducation sur une société.»

Et, à cet égard, «il nous faut peut-être, conclut Monique Leroux, aussi renforcer notre action par le biais des caisses scolaires et étudiantes ainsi que par notre engagement dans le monde de l'éducation, ce qui nous a toujours, d'une certaine manière, distingués, mais on a encore du travail à accomplir en ces domaines.»

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Collaborateur du Devoir
2 commentaires
  • Paulette Giroux - Inscrite 13 septembre 2010 20 h 29

    Elle peut dire n'importe quoi

    Monique Leroux peut bien affirmer n'importe quoi, elle n'est pas sous serment.

    Selon la loi, la Confédération Desjardins peut aussi se désigner comme étant le Mouvement Desjardins.

    Le Mouvement Desjardins n'appartient pas aux membres des caisses populaires et ça, c'est Claude Béland, ancien président du Mouvement Desjardins qui l'a dit, sous serment, devant la Cour supérieure, le 30 janvier 2000.

    http://www.desjardins-qc.com/proprietaires-desjard

    Les membres des caisses se font avoir depuis des années, vérifiez les frais sur les comptes à découvert, ça coûte plus cher dans une caisse que dans une banque. Une banque charge 5$ de frais de découvert, plus les intérêts par la suite, si elle honore le chèque. Une caisse vous charge un frais FCP dès qu'il manque un sous pour honorer un chèque, en plus du 5$ de frais de découvert.

  • Martin Bilodeau - Abonné 15 septembre 2010 08 h 10

    Des valeurs, ça s'enseigne madame Giroux

    Je vous renvoie la pareille, et ce, en vous paraphrasant : vous pouvez bien dire n'importe quoi madame Giroux...

    Certes vous êtes assez autonome pour décider vous-même je vais vous conscientiser à aller plus loin que le bout de votre nez. Vous vous arrêtez aux frais de service faramineux, qui sont présents ad nauseam dans les grandes banques canadiennes également? Savez ce que prône une coopérative de services financiers comme Desjardins? Voici une petite liste :

    1. Implication dans le milieu (dons, commandites et bourses d'études), ex. regarder dans les arénas et vous remarquerez que Desjardins pullule et s'affiche avec fierté.
    2. Solidarité, dont par sa filiale Développement international Desjardins qui aide, entre autres par du microcrédit, des pays sous-developpés en leur offrant conseils et soutien indéfectible, en les éduquant.
    3. Éducation : en connaissez-vous plusieurs institutions financières qui établissent des programmes du genre « caisse scolaire » et inculquer aux jeunes élèves l'importance d'épargner?
    4. Entreprise inaliénable : mais qu'est-ce que ça veut dire? Que le siège social demeurera toujours au Québec et qu'elle ne peut en aucun moment se détacher de ses racines québécoises, voire d'être vendu à des étrangers.
    5. Ristournes : là je vous vois venir : « Desjardins réalise des profits comme les banques, c'est rendu la même chose. » Tout faux car l'institution financière coopérative donne AU MOINS une part des recettes de la coopérative aux membres au prorata des services dispensés dans leur caisse. C'est certain qu'elle recherche du profit -- la capitalisation --, car elle doit se démarquer pour concurrencer les grandes banques « méchantes », mais une des bases de la coopérative se veut les ristournes.
    Gouvernance : il y a possibilité pour les membres de se déplacer à leur assemblée générale et de prendre connaissance du bilan complet de la caisse et de poser des questions, le cas échéan