AbitibiBowater - La société prévoit des centaines de millions de profits dès 2011

AbitibiBowater prévoit essuyer une perte nette de 427 millions $US en 2010, avant de renouer avec les profits.
Photo: Agence Reuters Christinne Muschi AbitibiBowater prévoit essuyer une perte nette de 427 millions $US en 2010, avant de renouer avec les profits.
Selon un document déposé récemment devant les tribunaux, l'entreprise montréalaise s'attend à essuyer une perte nette de 427 millions $US en 2010, puis à dégager un bénéfice net de 295 millions en 2011, de 387 millions en 2012, de 384 millions en 2013 et de 445 millions en 2014. En fait, les profits nets pourraient être de retour dès le deuxième semestre de 2010, si l'on se fie aux projections de la direction.

Quant aux revenus, ils passeraient de 4,66 milliards en 2010 à 5,34 milliards en 2011, une augmentation de 14,5 %. Selon les prévisions, ils resteraient ensuite relativement stables jusqu'en 2014.

Les calculs s'appuient en partie sur la lente reprise qu'a connue le secteur de la foresterie au cours des derniers mois, en raison notamment de l'augmentation de la demande chinoise. Ils se fondent également sur la douloureuse rationalisation qu'AbitibiBowater a mise en place au cours des derniers mois. Des milliers d'employés ont ainsi perdu leur emploi, l'entreprise souhaitant se concentrer sur ce qu'elle considère être ses usines les plus efficaces et les moins coûteuses à exploiter. De plus, pas moins du quart du personnel du siège social a été licencié.

Par ailleurs, pour redresser son bilan, AbitibiBowater a obtenu 615 millions $CAN de la vente, à Hydro-Québec, de ses intérêts dans la Compagnie hydroélectrique Manicouagan, dont 200 millions ont servi à rembourser des détenteurs d'obligations garanties. L'entreprise a aussi tiré quelque 37 millions de la vente d'usines fermées au Québec, en Ontario et en Colombie-Britannique et 53 millions de la cession de terrains forestiers.

En outre, les coûts de financement d'AbitibiBowater diminueront drastiquement une fois sa réorganisation terminée. À l'heure actuelle, l'entreprise croule sous pas moins de 7 milliards $US de dette non garantie et 1,1 milliard de dette garantie.

Enfin, la compagnie a profité de la protection de la cour pour faire annuler plus de 200 contrats, ce qui lui aura permis d'économiser 69 millions $CAN en 2010.

Lorsque le «nouveau» AbitibiBowater verra le jour, la dette de 7 milliards $US aura été convertie en actions ordinaires. Quant aux actions de la compagnie actuelle, elles seront supprimées sans compensation pour leurs détenteurs, comme c'est souvent le cas en pareilles circonstances.

À la demande d'AbitibiBowater, la firme Blackstone a évalué que la nouvelle entreprise aurait une valeur totale oscillant entre 3,5 et 3,9 milliards $US. En tenant compte de la dette de

1,25 milliard $ US qu'elle continuera à traîner, les nouvelles actions d'Abitibi auraient une valeur globale de 2,4 milliards.

La plus grande partie des actions sera remise aux créanciers, mais une portion de 8,5 % du lot sera réservée aux programmes d'intéressement destinés aux dirigeants d'AbitibiBowater. Ceux-ci auront également droit à une prime liée à la restructuration de l'entreprise. Chaque créancier non garanti canadien recevra au mieux la somme de 3036 $CAN, peu importe la somme qu'Abitibi lui doit. Le reste pourra prendre la forme d'actions de l'entreprise qui vaudront souvent bien moins que les créances.

Quant aux employés canadiens à qui AbitibiBowater doit de l'argent, une somme totale de 5 millions $CAN leur est consentie, avec à la clé un plafond quant au versement que pourra toucher chaque travailleur.

Pour effectuer tous ces paiements et s'assurer d'avoir des liquidités d'au moins 600 millions $US à la mi-octobre, AbitibiBowater compter obtenir un financement de sortie pouvant atteindre 2,3 milliards.

De cette somme, quelque 130 millions $CAN proviendront du récent règlement conclu avec Ottawa dans une affaire d'expropriation à Terre-Neuve, tandis que les banques JP Morgan, Barclays et Citigroup se sont engagées à prêter 300 millions $US à Abitibi. D'importantes émissions de droits et d'obligations viendront compléter le tout.

D'autre part, les employés québécois et ontariens d'AbitibiBowater doivent s'attendre à des changements à leurs régimes de retraite. Face aux déficits actuariels de ces derniers, qui frôlent les 160 millions par année, l'entreprise a demandé à Québec, à Queen's Park et à Ottawa une dérogation réglementaire. Abitibi dit avoir récemment conclu un accord de principe avec Québec à cet égard. Les régimes à prestations déterminées seraient transformés par des programmes moins avantageux, mais les versements des retraités demeureraient inchangés.

Les créanciers canadiens doivent approuver le plan de restructuration d'AbitibiBowater lors d'une assemblée prévue le 14 septembre à Montréal.

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