La Fed se prépare à intervenir

Ben Bernanke
Photo: Archives Reuters Ben Bernanke
M. Bernanke a tenu ces propos juste après une révision de la croissance du deuxième trimestre. La croissance économique des États-Unis au deuxième trimestre a été revue officiellement en forte baisse hier, témoignant d'un essoufflement de la reprise entamée un an plus tôt.

La hausse du PIB américain par rapport au trois premiers mois de l'année n'a atteint que 1,6 % en rythme annuel, selon la deuxième estimation de la croissance du printemps publiée par le département du Commerce à Washington. Ce chiffre est inférieur de 0,8 point à la première estimation de la croissance publiée fin juillet (2,4 %). La révision s'avère néanmoins un peu moins forte que ne le redoutaient les analystes, qui avaient estimé la croissance à 1,4 %, selon leur prévision médiane.

Au premier trimestre, le PIB de la première économie mondiale avait progressé de 3,7 %.

Les nouveaux chiffres confirment que la croissance a été plombée par le commerce extérieur, mal chronique de l'économie américaine, comme cela avait été annoncé un mois plus tôt. Selon le ministère, la révision en baisse de la progression du PIB «reflète une révision en hausse des importations et une révision en baisse des stocks des entreprises et des exportations».

La nouvelle estimation du ministère semble confirmer que la croissance de l'économie américaine est entrée dans une phase d'atonie. À 1,6 %, la hausse du PIB est en effet bien inférieure au potentiel de croissance du pays tel qu'il est évalué par la banque centrale (Fed), ce qui présage une baisse très lente du taux de chômage (9,5 %), proche de son plus haut niveau en une génération.

Discours de la rentrée

L'économie américaine a ralenti plus que prévu et son redressement est «loin d'être achevé». La reprise continue «à un rythme relativement lent», mais devrait s'accélérer un peu en 2011, a déclaré M. Bernanke dans un discours de rentrée très attendu.

Dans un de ces exercices d'équilibriste dont il est coutumier, le chef de la Réserve fédérale a tenté de rassurer sur l'état et les perspectives de l'économie américaine, sans taire totalement les risques qui pèsent sur le pays.

La Fed est «prête» à prendre des mesures supplémentaires, mais ne le fera que si cela s'avère nécessaire, «en particulier si les perspectives de l'économie devaient se détériorer fortement», a dit M. Bernanke, qui s'exprimait dans le cadre grandiose de Jackson Hole, lieu de villégiature cossu des Rocheuses, dans l'Ouest des États-Unis.

Mais une autre phrase, placée comme un avertissement au début de son discours, laisse entendre que cette détérioration lui semble plus inéluctable qu'hypothétique: «la liste des motifs d'inquiétudes pour l'économie indique clairement que le retour à une croissance économique robuste et stable exigera des réponses efficaces de la part d'un large éventail de responsables de la politique économique».

Pour Zach Pandi, analyste de la maison de courtage japonaise Nomura Securities, cette phrase est un «appel à l'action sans équivoque adressé aux autres» dirigeants de la Réserve fédérale. Celle-ci apparaît divisée sur la suite à donner à sa politique de relance, entre partisans de mesures supplémentaires et apôtres du statu quo.

De même, la façon dont M. Bernanke a insisté en fin de discours sur la détermination de la Fed à empêcher une déflation (une baisse durable et généralisée des prix et de l'activité, extrêmement difficile à enrayer) laisse penser que le risque que se produise un tel scénario n'est peut-être pas aussi «faible» qu'il l'avait déclaré quelques minutes plus tôt.

Peter Newland, économiste de Barclays Capital, a vu dans les propos de M. Bernanke l'annonce de mesures supplémentaires à venir de la Fed dans le cas ou se produiraient conjointement «une croissance inférieure au potentiel du pays» [ce qui est déjà le cas], «une baisse de l'emploi dans le privé» [ce qui n'est pas le cas] et «une baisse plus marquée des attentes d'inflation» [possible prélude à une accélération de la désinflation en cours].

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